art pas net

un dimanche pour haïti

Posted in music by artpasnet on 22 January 2010

On doit, on veut, on peut faire quelque chose.
Non à l’indifférence !

Une catastrophe frappe Haïti. Le pire des désastres naturels n’abattra pas cette formidable île de culture, la plus belle musique de notre langue, la première République noire. Aidons-les.

Les artistes se mobilisent. Les Inrocks, Jamel Debbouze et Groland organisent Un dimanche pour Haïti, deux concerts au Bataclan le dimanche 24 janvier à 16h30 et 19h30.

A 16h :  Diam’s, IAM, Anaïs, Kassav, Beethova Obas, Bumcello, Tiken Jah Fakoly, Kery James …

A 20h: Diam’s, Kassav, Louis Bertignac, Olivia Ruiz, Benjamin Biolay, 113, Khaled, Tiken Jah Fakoly …

Tous les bénéfices seront reversés à l’association Action contre la Faim.
Présente en Haïti depuis 25 ans, Action contre la Faim est intervenue en urgence suite au séisme qui a frappé la capitale haïtienne : des équipes ont été aussitôt envoyées en renfort ainsi que plusieurs frets de matériel. Aujourd’hui, les équipes d’Action contre la Faim fournissent de l’eau potable à près de 35 000 Haïtiens regroupés dans des camps à l’intérieur de la ville. Elles préparent en parallèle des programmes de distributions alimentaires qui devraient commencer dans les prochains jours.

SFR soutient cet évènement et proposera une retransmission en direct des deux concerts sur le web, le mobile et le canal 80 de la Neuf Box SFR.

Prix des billets : 25€ par concert (frais de location inclus) / Billets disponibles dès maintenant dans les résaux FNAC, Digitick et Ticketnet qui soutiennent cette action.

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1264003200/article/haiti-concert-de-soutien-aux-victimes-du-seisme

Vous pouvez envoyer vos dons à ACF sous enveloppe SANS l’affranchir à l’adresse suivante:

ACF – URGENCE HAITI
Libre réponse 64 731
75 681 Paris Cedex 14

Ou consulter le site de l’association http://www.actioncontrelafaim.org

jamel debbouze, les frères obas, IAM & bumcello

indochine, jamel debbouze & pascal obispo

louisy joseph, tiken jah fakoly & kery james

tea time

Posted in music by artpasnet on 2 August 2009

seb martel & friends

CongopunQ

DJ shalom

tea time

diffusion mezzo :

http://www.mezzo.tv/programme.php?day=21&mois=1&annee=2010&_pro=6820

rediffusion 30/01/2010 à 04.00

we don’t care about music anyway…

Posted in cinema, music by artpasnet on 27 June 2009

wdcama

Shaï Prod    http://www.studio-shaiprod.com/wdcama.php

Année : 2009
Durée : 80 minutes
Format : HDV

Avec Sakamoto Hiromichi, Otomo Yoshihide, Yamakawa Fuyuki, L?K?O, Numb, Saidrum, Takehisa Ken, Shimazaki Tomoko

Réalisation : Cédric Dupire / Gaspard Kuentz
Idée originale : Cédric Dupire / Noa Garcia-Kinasuki/ Gaspard Kuentz
Montage : Charlotte Tourrès
Création sonore et montage son : Jacob Stambach
Image : Cédric Dupire
Coordination musicale : Noa Garcia-Kisanuki
Assistant réalisation : Charles Lamoureux
Graphisme : Arnaud Dufour
Effets spéciaux : Gregg Langlois
Coloriste : Serge Antony
Mixage Son : Julien Cloquet
Directeur de production : Jérôme Aglibert

Musique : Kirihito, L?K?O, Otomo Yoshihide, Numb & Saidrum, Sakamoto Hiromichi, Umi no Yeah!!!, Yamakawa Fuyuki, Goth-Trad, Hiko

SYNOPSIS
Du turntablism radical (Otomo Yoshihide) à l’innovation musicale informatique (Numb), en passant par l’audace instrumentale (Sakamoto Hiromichi), la scène de musiques actuelles de Tokyo constitue une avant-garde que personne ne peut plus ignorer
Tout en présentant des acteurs majeurs de cette scène, We Don’t Care About Music Anyway… propose une vision kaléidoscopique de Tokyo, confrontant musique et bruit, sons et images, représentation et réalité,  fiction et documentaire
“We don’t care about music anyway… “
Une certaine façon de dire : “Nous la faisons, un point c’est tout”. Au-delà de la musique, et au-delà de la performance, se jouent l’avenir et les modalités d’existence d’une ville et d’une société entière

wdcama2

wdcama

festival Nemo

Posted in cinema, graphism, music, performance by artpasnet on 4 April 2009
festival nemo 2009

festival nemo 2009

Panorama international #1

entre défrichages et découvertes, la technicité, l’esthétisme et l’onirisme sont au rdv de l’inventité dans le graphisme, innovant et novateur, fond ou forme, le résultat est tjrs étonnant et sidérant !

mon top favoris :

Dix
Bif (France, 2008, 7m)
christine@autourdeminuit.com

dix

dix

Scintillation
Xavier Chassaing (France, 2009, 2m51s)
julien@pac.fr

scintillation mannequin

scintillation mannequin

scintillation orchidée

scintillation orchidée

Interstellar Sugar
Suryummy (États-Unis, 2008, 1m33s)
ciphersilan@yahoo.com
http://www.suryummy.tv
interstellar sugar

interstellar sugar

Naïade
Nadia Micault et Lorenzo Nanni (France, 2008, 12m)
christine@autourdeminuit.com

http://www.naiade-lefilm.com

naïade

naïade

Strata #2
Quayola (Royaume-Uni, 2009, 7m)
mymail@quayola.com
http://www.quayola.com
strata

strata

Big Ideas (Don’t Get Any)
James Houston (Royaume-Uni, 2008, 3m55s)
jim@1030.co.uk

1030.co.uk

big ideas

big ideas

The Control Master
Run Wrake (Royaume-Uni, 2008, 6m36s)
info@runwrake.com

BBC Medieval Mind Trip
James Price (Royaume-Uni, 2008, 40s)
nicola@strangebist.tv

Float

Karni & Saul (Royaume-Uni, 2009, 4m14s)
kims@passion-pictures.com
Neon Girl
Brand New School (Royaume-Uni, 2008, 1m1s)
kims@passion-pictures.com
Implosion
Ezequiel Rormoser et Marcos Torres (Argentine, 2008, 45s)
martina@superestudio.tv
JFK
Brand New School (Royaume-Uni, 2008, 1m13s)
kims@passion-pictures.com
Tween My Lips
Martin Sulzer (Allemagne, 2008, 2m23s)
mrtnslzr@gmail.com
Blind Side of a Secret
Yoshi Sodeoka (États-Unis, 2007, 1m49s)
info@c505.com
Landing Lights
Graham Young (Royaume-Uni, 2008, 4m)
g.young@gold.ac.uk
Liquid Space Show
Dvein (Espagne, 2007, 1m52s)
web@dvein.com

Wild Combination: A Portrait of Arthur Russell

wild combination

wild combination

Matt Wolf (États-Unis, 2008, 1h12m, VO anglaise)
Arthur Russell : natif de l’Iowa, compositeur transgenre, violoncelliste et artiste disco, flirtant avec la country et la musique sérielle, mort du sida à 40 ans en 1992. Pur, étrange, timide, the white boy into the funk reste un mystère. Un jeune gay new-yorkais, épris d’expérimentation, au temps de Philip Glass et de Bob Wilson, incapable de se mettre au diapason de l’industrie. Attiré par la lumière trompeuse du mirrorball, Arthur Russell aurait été une figure presque trop facile si ce documentaire n’était pas aussi sensible, élégant et bouleversant.

cello, si tu as des vinyles, CD ou des K7 à me faire écouter de arthur russell, je suis preneuse !

arthur russell

arthur russell

en ce moment j’écoute l’album “love is overtaking me” avec deux morceaux déjà fétiches “what it’s like” et “love is overtaking me“, album le plus folk de sa discographie
projo nemo

projo nemo

soirée chronic’art

Posted in media by artpasnet on 3 April 2009

 

cool apocalypse  @ NY club

 

cool apocalypse

cool apocalypse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 AVANT LA FIN DU MONDE, CHRONIC’ART VOUS INVITE A FETER SA NOUVELLE FORMULE
http://www.chronicart.com

Toujours exigeant, sincère, au service de son lecteur, le magazine culturel connecté organise une petite sauterie juste avant la fin du monde.

LIVE+DJ’SET
CENTENAIRE
Issu de la constellation Clapping Music/Active Suspension, le quatuor Centenaire regroupe Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier, Orval Carlos Sibelius et Stéphane Laporte (Domotic).

Le groupe s’est fait connaître par ses fameux “concerts en appartements”, où il joue avec sa propre amplification devant un public limité et forcément attentif.
Les concerts en appartements ont été l’écrin idéal pour la musique discrète et volatile de Centenaire, qui fonctionne comme un murmure vibratile dans l’intimité d’un lieu clos et d’un moment privilégié, comme raconter une histoire directement de la bouche à l’oreille.

Centenaire investit la petite cave voutée du 130 rue de rivoli et dessine un univers médiéval mais modernisé, atemporel finalement, entre musique baroque, comptines troubadouresques, post-rock, école de Canterbury, folk et folklore.

http://www.myspace.com/centenaire

ANTILLES
Rencontre musclée et tropicale de Erik Minkkinen, Lionel Fernandez (Sister Iodine/Minitel/Discom) et Lori Sean Berg (The Berg Sans Nipple) Antilles pratique avec guitares et batterie une musique sans origine ni destination, qui fleure bon les îles, le monoï et le bruit.
C’est déjà le printemps au NY Club, profitons en…

http://www.myspace.com/sisteriodine
http://www.myspace.com/thebergsansnipple

DJ’SET
ZALTAN
Zaltan est la moitié acidulée du duo de disc-jokeys obsessionnels Zaltan & Top Secret, partagé entre Paris et Bruxelles, notamment résidents du WCRP Show sur Radio Campus et instigateurs des Mascara Party.
Cratedigger psychopathologique, la cave de Zaltan est remplie jusqu’au plafond de vieux maxis oubliés, de trésors et de secrets disco, italo, new wave, old school house… Exotique et romantique, synthétique et cosmique: ce DJ medium lit l’avenir dans les sillons du passé!

http://www.myspace.com/zaltantopsecret
http://www.myspace.com/mascara75

La versatile équipe de CHRONIC’ART
(wilfried*, olivier lamm, eva revox) présentera sa vision du dancefloor, trop statique, trop speedée, trop lente, trop exotique…”
http://www.myspace.com/olamm
http://www.myspace.com/wilfriedparis
http://www.myspace.com/fiascosystem

 

chronicart n°54
 
Sommaire – NOUVELLE FORMULE

EDITO Lire l’Edito #54. : Une attaque nucléaire surprise a précipité Chronic’art dans la guerre. Pour répondre à la pénurie généralisée de lecteurs, Chronic’art élabore un générateur d’énergie inépuisable, qui fonctionne sur les flux de l’océan mais altère imperceptiblement la rotation de la Terre…

WIKEA Lire Wikea #54. : Une couverture, ça se grille. Il suffit de décrypter le titre, comme on démonte un meuble scandinave en se servant d’une encyclopédie libre qui dit oui.

—–> warez <—–
ON N’A PAS BIEN COMPRIS

Le Net, où s’étale la vie privée des gens, sert-il les détectives privées. L’avis de Goolam Monsoor, gérant du groupe AS Consultants Détectives.

BLOG PARTY

La blogosphère, celle qui brille, vous parle. Ce sont les voix du rezo à qui l’on permet de laisser des traces sur papier. Lisez les ici et suivez-les sur Internet, là où ça ragote vraiment.

CLICK & PLAY.

Le click & play à ne pas rater pour se muscler l’index en restant branché.

LE MUTANT DU MOIS

Next-gen, post-humain, c’est le mutant du mois.

WESH !

Le buzz-movie du mois bientôt à l’affiche chez les frenchies.

EDITROLL

Témoignage d’une certaine détresse ludique, nous publions telle que la lettre du petit Régis, de Toulon.

ENCORE DES PRIX

En France, il y a plus de prix littéraires que de fromages. Chronic’art en décerne dorénavant quatre nouveaux tous les mois. Just for fun.

L’EGO TRIP DE WILFRIED

Le rock-critic ne doit pas être aimé. Exercice mensuel de mauvaise foi et de dubjectivité assumée. Ou le droit de délirer sur ce que l’on aime.

TRESORS CACHES

Ciné, musique, jeux, bd… on a retrouvé pour vous ses quelques perles étrangement et injustement disparues de la surface de la Terre.

BZZZ !

Bruit de fond, bouche à oreille ou parasitage marketing, le buzz musique qu’on dégonfle. Marre des acouphènes.

LE JOUR OU…

… Le salon du livre s’est tu.

—–> dossier southland tales<—–
COOL APOCALYPSE

Voilà, on le tient : trois ans après sa découverte à Cannes, “Southland Tales” débarque en DVD – et non pas en salles, damned ! c’est pas grave – dans une version remontée. Et c’est, par excellence, un film Chronic’art, figurez-vous. Il nous fallait donc consacrer une belle place à ce drôle d’objet acidulé surgi du chaos vaporeux des années 2000 : une sortie discrète qui s’accorde parfaitement à la beauté si particulière d’un film dont la folle ambition flotte dans une brume d’apesanteur et de légèreté bien éloignée de l’habituel bric-à-brac du genre ingrat et pompeux de la fable apocalyptique post-kubrickienne. Vrai film-monde, en somme : comme “Speed Racer” l’année dernière, “Southland Tales” embrasse d’un geste aérien et divinement pop toute l’énergie et la mélancolie de son temps. Enjoy.

FIN DE PARTIE

“Southland Tales”, c’est la fin du monde selon Richard Kelly. Un film-monstre, situé quelque part entre le happening postmoderne et le millénarisme pop, qu’il est bien difficile d’embrasser d’un seul coup. On a quand même essayé.
+ Kaléidoscope : Huit modules pour huit références évidentes exploitées dans le deuxième film de Richard Kelly, qui en fourmille.
+ Southland Tales Redux : Pas de film-maudit sans remontage. “Southland Tales” n’échappe pas à la règle.

SOUTHLAND POP

“Donnie Darko” était une étrange anthropologie de l’imaginaire adolescent. “Southland Tales”, plus sec et maladroit, est comme son envers théorique. Un film sur la création (et donc la destruction). Mais surtout un irrémédiable film pop.

—–> mag <—–
PLEIADE MANGA

Osamu Tezuka excepté, les grands maîtres de la bande dessinée japonaises n’ont jamais rencontré le succès en France. Curieusement, ils reviennent aujourd’hui à la charge avec des ouvrages plus classieux que jamais.
+ Un héros moderne : Sangoku instaurait un nouvel archétype de héros japonais, toujours d’actualité. Il entre donc, malgré son jeune âge, dans les rayonnages de ses aînés.
+ Astro Boy Anthologie + Cyborg 009 + 3 rue des Mystères

UN GARS / UNE FILLE

Joy et François, Sorman et Bégaudeau : ils sont copains, cools et courageusement engagés dans des causes graves. Mais quand il s’agit de littérature, c’est l’encéphalogramme plat : nos deux auteurs sont surtout les symptômes de leur génération creuse, celle du fooding littéraire. Bienvenue en pays morne.

ENJOY THE SILENCE OF THE UNIVERSE

Comment ça se passe une interview avec un groupe mainstream comme Depeche Mode ? Pas seulement de la bouche à l’oreille, mais comme un vrai parcours d’obstacles pour le journaliste, qui vous raconte tout. Gonzo-interview chez les maîtres de l’univers.

SANDBOX, BLOODY SANDBOX

Vulgaire, sanglant et volontiers tape-à-l’oeil, “MadWorld”, le premier jeu d’Atsushi Inaba sous le label Platinum Games se pose en parfait exutoire médiatique. Mais sa posture outrancière n’est qu’un des multiples aspects de son importante relecture du beat’em-all.
+ Cool attitude : Pour Inaba et ses acolytes, la sophistication du style confine à l’obsession. De “Viewtiful Joe” à “MadWorld”, rapide expertise d’un gamedesign dédié à l’art de la pose.
+ Sang d’encre : Atsushi Inaba et Shinegori Nishikawa, respectivement producteur et réalisateur chez Platinum Games, reviennent avec nous sur le rouge et le noir ludique de leur monde barré. Confidences juteuses entre assoiffés du gore qui fait rire. + A history of violence : Du Studio 4 en passant par Clover pour arriver à Platinum Games, petit arbre généalogique d’une équipe bourrée de talents.

VAISSEAU DE LA METAPHORE

Depuis quarante ans, Onuma Nemon travaille à sa “Cosmologie”, un gigantesque chantier littéraire qui compte déjà plus de 30 000 pages. Ecrit en 1968 et enfin publié, “Roman” est en quelque sorte la porte d’entrée de cet univers totalement à part dans la littérature française d’aujourd’hui. Rencontre.

AMOUREUX FOUS

“Le Château ambulant” était raté. Certains y voyaient le signe d’une décrépitude de l’illustre réalisateur nippon Hayao Miyazaki. Grossière erreur : il revient aujourd’hui avec une oeuvre flamboyante, “Ponyo sur la falaise”.

MYTHOMELOMANIAQUE

En deux albums discrets et excentriques, dont ce nouveau “Mythomania”, le nouveau trio de l’ex Deerhoof Chris Cohen est devenu le plus indispensable des groupes indie. Petite explication entre amis.

LA DERNIERE AVENTURE

Rencontre avec Jean-Claude Brisseau, franc-tireur du cinéma français, fidèle depuis ses débuts à certains principes de mise en scène, une certaine idée du cinéma. Il revient à 65 ans avec un film qu’il considère comme une somme provisoire, et qui est aussi un film de jeunesse, au titre conquérant : “A l’Aventure”.
+ Des anges à l’aventure : Le nouvel opus de Jean-Claude Brisseau étonne par son côté apaisé, comme après l’orage. Un beau film sur la nature et le surnaturel, sur le mystère et la placidité du monde.

SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID

Brésilien d’origine, à la discographie exilée en Allemagne, l’électronicien suave Gui Boratto a le coeur qui bat doucement entre le nouveau monde et le vieux continent, l’organique et le virtuel, le tropical et le tempéré. Interview entre deux avions, à l’occasion de la sortie du nouveau “Take My Breath Away”.

—–> chroniques <—–
CINEMA

OSS 117 : Rio ne répond plus, Rachel se marie, The Pleasure Of Being Robbed, Chéri, Villa Amalia, Tulpan, Delta + Wishlist DVD

MUSIQUE

Dirty French Psychedelics, The Juan MacLean, Tiga, Krazy Baldhead, Bill Callahan, Bill Wells And Maher Shalal Hash Baz, Camera Obscura, Black Dice + Restons simple

JEUX VIDEO

Resident Evil 5, Tom Clancy’s Hawx, Halo Wars, Shin Megami Tensei Persona 4, Disgaea 3 : Absence Of Justice + DLC (GTA IV : The Lost And Damned)

LIVRES

Alain Fleischer, Ander Monson, Jean-Luc Barré, Gabriel Matzneff, Robert Cohen, Irvine Welsh, François Taillandier & Jean-Marc Bastière, Marc Solal, Alan Pauls + La Contre-bibliothèque (Robert Walser)

BD

Le Petit homme – Histoire courtes, 1980-1995, Blaise, Mes Voisins les Yamada.

—–> entretien-fleuve <—–
PIERRE JOURDE

Prononcez son nom et mille clichés surgissent : polémiste, démolisseur, pamphlétaire… Et si on allait voir derrière les raccourcis ? A l’occasion de la parution de son roman “Paradis noirs”, rencontre avec Pierre Jourde, écrivain inclassable qui cultive soigneusement la vertu de dissidence.
+ Biblio express : Romans, critique, polémique : trois facettes du travail de l’écrivain Jourde et une vingtaine de livres parus depuis 1991. Sélection.

—–> bastard academy <—–
BASTARD ACADEMY

Bastard Academy®, c’est la première business-school un peu internationale dont le programme a été créé par des bâtards et pour des bâtards… pour vous inscrire, lisez le magazine et rendez-vous sur le group FB (possibilité, encore et toujours, de s’envoyer un thé avec la directrice – ou inversement).

 

 

 

soirée cool apocalypse

soirée cool apocalypse

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collaboration Mouvement

Posted in media by artpasnet on 2 April 2009

newsletter du 1er avril 2009

http://www.mouvement.net/site.php?rub=2&id=33fe780b4fb21cf3

suite à l’article “http://artpasnet.wordpress.com/2009/04/01/quand-on-a-quelque-chose-a-faire-on-vieillit-moins-vite”

mouvement newsletter

mouvement newsletter #190

mouvement newsletter

mouvement newsletter #190

mouvement newsletter

mouvement newsletter #190

mouvement newsletter

mouvement newsletter #190

quand on a quelque chose à faire, on vieillit moins vite… *

Posted in cinema by artpasnet on 1 April 2009
24city affiche01

24city affiche01

Le 29 décembre 2007, le groupe chinois Chengfa [1] tourna une page de son histoire industrielle, ainsi que celle de la ville de Chengdu [2] « 成都 la ville des hibiscus » dans la province du Sichuan où il déménageait au milieu du XXè siècle l’usine 420 [3], spécialisée dans la production aéronautique. Une cinquantaine d’années bouleversant autant la région que sa population par son installation puis son démantèlement complet. « 24 City » [4] le dernier long métrage de Jia Zhang Ke [5] retrace les tranches de vies de ces hommes et femmes, dont les petites histoires composèrent la grande Histoire de la Chine.

Lorsque Jia Zhang Ke prit connaissance de l’imminente disparition de l’usine 420 pour le projet immobilier de luxe « 24 City » [6], il passa une petite annonce dans le journal local de Chengdu afin de recueillir les témoignages de personnes ayant travaillé pour l’usine 420. Cette semaine de parution lui permit de rencontrer des dizaines de lecteurs du journal. Ce film rassemble et condense en huit témoignages les récits réels des témoins et les fictifs imaginés par Jia Zhang Ke et la poétesse Zhai Yongming [7]. Sur soixante ans de souvenirs individuels et collectifs d’anciens employés et cadres s’y livrent, partageant anecdotes personnelles et mythes fédérateurs.
Un ancien cadre du Parti Communiste et de l’usine 420 rappelle le contexte de l’implantation de l’usine à Chengdu en pleines modernisation et participation à l’effort de guerre [8], la Chine était à la genèse de réformes : la mise en place du premier plan quinquennal de l’économie planifiée par une nouvelle organisation agraire et un déploiement des infrastructures industrielles dans tout le pays sur trois zones clefs. En migrant 60% du personnel de l’usine 111 de Shenyang, soit plus de 4 000 ouvriers, techniciens et cadres, ainsi que les outils et machines par trains, bateaux et cars, le cas de l’usine 420 qui allait naître au pied de la montagne du Sichuan fut l’un des exemples de toute la stratégie de la Chine : protéger ses arrières tout en assurant ses leviers de croissance (agriculture et industrie).

En 1952, ce déménagement ne parut pas anodin, quoique discret sur ses intentions : produire les pièces et les avions soviétiques MIG-15 de l’aviation chinoise, il modifia à jamais la vie de ses employés et la configuration de Chengdu.
Le déracinement culturel et géographique des employés s’exprima tant en pertes qu’en bouleversements de toute nature pour un gain substantiel. Une des femmes exprime dans le film sa souffrance d’avoir égaré son enfant lors d’un transfert en bateau, et une autre de connaître la douleur de sa mère d’avoir travaillé loin des siens pendant de longues années. Car il est bien dit dans les paroles de ce chant révolutionnaire que les employés entonnent lors de la cérémonie du déménagement du groupe Chengfa qu’ à la patrie bien aimée l’on doit ‘richesse et prospérité‘. La richesse et la prospérité de l’état oui, celle de son peuple non : d’une paie mensuelle d’à peine 58 Yuans (RMB) [9] assortie d’une prime de secret de 5 RMB en 1975, il n’en restait plus grand-chose lorsque l’on y retranchait le dépôt fort recommandé de 30 RMB à la banque, l’on y alignait les tickets de rationnement de la cantine et le loyer imposé d’un lit en dortoir dans le village autarcique de l’usine 420. Vingt ans plus tard, la paie mensuelle d’une des ouvrières s’élevait à 200 RMB, mais ses difficultés à s’en sortir subsistaient, le niveau de vie ne s’étant guère amélioré pour cette partie de la population, démunie et sujette aux différentes crises que traversa la Chine. De si petits salaires en comparaison de l’investissement de 200 000 RMB pour huit années d’éducation d’un pilote d’élite tué à cause de son avion défectueux ne sont que gouttes d’eau dans l’océan de l’ambition de l’état. Le poids de la détresse ressentie par les témoins du film ne trouvant pas sa place face aux enjeux politiques et économiques dont leurs vies furent les infimes rouages, ce ne sont que les dommages collatéraux nécessaires servant le dessein des entreprises à la botte du Parti Communiste chinois .

L’individu comme maillon d’une chaîne de production intense et intensive. Chaque idée, chaque geste, chaque respiration doit nourrir le projet commun de l’état, que cela soit par les moyens d’une usine ou d’un champ ou d’une mine. Un ancien ouvrier se rappelle avec émotion les enseignements de son maître lorsqu’il était apprenti au secteur 4 de l’usine 420, tout outil devait naître de ses mains pour produire les avions MIG-15 attendus des lignes de production. Le maître lui montrant la nécessité d’utiliser et user ses outils au-delà du possible, rien ne devait se perdre, prenant conscience ainsi de la valeur des choses, mêmes les plus insignifiantes car rendant service à tous. Le tous mué en un seul corps besognant derrière des moules, des roues, des fours, des pinces, des bennes, des racloirs…. six jours sur sept sans compter les heures supplémentaires obligatoires et les jours fériés travaillés. L’abrutissement d’actions répétitives eut raison d’un des étudiants stagiaires évoquant ainsi son désarroi à polir toute une journée durant les barbes de pièces en métal, alors qu’il admirait l’uniforme que portait son père quand il allait à l’usine, signe d’une appartenance et de reconnaissance d’un tout. L’individualité s’effaçant dans l’unité, la conformité et l’uniformisation. Aliénation d’une pensée unique, d’une tâche unique, d’un parti unique. Petites fourmis dévouées, tous les témoins s’accordent sur leur implication à livrer le meilleur d’eux-mêmes pour contribuer à la réussite du projet de l’usine 420, usine d’état secrète qui étouffait en son sein sueur et sang. La responsabilité de la réussite aux combats leur incombait, le succès dépendant du rôle joué au plus petit niveau qui soit de tous les employés, aucun ne rechignait et ne pouvait pour autant se libérer de sa condition. Une des plus belles employées de l’usine 420, surnommée ‘Petite Fleur’, en fit le constat de son propre aveu, ayant cherché à s’émanciper en créant ses propres entreprises entre Shanghaï et Chengdu, elle retourna inéluctablement dans le groupe Chengfa pour continuer à vivre, voire survivre.

Le conditionnement d’une de vie passe par l’éducation reçue et l’enseignement dispensé. La majorité des témoins du film est originaire d’une classe pauvre et peu ou pas éduquée, la concentration des activités de l’usine 420 en un village global permettait de tout y faire à un seul endroit : de la limonade en été aux séances de projection cinéma, en passant par les dortoirs et l’école. Il n’y avait aucune place à l’improvisation, tout était pensé pour éviter aux employés de se disperser en ville, ils étaient pris en charge et l’on ‘grandissait’ à l’usine 420, d’ailleurs l’usine n’entretenait aucun lien direct avec Chengdu, comme deux entités coexistantes mais ne communiquant pas entre elles. L’usine comme une famille où les générations se succèdèrent du vieux maître qui ne se souvient plus très bien de ses apprentis croisés dans la rue à cette adolescente en 4è patinant sur le toit d’un immeuble au bord de l’écroulement. Les jeunes générations issues des employés de l’usine réalisent le parcours effectué entre ce que leurs parents ont accompli et ce à quoi elles aspirent dorénavant pour elles-mêmes, elles ne veulent pas de ce que l’usine 420 a offert à leurs aînés. L’enseignement secondaire était médiocre à l’usine 420 notamment, l’un des cadres de la succursale du groupe Chengfa fit en sorte de soustraire sa fille au lycée n°4 de l’usine, afin de lui offrir plus de chances de réussite. Un déclic s’est opéré où le choix pour chacun s’imposa, une page de l’histoire de la Chine s’étant tournée, les mutations du pays allaient s’accompagner de la libéralisation des esprits et de l’économie de marché. Condition de vie préétablie pendant un temps : ‘Petite Fleur’ devint gérante d’un institut de beauté, l’étudiant stagiaire se reconvertit en animateur télé, la fille du cadre préféra être acheteuse pour femmes riches et oisives, chacun cherchant à s’extirper d’une condition précaire qui leur était destinée.

Derrière chacune de ces histoires Jia Zhang Ke ne dépeint pas le drame et la tragédie à grand traits simplistes et mièvres. Jia de son père et Zhang de sa mère, originaire de Fenyang de la province du Shanxi, ce réalisateur fut le pionnier du cinéma ‘underground’ en Chine, en créant sa propre structure « Youth Experimental Group » avec onze de ses collègues de cinéma. Jia Zhang Ke se veut affranchi de toute convention, dogme et norme. Son goût pour les histoires ordinaires est pétri de ce qui lui a toujours tenu à cœur : faire voir et comprendre la Chine au travers des réalités de son peuple, en proie aux bouleversements culturels, économiques, sociaux… Son talent réside à ne pas condamner ou verser dans la critique facile, mais à analyser finement et mettre en lumière certains aspects de la mentalité chinoise tout en respectant sa culture et ses origines, également en conservant son indépendance et sa liberté de ton. Son cinéma pourrait paraître engagé et on lui demande régulièrement de prendre position. Or il se veut le partisan des gens, pas l’instrument d’un parti ou d’un système, il ne rejette pas le système puisqu’il y est né et a grandi dedans. Il propose seulement de construire avec équité, réfléchir avec justesse et préserver son libre arbitre. Savoir faire la part des choses tout en apportant du bon et du meilleur, par ses films il constitue une œuvre de réflexion sur l’indépendance et l’autonomie de l’existence.
En cela, il prône l’individualisme en plaçant l’individu dans un contexte et au centre de ses désirs, le tout en un perpétuel mouvement. Le fil rouge de ses films est l’écheveau de ces gens bousculés par la vie, plus grande qu’eux, en prise avec l’Histoire. La Chine n’est pas à sa première évolution ou dernière étape de métamorphose, ce qui importe à Jia Zhang Ke est la célérité de ces changements, comment les individus vivent la vitesse de transformation de leur société. Au détour de grands virages, il y a toujours des laissés pour compte, en tâchant de ne pas les oublier, il filme le combat ordinaire de ces milliers de Chinois qui aspirent à autre chose, à des ‘lendemains qui chantent’.

En tant que réalisateur, un parti pris est évident par le scénario et le montage retenus, il défend un point de vue par le cadre de sa caméra, cependant il ne cherche pas à imposer du début à la fin un discours fermé et obtus, lors de la préparation de « 24 City » il a laissé libre cours à son imagination pour broder de nouvelles tranches de vies autour des témoignages des employés de l’usine, avec l’aide de Zhai Yongming qui lui donna les clefs de compréhension de Chengdu et de son histoire. Il prit la liberté de mélanger la fiction à la réalité sans dichotomie, manichéisme et dualité entre le mensonge et la vérité. Il croit au pouvoir de l’imaginaire comme vecteur de réalités et de vérités. Son film est un intermédiaire entre le spectateur souhaitant en apprendre davantage ou découvrir un univers et ces individus ayant leur histoire à raconter, fictives ou réelles. Son cinéma innovant montrait pour la première fois aux Chinois leur vie quotidienne, un cinéma qui parlait d’eux, sans esbroufe et artifices. Il ne s’attache pas non plus au scandale ou au sensationnel, autant l’on peut pénétrer le drame d’une vie, autant Jia Zhang Ke sait aussi montrer ce qui adoucit une existence pétrie de souffrances et d’amertume, par une pointe d’humour ou par les souvenirs gais de ses personnages. Les anecdotes sucrées d’une glace goûtée au travers d’un grillage lors d’une séparation ou celles chuchotantes des conversations autour de tables de mah-jong agrémentées de thé brulant ou celles ensoleillées à l’évocation du sourire de ‘Petite Fleur’ illuminant le quotidien morne des ouvriers de l’usine. Il y a tant de raisons de se lamenter et de n’entrevoir que le sombre, le cinéma de Jia Zhang Ke fait la part belle aux joies que vivent aussi les Chinois. Les conditions de travail et d’existence éprouvantes n’occultent pas les moments d’allégresse lors de chants notamment, la musique populaire étant très prégnante dans ses films, apportant autant de légèreté que de sens au propos, ainsi que la culture populaire où les familles suivaient les séries télévisées, donnant un peu de piment ou d’évasion au quotidien.

Aussi fut remise en question l’indépendance de Jia Zhang Ke sur ce film, produit entre autres par la China Resources Land Limited [10], maître d’ouvrage du projet immobilier de luxe « 24 City ». Il rappelle qu’en tant que réalisateur et producteur, il connaît les limites mais n’entravant pas le champ des possibles en création. Le financement donne certes un droit de regard sur le produit fini, en revanche les préoccupations de la C.R.L.L. étaient plus orientées sur le succès de la construction du complexe que le film racontant l’avant « 24 City ». Cela n’empêchant pas que la promotion du film alimenterait en notoriété positive le rêve de futurs acquéreurs bercés de visites des maquettes épurées ou caressant distraitement le livret à couverture en papier glacé de leur achat immobilier, le regard perdu sur les tours étincelantes de ce nouveau quartier huppé.
Ayant eu à gérer surtout la censure du Bureau du cinéma, l’insoumission de Jia Zhang Ke se pose surtout face aux gouvernants et leurs sbires. Garantir sa liberté de ton sans froisser les autorités s’avère une technique de passe-passe éprouvée surtout depuis la préparation de sa venue au festival de Venise où il fut récompensé pour « Still Life » d’un Lion d’or. Selon lui ce qui pourrait paraître le plus dangereux à la censure sont les messages que certaines questions soulèvent comme ‘pourquoi vit on ?’, ‘le Je supplante t il définitivement le Nous ?’…
Au-delà de considérations sociales et psychologiques, Jia Zhang Ke se porte ainsi pour témoin à sa manière des grandes mutations de la société chinoise, les stigmates de ces changements défigurant notablement et durablement le paysage, lorsqu’il repense à son enfance à Fenyang ou en passant à Datong, ville minière, la nostalgie l’étreint et il constate la disparition de ses repères et référents, rien ne put être conservé, tout disparut, comme les frères Hutchens qui ne reconnurent pas le quartier où ils grandirent lorsqu’ils revinrent en Chine pour tourner une émission TV [12]. L’envie d’immortaliser à jamais sur papier ou sur pellicule les soubresauts du pays au Grand Bond avorté sans juger, juste pour le souvenir et nourrir la mémoire collective, car chaque fragment de vie personnelle mis en boîte par Jia Zhang Ke est un instantané pour l’avenir et les générations futures, le trésor d’une époque déjà révolue, une réminiscence déjà évaporée dans le vent de la modernité. Un réalisateur vivant avec son temps, conscient et lucide, donnant la chance à chacun de ne pas oublier cette Chine millénaire, si impétueuse dans sa vieillesse.

Ce dont il faut prendre conscience quand il s’agit de la Chine c’est que l’on ne peut juger à l’emporte pièces les conditions de travail et de vie de ces hommes et femmes sans en comprendre le fonctionnement du pays et ses choix. Dans une série TV ‘reality show’ tournée pour la B.B.C. [12] une jeune Anglaise exprimait son effroi d’un ‘disgusting !’ en réalisant comment les ouvriers indiens travaillaient, mais qu’était il plus dégoûtant, voire indécent entre les conditions de travail infernales et de vie insalubres ou la fatuité ostentatoire de cette jeune bourgeoise ne s’habillant qu’en marques ?
De notre point de vue occidental, il est condamnable d’exploiter des individus juvéniles et profiter de la crédulité et faiblesse des employés pour en tirer le maximum de bénéfices. Lorsqu’un pays est confronté à une population aussi nombreuse, l’autoritarisme nait d’autant plus facilement en période de crises. Mi XXè siècle, la Chine prit exemple sur son parrain et prêteur de fonds soviétique et appliqua son premier plan quinquennal par une réforme agraire et la restructuration de son industrie, cette dernière dopée par les besoins en munitions et matériel pour la guerre de Corée. Besoins croissants, toute la Chine fut mise à contribution pour y subvenir et la population suivit cet élan, à son détriment, aveuglée par la manne d’emplois. Reposant sur des ressources naturelles à puiser en masse tel que le charbon, les mines pullulèrent et rien n’a été fait pour que les mineurs par exemple puissent travailler en sécurité, des dizaines de mineurs meurent tous les jours sous des coups de grisou ou suite à la détérioration de leur condition de travail. De plus, les cadences de production d’acier pour livrer le matériel à temps exigeaient une main d’œuvre importante, en découlèrent de vastes flux de migrations de population, seulement la circulation au sein même du pays étant très restreinte et sujette à autorisation, en 2005 on estima donc à près de 150 millions le nombre de personnes clandestines ne possédant pas de ‘hukou’ [13], ce permis de résidence intérieur donnant droit au travail, logement, école… Une politique interne au pays fut mise en place pour endiguer une certaine catégorie de la population rurale, en n’alimentant que les usines d’ouvriers qualifiés, difficiles à recruter, que l’on interdisait à leur tour de circuler en dehors des villages créés autour des usines, les équipes dirigeantes n’appréciant guère que leur personnel ne s’éparpille.

Où travailler en Chine n’est pas sans danger, sans les causes évidentes liées à des conditions de travail périlleuses dans les mines par exemple, il y a tous les effets cachés et invisibles. Des millions de Chinois n’ont pas conscience et ne savent pas que les produits qu’ils utilisent en usine sont nocifs, les solvants n’étant pas connus pour leur inocuité et les employés les inhalant pendant plusieurs heures durant sans le port de gants et de masques systématique. Les instructions de sécurité ne figurant pas obligatoirement et n’étant pas connues de tous. Les émanations de produits, particules, gaz… emplissant et pourrissant les individus, faisant accroître le taux de cancer du poumon notamment. Sans compter les malformations sur les nourrissons à la naissance, les difficultés respiratoires, les tumeurs au cerveau se multipliant aux alentours des régions industrielles et minières. Des familles entières sont impactées sans le savoir rapidement et efficacement, le diagnostic médical s’effectuant bien souvent trop tardivement. Les pollutions générées par les usines contaminent considérablement des hectares entiers de terrain, les produits nocifs s’infiltrant dans le sol et s’écoulant dans les eaux. Intoxications et empoisonnements sévissant dans les régions les plus défavorisées de Chine, s’ajoutant à toutes ces pollutions, celles occasionnées par le mauvais traitement des déchets, de vastes déchetteries envahissent des terrains où tous peuvent circuler librement ou bien les employés ou badauds effectuant le tri pour récupérer les composants et matériaux précieux pataugent dans les mélanges délétères et fétides.
Pourtant les médecins ne manquant pas en Chine, ils sont nombreux à exercer et la culture chinoise est fortement axée sur la prévention. L’accès aux soins et aux traitements est compromis du fait d’un taux d’occupation des lits élevé et de la cherté des soins. Avec leur maigre paie rares sont les Chinois pouvant honorer les frais médicaux liés à une hospitalisation ou une maladie. Beaucoup sont donc dans l’obligation de souffrir sans assistance, de voir leurs proches agoniser et les parents transmettre aux enfants des maladies génétiques mal identifiées.

Peu d’argent pour se soigner, encore moins pour s’éduquer à un niveau satisfaisant. L’obligation d’une éducation sommaire où l’enseignement primaire fut largement diffusé dans tout le pays est un fait, mais ceux du secondaire et du supérieur furent négligés. Suite à la Révolution culturelle [14] on constata toute une ‘génération perdue’ de jeunes qui ne fut éduquée convenablement ou alors envoyée en campagne pour ne pas s’opposer aux autorités radicales. Un cercle vicieux fonctionne depuis des décennies et la Chine se retrouve avec pour constat des millions d’exécutants peu qualifiés dont les salaires ne tendent pas à augmenter notablement en comparaison du niveau de vie. Tâches uniques et sommaires démultipliées à l’infini par des millions de petites mains, la Chine ou tout lieu de production composé d’une forte présence chinoise tels que Singapour, Hong Kong et Taïwan regorgent de Chinois avilis à la répétition, la copie, la contrefaçon… Légions de non penseurs, bataillons d’exécutants, certains se plaignent de ne pouvoir accéder à l’autonomie car les cadres sont occidentaux et placés à des postes clefs dans le fonctionnement des entreprises chinoises, la revendication ayant ses limites tant que la Chine n’aura pas repris en main ses élites pensantes. Système qui trouve sa vertu pour des patrons s’enrichissant en face d’un Occident avide de profits et de bénéfices où les marges s’agrandissant et la pression augmentant, les consommateurs à l’affût du plus bas prix et du produit à emporter ou jeter inopinément. Notre boulimie consumériste provoque ces conditions de travail et de vie inhumaines. Et cela n’est pas propre à la Chine, nous le voyons nous-mêmes dans les anciens fiefs de la famille Wendel qui furent le théâtre de la tragédie sociale Daewoo [15], drame proche de nous et quotidien. Partout où l’on cherchera à produire plus en gagnant plus, des laissés pour compte non instruits seront le socle de cette exploitation frénétique. Dès que la Chine est sous le feu des projecteurs, on s’alarme d’autant plus car le nombre impressionnant de personnes impactées en est encore plus significatif, et les avantages sociaux à la traîne. Le rendement d’une vie essorée au maximum amplifiée à l’échelle d’un pays telle que la Chine peut faire rêver plus d’un entrepreneur cherchant à écouler sur le marché des millions de produits à coûts de production modiques, mais prix de revente grotesques.

Une société où l’on ne laisse pas le choix est en soi le plus criminel, que peut on faire de sa vie lorsque l’on n’a aucune instruction et qualification ? Entre la mine, l’usine et les champs, peu peuvent prétendre à s’épanouir dans leur travail et leur vie avec décence et dignité avec un salaire journalier de 1€ [16]. « Aujourd’hui certaines usines ont été fermées, d’autres ont continué à produire clandestinement. Le gouvernement local a décidé de raser le village et de le transformer en ville nouvelle avec des parcs ‘pour que les paysans puissent faire du sport’ » l’ironie est que cette réplique ne provient pas de « 24 City » mais du recueil de photos de Samuel Bollendorff.  A « 24 City » on y fera du sport, on y dormira, on y vivra, on s’y amusera, on y travaillera dans le luxe et l’opulence… seulement ceux qui vivront dans ce complexe ne seront pas des paysans, à moins que comme Nana, jeune acheteuse au service du pouvoir d’achat de ses clientes fortunées, y investira chaque Yuan épargné pour offrir à ses parents un luxueux appartement à « 24 City », telle une revanche sur le destin, une ouvrière d’usine de poteaux télégraphiques y trouvera alors sa place. La récompense de ceux qui eurent le choix de leur vie, des générations présentes et futures ayant leur vie en mains, oeuvrant pleinement à vieillir plus lentement pour profiter de chaque instant de grâce.

Notes

(*) citation de William Butler Yeats, utilisée dans « 24 City »
[1] http://www.cf-group.com
[2] http://www.chengdu.gov.cn
[3] « Machinerie (automobile et aéronautique inclus) » 13 novembre 2007  http://www.chengduinvest.gov.cn/FR/detail.asp?id=2332
[4] http://www.city24.com.cn/Web
[5] http://ent.sina.com.cn/f/jiazhangke - courrier international n° 952 29 janvier 2009 http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=93950
[6] http://www.city24.com.cn
[7] http://china.poetryinternationalweb.org/piw_cms/cms/cms_module/index.php?obj_id=978
[8] guerre de Corée : 25 Juin 1950 - 27 Juillet 1953
[9] Le Yuan ou Renminbi (RMB), monnaie chinoise 1€ = 9.32487 RMB ou 1 RMB = 0.10724€
[10] http://www.crland.com.hk/Products/24city_cd.asp
[11] http://www.ngcfrance.tv/programmes/lost-in-china
[12] http://www.bbc.co.uk/thread/blood-sweat-tshirts
[13] http://doctorantscecmc.wordpress.com/2009/02/22/contraintes-migratoires-et-changement-structurel-le-systeme-du-hukou-et-le-developpement-economique-chinois
[14] Mao Zedong président de la République Populaire de Chine 1949-1959, réformes du Grand Bond en avant 1958-60 et instigateur de la Révolution culturelle 1966-69
[15] http://www.tierslivre.net/livres/DW
[16] http://www.oeilpublic.com/diaporama-a-marche-forcee

Bibliographie

« L’économie de la Chine » Françoise Lemoine coll. Repères éd. La découverte
« La Chine du XXIè siècle, une nouvelle superpuissance ? » François Gipouloux coll. CIRCA éd. Armand Colin
« La face cachée de la Chine » Jean-Marc et Ydir Plantade coll. Document éd. Bourin Editeurs
« L’Asie majeure, la révolution silencieuse de l’Asie orientale » Jacques Gravereau, éd. Grasset
« A marche forcée, les oubliés de la croissance chinoise » Samuel Bollendorff éd. Textuel
« China » Edward Burtynsky éd. Steidl
« Shenzhen » Guy Delisle éd. L’Association
« Daewoo » François Bon éd. Fayard
« Balzac et la petite tailleuse chinoise » Dai Sijie éd. Gallimard


Filmographie

« Les temps modernes » Charles Chaplin
« Blind shaft » Li Yang
« La môme Xiao » Tao Peng
« Un millier d’années de bonnes prières » Wayne Wang
« Une jeune chinoise » Lou Ye
« Train de nuit » Diao Yinan
« Jour et nuit » Wang Chao
« Passages » Yang Chao
« Paysages manufacturés » Jennifer Baichwal
« Xiao Jia rentre à la maison » Damien Ounouri
toute la filmo de Jia Zhang Ke


Annexes

http://www.edwardburtynsky.com

http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/11/04001-20081111ARTFIG00297-la-frenesie-de-construire-des-villes-ecologiques-s-empare-de-la-chine-.php

http://perspectiveschinoises.revues.org/document1202.html

La Chine associe l’industrie de l’aviation civile au marché du capital
La China Aviation Industry Corp. I ( AVIC I) a célébré mardi la création de deux joint-ventures d’aviation civile basées à Shenyang (est) et à Chengdu (sud-ouest).
Les deux entreprises ont ouvert la voie, en Chine, en absorbant les investissements du marché du capital au lieu de compter uniquement sur le soutien financier du gouvernement, comme c’était le cas dans l’industrie militaire, a déclaré Lin Zuoming, directeur général d’AVIC I.
L’investissement de chaque entreprise était de 500 millions de yuans (65,8 millions de dollars).
La Shenyang Company est une joint-venture de Xi’an Aircraft International Corp. (XAIC), Shenyang Aircraft Corp., et d’une compagnie d’investissement qui dépend d’AVIC I. Ces entreprises détiennent respectivement 45%, 40% et 15% des actions de l’entreprise.
La Chengdu Company est une joint-venture de Xi’an Aircraft International Corp., Chengdu Aircraft Industrial Co. Ltd. et d’une compagnie d’investissement qui dépend d’AVIC I. Elles détiennent respectivement 45%, 40% et 15% des actions de l’entreprise.
Gao Dacheng, président du conseil d’administration de XAIC, a déclaré que son entreprise investirait 225 millions de yuans (29,6 millions de dollars) dans chacune des deux entreprises.
AVIC I est la maison mère de Xi’an Aircraft Industry Corp. Ltd., Shenyang Aircraft Industry Corp. Ltd., Chengdu Aircraft Industrial Co. Ltd. et Shanghai Aviation Industry Company.
Agence de presse Xinhua     29/08/2007

Extraits de http://www.chengdu.gov.cn :
Electricity Consumption Exceeded 20 Billion Kilowatts (2007-12-11)
The city’s annual electricity consumption exceeded for the first time 20 billion kilowatts on the early morning of December 3, the municipal electricity dispatch center revealed. The surge of electricity use marks the rapid development of the economy. It is estimated by the end of this year, the total annual electricity consumption will reach 21.1 billion kilowatts, which means an average person power use of over 2,000 kilowatts. Experts predicted the city will see a continued increase of electricity consumption and the annual consumption might reach 50 billion kilowatts in 2020.

Minimum salary raised (2006-10-17)
The minimum salary of the city’s urban area has been raised to RMB580 yuan. The Chengdu Municipal Government on Wednesday passed measures on adjustment of minimum salary level, setting new standards of salaries for full-time and odd jobs. Salary rise will differ according to the living standards in different areas. People living in the five urban districts and the Chengdu National High-tech Development Zone will enjoy highest rise of minimum salary of 130 yuan from the previous 450 yuan. Employers are required to carry out the new salary standards and it is expected protection of worker’s rights will be beefed up in the future. Work overtime and holiday duties shall be paid extra money aside from the minimum salary.

Rise of minimum salary in hatch (2006-05-19)
Sources from the Chengdu Labor and Social Security Bureau revealed that the province was to raise the minimum salary level by the end of this year  and accordingly Chengdu’s minimum salary would rise. At present the minimum salary per month in the urban area is 450 yuan, which was fixed in 2004. It is prescribed that the minimum salary level needs adjusting every two years and this year will be the time for another adjustment. In accordance with regulations, all companies and working units must pay employees salaries higher than or equal to the minimum salary set by the government.

City Achieves Economic Growth of 13.5% (2006-07-24)
In the first half of this year, the city accomplished a gross regional product of RMB122.41 billion yuan, a year-on-year increase of 13.5%. Deputy Director of the Municipal Statistics Bureau, Zhao Taixiang, announced Thursday the city’s economic performance in this year’s first half. With vigorous efforts to promote the “Year of Industry,” the city kept a sound and stable growth in the national economy. Agriculture gained an added value of RMB7.28 billion yuan, industry RMB54.65 billion yuan, and the service sector RMB60.48 billion yuan, up 4.1, 18.0 and 11.0% respectively over the same period of last year.
An industrial growth rate of 20.7%, contributing 50.2% to the economic development. The city achieved an added industrial value of RMB42.54 billion yuan, 20.7% higher than the year before. The manufacturing for electronic communications, textile industry, garment sector, chemical fiber industry, and rubber and plastics processing industry performed well.
In the past six months, investment in fixed assets expanded significantly. The city accomplished a total of RMB81.97 billion yuan in fixed assets, an increase of 36.3% year on year. Of the gross amount, industry accounted for RMB21.47 billion yuan, increasing by 41.6%; the service sector RMB597.5 billion yuan, increasing by 34.6%. The great momentum of the economic growth attributed to the Metro No.1 Line project, the construction of the new urban areas in the city’s north and south, the rehabilitation and revival program of the aquatic environment in the whole city, and implementation of a large batch of projects involving infrastructure construction in industry-intensive areas.
Major projects were carried out well. By the end of June, 155 key projects realized an investment amounting to RMB20.7 billion yuan, among which, RMB2.68 billion yuan was achieved by those projects completed and put into production.
A total of 21.88 million tourists received, up 17.1% over the same period of the year before. Both new-developed scenic spots and traditional tourist attractions increased their attraction to tourists both from home and abroad. The tourist sector’s satisfactory growing momentum produced great benefit for the city. In the first half, the city received 21.88 million home tourists, 17.1% higher than that of the same period of 2005, and 179,000 tourists from overseas, up 9.8% year on year. Its revenue from domestic travel
service hit RMB16.2 billion yuan, increasing by 18.2% year on year, and its foreign exchange earnings from tourism RMB70 million yuan, increasing by 6.8%.
In another development, on Thursday, the Provincial Government released the province’s economic development in the first half of the year at a news conference.
Reviewed and approved by the National Statistics Bureau, in the six month, the province realized a gross product of RMB372.65 billion yuan, a year-on-year increase of 13.3% and 2.4% higher than that of the nation’s total. Among the gross value, agriculture snatched an added growth amount of RMB54.47 billion yuan, an increase of 5%; industry RMB171.04 billion yuan, an increase of 19.4%; and the service industry RMB147.14 billion yuan, an increase of 10.1%.
The per capita disposable income of the urban residents reached RMB4, 756.8 yuan, up 9.8% year on year, and that of their rural relatives RMB 1,635.2 yuan, up 2.7%.
Throughout the province, 47.079 million rural and urban workers got employed, 76,000 more than that of last year’s end. 174,000 obtained re-employment and the urban areas’ un-employment rate registered was 4.3%, down 0.3% than 2005.
By the end of June, 116 of the world 500 companies had settled in the province, and 41 are enterprises with direct foreign investment.
In the second half of the year, the province will maintain the promising economic growth. It’s anticipated that a percentage of 24 will be gained in industrial growth, an investment totaling over RMB450 billion yuan will be accomplished. It’s much hopeful to attain an economic growth rate of over 13%.

Chengdu honored model city for urbanization (2005-12-29)
During the 7th China (Shanghai) International Real Estate and Archi-Tech Fair (CIHAF) which concluded on December 18, Chengdu along with nine cities were entitled model cities for urbanization and city construction. The city was honored due to its charm known as being a relaxation city and its achievement in integration of urban and rural areas. In 2004 CIHAF granted the title of city construction to Chengdu.

Pièces jointes :

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paysagesmanufactures_affiche

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soirée de clôture du festival clandestin

Posted in performance by artpasnet on 31 March 2009

photos & vidéos

clandestin

 


Les gens d’UterpanAnnie Vigier & Frank Apertet

MarineMyriam Gourfink & Kasper T. Toeplitz

Lazare Performance avec un bruiteurLazare

collaboration Mouvement

Posted in photo by artpasnet on 26 March 2009
mouvement n° 51

mouvement n° 51

DOSSIER : LE TRAVAIL : QUELLES VALEURS ?

Il monopolise la plus grande partie de notre temps, nous attendons de lui qu’il apporte du sens à notre vie et en même temps, nous aimerions qu’il y occupe moins de place… Le travail est au cœur de notre paradoxal rapport au monde, et c’est sans doute pour cela que de plus en plus d’artistes de toutes disciplines s’en emparent. Des artistes dont le mode d’existence, lui-même problématique, est peut-être emblématique des changements à opérer. Faute de faire le tour de la question, le dossier à la une du numéro 51 de Mouvement cherche à proposer quelques pistes de réflexion, en compagnie de la sociologue et philosophe Dominique Méda, des artistes Ascanio Celestini, Yann Thoma, Florent Marchet, Nicolas Frize… Le travail est le totalitarisme moderne, peut-on entendre dans le documentaire coup-de-poing de Jean-Michel Carré, J’ai très mal au travail. Et s’il devenait au contraire la première utopie de ce XXIe siècle ?

PROFILS ET PARAGES

Apichatpong Weerasethakul, 4 x 2 ou De rupture et d’indolence : en quatre films, le cinéaste thaïlandais a imposé une singularité stupéfiante, touchant à l’essence même du cinéma. Par Franck Marguin, Thierry Jousse et David Sanson.
Neuer Tanz, Danses suspectes : dans son gigantesque atlier mobile de plasticien chorégraphe, VA Wölfl dissèque les corporéités glacées de l’urbain occidental. Par Gérard Mayen.
Vincent Segal, Violoncelle acrylique : sur les traces d’un musicien aussi incontournable qu’insaisissable, qui, de Bumcello à Alain Buffard, cultive l’art de la rencontre. Par Anne-Laure Lemancel.
Le Théâtre du Grütli, Expérimentalement vôtre : à Genève, le « GRü » se voue exclusivement à la création, avec la conduite de recherches théâtrales de fond. Par Mari-Mai Corbel.
Vincennes (qu’on ne connaîtra jamais) : retour littéraire sur l’aventure de l’inter-trans-extradisciplinaire Centre Universitaire Expérimental de Vincennes. Par Arnaud Saint-Martin et Olivier Sécardin.
Les Requins Marteaux, Presse, pouvoir, stupre et huile de moteur : la revue de bandes dessinées Ferraille Illustré s’expose au Lieu Unique de Nantes. Par Julie Bordenave.
• Portfolio : Renaud Auguste-Dormeuil, Les Ambitieux.
Le Collectif Berlin, Le théâtre, écran du réel : avec son « théâtre filmique », le collectif anversois sonde et représente les villes de la planète comme autant de textes disant le monde d’aujourd’hui. Par Gwénola David et Jean-Louis Perrier.
Les Gens d’Uterpan, Un ready-made de la danse ? : à la frontière de la danse et des arts visuels, Annie Vigier et Franck Apertet ont engagé un processus de mise à nu de la relation. Par Judith Souriau.
Philippe Perrot, La peinture comme champ de bataille : l’œuvre de Philippe Perrot, artiste rare, forme une histoire fragmentaire centrée sur la famille, ses secrets et ses béances. Par Valérie Da Costa.

Egalement au sommaire : Un reportage sur la scène contemporaine albanaise / Le nouvel ouvrage d’Henri Meschonnic / Jemma Nelson, du Big Art Group, évoque l’élection de Barack Obama / Cartes blanches à Yann Thoma et Vincent Mauger / Entretiens et portraits des musiciens Thierry Madiot et Jason Glasser, de la plasticienne Shilpa Gupta… et toujours les chroniques livres et disques, et l’agenda, une sélection d’événements à Paris, en région, en Europe.

concert clandestin

Posted in music by artpasnet on 25 March 2009

photos de « concert à la maison » : un QUATUOR CLANDESTIN
olivier cavailléquentin sirjacqétienne bonhommenikolu

organisé par la revue “mouvement” à la console

http://www.mouvement.fr

concert clandestin

concert clandestin

collaboration CongopunQ

Posted in music by artpasnet on 24 March 2009

extrait vidéo de “greasy cowboys

photos de CongopunQ : bum, Dr Kong, gilles coronado et le ballonniste stephane bourotte

CongopunQ

CongopunQ

CongopunQe

CongopunQ

quand je pense à lui

Posted in music, perso by artpasnet on 22 March 2009

My father always promised me
That we would live in France
We’d go boating on the Seine
And I would learn to dance

We lived in Ohio then
He worked in the mines
On his dreams like boats
We knew we would sail in time

My sisters on the road, and ran away
To Denver and Cheyenne
Marrying their own grownup dreams
The lilacs and the man

I stand behind the young girls dreams
Only danced alone
Hoping, hoping that my fathers dreams
would take me home.

I live in Paris now
My children dance and dream
Hearing the ways of a miner’s life
In words they’ve never seen

I sail my memories of home
Like boats across the Seine
And watch my fathers eyes
Watching the setting sun
Set in my fathers eyes again

this mortal coil – “filigree & shadow” – “my father

http://www.4ad.com/thismortalcoil/releases/filigree-and-shadow-7
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j’-M- !

Posted in cinema, music by artpasnet on 20 March 2009
duo éphémère

duo éphémère

-M- comme magie

duo éphémère avec mathieu chédid, dj shalom, susie one et sylvain kassap

ciné concert illuminé par georges méliès, émile cohl, segundo de chomon

steal your oil, let it spoil !

Posted in music by artpasnet on 17 March 2009

way below, way belolow

down the path, way belolow

gonna go, yeah gonna go

gonna go to the freaky show

freaky strut, do the freaky strut

freaky strut, smile to the mutt

pick it up, yeah pick it up

pick it up and eat it up


the hawks are flying real high

watching the scene, war mongers hide

in the city, doors closed tight

a curtain moves, worried eyes


invasion of the greasy cowboys


we’re in town, we’re back in town

it’s all ours now, our pissing ground

look at me, don’t look at me

i’ll eat you up and your family tree


hyenas suck the soil, it’s the right way

attack and foil

dust to dust, bounce the bones

we got the juice, let’s back home


invasion of the greasy cowboys


"invasion of the greasy cowboys" album "candy goddess"
CongopunQ

ce titre étonnamment procure une transe démente sous les coups de baguettes, un titre puissant, au timbre envoûtant, une énergie folle émane et invite à la danse immédiate

là où cela devient plus étrange c’est que l’on en occulte totalement le texte et sa signification, ne prêtant attention qu’aux rythmes, le corps se laissant emporter

une critique douce amère de l’occupation maladroite des troupes américaines en irak…

bum Dr COng

bum, Dr kong, piotr barsony, baco mikaelian, sébastien llado, stella oudin


extrait 1 – résidence @ l’International

extrait 2 – résidence @ l’International

extrait 3 – résidence @ l’International


extrait 4 – résidence @ l’International


extrait 5 – résidence @ l’International


extrait 6 – résidence @ l’International


extrait 7 – résidence @ l’International


extrait 8 – résidence @ l’International

playlist rock, punk, blues…

Posted in music by artpasnet on 28 August 2008

* elvis presley – “in the ghetto” – “in the ghetto
* the rolling stones – “steel wheels” – “mixed emotions
* the ramones – “brain drain” – “punishment fits the crime
* the cramps – “off the bone” – “uranium rock
* U2 – “the joshua tree” – “where the streest have no name
* dead kennedys – “plastic surgery disasters” – “buzzbomb
* buzzcocks – “singles going steady” – “orgasm addict
* frank zappa – “chunga’s revenge” – “road ladies
* muddy waters – “one more mile” – “mean red spider

playlist jazz, hip hop…

Posted in music by artpasnet on 27 July 2008

* sage francis -”dead poet” – “broken wings
* milford graves / john zorn – “50²” – “smooth interaction
* chet baker – “let’s get lost” – “ev’ry time we say goodbye
* prefuse 73 – “security screenings” – “keeping up with your quota
* billie holliday – “live in boston” – “strange fruit
* keith jarrett – “still live” – “autum leaves”

playlist abstraite, experimentale, noisy, electro…

Posted in music by artpasnet on 9 February 2008

* tetsu inoue + taylor deupree – “active / freeze” – “oto / obje
* andrew duke – “sprung” – “chromosome 20
* squarepusher – “feed me weird things” – “goodnight jade
* otomo yoshihide – “anode” – “anode 3
* plaid – “P-brane” – “stills
* autechre – “garbage” – “bronchusevenmx24

Bon baisers de Paris !

Posted in manga by artpasnet on 20 October 2007

sortie du “fraise & chocolat 2” de aurelia aurita éd les impressions nouvelles

benoît peeters - aurelia aurita

benoît peeters - aurelia aurita

aurelia aurita

aurelia aurita

aurelia aurita

aurelia aurita

"fraise & chocolat 2" aurelia aurita

"fraise & chocolat 2" aurelia aurita

listen to the silence

Posted in cinema, music by artpasnet on 23 September 2007
Anton Corbijn

anton corbijn

…but she expressed herself in many different ways,
until she lost control again.
and walked upon the edge of no escape,
and laughed i’ve lost control.
she’s lost control again…

le profil de ian curtis découpé par une lumière blafarde, mine résignée par cette interrogation :
existence ! well… what is the matter ?
le titre ‘control‘ s’affiche stroboscopique et épileptique sur la toile

ian curtis c’était l’audace des sentiments et le doute de soi, l’ombre de la dépression et la lumière de la gloire, la fuite du quotidien et la proximité de la vérité émotionnelle, la foule des tentations et la solitude de la création, la frénésie de la vie d’artiste et la routine du couple, rester inconnu dans le business et vouloir être apprécié du public, l’audace des textes et la lâcheté dans l’engagement… tant de paradoxes dans ce corps frêle… une tête pleine de mots qui cherchent la libération, la personnification… une langue pour les faire naître, une musique pour les rendre vivants, une scène pour connaître le succès…

un portrait saisissant de ce jeune homme fragile, fauché par les dilemmes de sa vie
le film est adapté du livre “touching from a distance” de deborah curtis, mal mariée et faisant partie du petit cénacle des veuves glorieuses avec courtney love et consorts… le rock : cimetière des groupies et de leurs idoles, mais surtout de leurs femmes

ce film n’est pas là pour vous raconter la formation du groupe ‘joy division‘, d’ailleurs on fera l’impasse sur les raccourcis, les inexactitudes, les erreurs sur la chronologie et les relations entre les membres du groupe, ce n’est pas un documentaire tel que pouvait l’être “the future is unwritten” sur joe strummer des ‘clash‘ ou “let’s get lost” sur chet baker
là n’est donc pas la véracité du groupe mais plutôt la sincérité d’un homme, usant de ses tripes et de son mal de vivre pour coucher sur le papier les plus belles chansons électriques des 70’s torturées

l’interprétation par sam riley y est pour beaucoup, sa présence supplante le mime imposé à tout biopic qui se veut réaliste, avoir les mêmes mimiques et gesticulations que ian curtis n’est pas primordial, ce qui transparaît sur la pellicule ce sont les gouttes de sueur, le frémissement de la peau, le trémolo dans la voix de riley donnant corps à curtis sur scène, le regard hypnotique happé par les projecteurs de la scène, l’ivresse du chant, incarnant ses paroles de souffrance et de déprime exacerbés, le romantisme à l’état pur avançant sur la corde chancelante du punk

anton corbijn [1] expliquait qu’il ne voulait pas que ce film soit esthétique, c’est raté!
bien au contraire, la sobriété du noir et blanc renforce le graphisme des séquences, mâtinant le film d’une chape dramatique
on sent le soin du photographe à chaque plan, le contraste de ce “HATE” blanc sur le caban noir de curtis trainant dans barton street, le tracé peu rectiligne de la route sur laquelle marchent ian et debbie, couple désuni augurant le pire, la monotonie des maisons de briques alignées de macclesfield, le ciel plombé et pesant de cette banlieue de manchester… tout y est oppressant alors que ian ne cherche qu’à s’émanciper

ancré dans la réalité, la cristallisant de paroles superbes, curtis ne sait pas l’affronter, se réfugiant dans ses textes, les mots lui manquent face à sa famille et ses amis, le réconfort auprès d’une maîtresse n’est qu’un exutoire illusoire
la fin est connue, du moins par les fans, c’est comme pour le titanic qui coule, on sait comment cela va se terminer, le plus passionnant c’est le chemin parcouru entre le point de départ de ‘warsaw‘ au suicide de curtis le 18 mai 1980
l’émotion en voyant “24 hours party people” [2] tenait du ton enlevé et du personnage décalé de tony wilson, alors qu’ici ce sentiment se pétrit d’amertume et de tristesse, curtis sombrant dans les affres de la création, se remettant en question en tant que mari, père, homme, ne trouvant sa place en ce monde, où les affiches des buzzcocks, cabaret voltaire, fall, throbbing gristle, sex pistols… accolées aux murs font office de vestiges du passé entre les pages de la beat generation et les voix vinyles de david bowie et lou reed

la semaine dernière, les acteurs sam riley et alexandra maria lara étaient venus de londres pour l’avant première à paris, témoigner de leur travail sur ce film intense et habité, partager leurs expériences avec le public conquis
une révélation apparemment, ce qui fera sensation ce sera surtout voir en riley la succession confirmée d’un peter doherty mal assuré
le film fait la part belle à la genèse des chansons de ‘joy division‘, rien que pour cela, j’invite à voir ce film, même si vous n’êtes pas convaincus par l’intérêt d’un film sur un chanteur maudit et sacralisé, au moins vous en sortirez de la projection avec les accords entêtants en tête et ces qlq paroles à la saveur suave et grave…

[1] http://www.corbijn.co.uk
[2] http://www.partypeoplemovie.com

http://www.myspace.com/controlfilm

à la rencontre de soi

Posted in cinema, photo by artpasnet on 12 September 2007
Danielle Arbid

danielle arbid

être sur le fil du rasoir, cette lame tranchante qu’est la vie, sur le fil de la vie qui raconte un homme

le souffle du vent
1985 beyrouth, le son des fusillades au crépuscule, la course d’un homme hébété, faisant tomber un couteau à terre, qui est il? qu’a t il fait?
on le retrouve 20 ans plus tard au nord de la syrie, l’orage au loin, dans un champ de choux à déraciner les mauvaises herbes, le couteau, encore, le blessant après une rixe
il se fait appeler fouad saleh, sa route croise celle de thomas koré, un photographe français en quête de rencontres pour les photographies de son journal intime, tel un reporter de son intimité sillonnant le monde extérieur

il y a des films qui exsudent une fièvre, “un homme perdu” [1] est de ceux là
la vie à bras le corps, l’étreinte de la mort et le tumulte de l’interdit rythment les errances de ces deux hommes au proche orient
deux antipodes : thomas extravagant, curieux et turbulent trace sa route selon ses envies et ses désirs, il est l’impatience et la volubilité mêlées, tout doit être excès et excitation, à la recherche des plaisirs, il court après ces tranches de vies sensuelles immortalisées par clichés
fouad lui porte un secret, renie une vie à l’abandon, sa mémoire lui fait défaut, son apparent calme et sa patience ne trahissent pas les tourments qui l’habitent, plongés dans l’abîme de l’oubli et du silence

ce duo en diptyque d’un seul et même personnage, ses deux facettes au carrefour de l’orient et de l’occident, le choc des cultures et des mentalités, les libertés y sont différentes et où le désir s’y exprime autrement
un moment d’ivresse suspendu dans le temps, fouad séduit par sa voisine de taxi lui caresse le genou, découvert, dans la voiture, à la frontière jordanienne derrière un baraquement il hume le parfum de ses cheveux dévoilés, la douceur de ses doigts sur les lèvres et la joue de la femme, une étreinte chaste
tout en contraste avec les ébats passionnés et charnels de thomas avec des prostituées, son avidité sexuelle se repaît des photographies qui cristallisent ces instants aussi uniques que toutes ces femmes livrées à sa luxure, couvrant leur visage de leurs cheveux, l’attraction des corps pour atteindre au plus près son âme

les femmes, leur sensualité, leurs courbes enivrantes, entre danses lascives et ébats torrides, sujets sexuels pour le plaisir des hommes au regard triste marqué par les conflits de pays en guerre, le rouge embrasant les lèvres de ces femmes pour égayer le quotidien morne, le noir profond de leurs yeux fardés, la voix suave de souad pour exciter un mâle en mal de sensations au téléphone se perd dans les échos d’une ville meurtrie
ces femmes en natures vivantes et sensuelles, leur grain de peau pour un grain de photographie, leur soupirs et gémissements en opposition avec une société répressive et muselée, le cadre d’un objectif ne suffirait pas à emprisonner leur liberté, la jouissance des corps comme exutoire à un embrigadement moral

les ambiances de ces corps à corps ou de ces divagations nocturnes sont accompagnées par les couleurs froides des néons crus d’un vénus club, accentuant leur solitude, voire leur désarroi, ou les tonalités chaudes et rougeoyantes des bars animés, le crépuscule flamboyant sur les rivages de la mer morte
atmosphères baignées par une musique aérienne [2], des notes lâchées par une guitare d’abord solitaire accompagnant les errances de ces hommes livrés à eux mêmes, sur le bord d’une autoroute ou dans une ruelle sombre, puis le rugissement d’un riff, le vrombissement d’une batterie annonçant un espoir poindre à l’horizon
le plan le plus poétique : une séquence lente d’une étreinte entre fouad et une fille dans une chambre d’hôtel, leur reflet dans la baie vitrée révélant les rues illuminées la nuit, avec thomas pour témoin voyeur immortalisant leur corps à corps à coups de déclics frénétiques, à distance, comme “une image qui lui vient de loin…

thomas dit qu’il termine un livre sur un ami porté disparu, ses recherches l’ont mené dans tous les recoins du proche orient, un prétexte pour être au liban afin d’écrire cette histoire
l’un en poursuite dans la précipitation, l’autre en fuite dans l’attente, ils (se) cherchent et que vont ils trouver? à ne plus se ressembler, découvrir l’autre, cet autre en face et celui qui est caché en soi, “un homme perdu“, celui qui semble être le plus perdu n’est pas forcément celui auquel on pense…

un film intense présenté en avant première, où l’on y défendait le cinéma comme objet artistique, une proposition complète avec pour objectifs : nourrir d’images, d’impressions, de sensations, aider à vivre…
danielle arbid y a livré quelques clefs de compréhension, déjà présente cet été lors d’un hommage qui lui a été rendu par paris cinéma pour “seule avec la guerre” notamment, nous confie que ce film vient de loin, elle l’a porté en elle pendant des années et ce long métrage est toujours très présent
ce film est son oeuvre la plus personnelle, celle qui lui ressemble le plus bien qu’il s’agisse de deux hommes, cherchant à être libres, même s’il faut en payer le prix fort, s’imaginer un pays mental où l’on est en quête d’un idéal comme dans un rêve
l’écriture à l’origine devait se faire avec la collaboration de l’écrivain william vollmann, puis danielle arbid s’est orientée vers antoine d’agata [3], photographe [4], dont le travail l’intéressait déjà et s’est inspirée de lui pour thomas koré qui viendra à la rencontre de fouad saleh l’autre qu’elle a imaginé, son alter ego, ou le recto/verso d’un seul et même homme
de dimension fantasmatique et onirique, la fiction se nourrit du réel, on essaye toujours d’y trouver des prises par rapport à ses propres repères, la recherche d’indices pour que l’on s’approprie une oeuvre, qu’elle nous devienne familière, le creuset du film se situe en pleine guerre du liban, danielle arbid y a voulu exprimer un abandon, un rejet de son personnage de cette vie dont il voulait s’extraire, une famille et une société qui ne lui convenaient plus, le liban ce pays pour lequel elle éprouve de l’amour dans une relation d’attraction et de répulsion mélangées
finalement, il est surtout question de raconter une histoire, une envie, partager et faire découvrir, soulignant le travail d’une équipe, se retrouver, tous ensemble, devant cette grande toile, vivre des émotions dans une salle vibrant à chaque instant pour ces hommes perdus, errant sur les sentiers de la vie, à la recherche d’eux mêmes

[1] http://www.unhommeperdu-lefilm.com
[2] http://www.viplayland.net
[3] http://www.documentsdartistes.org/artistes/dagata/repro.html
[4] "aka ana" présenté lors de l'expo "l'image d'après" cet été à la cinémathèque française, je vous conseille 'vortex' photographies troublées et troublantes

plein les esgourdes

Posted in music by artpasnet on 5 July 2007
cello, dj pone, dj need, little mike, crazy b, bum

cello, dj pone, dj need, little mike, crazy b, bum

Bientôt la nuit fait place, la lumière s’efface, de toutes façons nous ne voyons pas le soleil se coucher, le chapiteau nous recouvre de sa toile protectrice, les guirlandes multicolores parent l’armature de milles reflets, les discussions vont bon train en attendant le duo

Un duo protéiforme cette fois ci, pas bicéphale comme d’habitude, un duo de groupes, une tectonique de plaques sonores à la rencontre l’une de l’autre, non pour s’éventrer et se déchirer, mais pour se nourrir et se mélanger, la richesse des influences, des goûts et des sons par une galette plastique, une corde synthétique ou une peau cuite : bumcello & birdy nam nam

Mélopée de notes qui s’échappent du violoncelle de cello lorsqu’il commence à caresser de son archet les cordes de son zeta flamboyant, lui répond une sirène lointaine, celle qui vous captive et vous mène à la dérive, quatre platines murmurent leurs chants hypnotiques jusqu’à lancer le tempo, la batterie discrète arroche le rythme lentement, puis le violoncelle entraîne ses compagnons de route dans une danse effrénée, de plus en plus rapide

Cadence frénétique aux accents de basse, le set amorce une lente réanimation, sorties du coma urbain nos oreilles s’éveillent aux mélodies électroniques et électriques, quelques samples comme fil conducteur, les boucles s’enchaînent, les regards se croisent, les mains virevoltent au dessus des platines, concert de voix, de doigts et de choix

En fond, le timbre de bum résonne, il appelle la sirène, elle lui répond, les quatre comparses affairés au tournage de galettes exécutent les scratches avec dextérité et entrain, dodelinant de la tête ils narguent la coiffe exotique de bum, cello lui raille de vibrations sur son violoncelle, l’archet zigzague, les notes dérapent, la vitesse de croisière est amorcée

Les doigts de cello grattant directement les cordes du violoncelle impriment une nouvelle impulsion, le public conquis crie et s’agite, la nuit estivale peut s’enflammer!

Le quatuor de platines accélère, la batterie suit et double, cello se lâche et laisse parler son corps, son violoncelle pour pilier de danse, puis tout se casse, patatras et patatrac, non cela ne sera pas cette direction, on voguera vers d’autres îles musicales, les sirènes retentissent de nouveau, les plages de synthés stridentes rappellent à l’ordre, bum abandonne son navire de percussions pour faire sonner les cloches

On entend cet avertissement, attention la fête c’est ici et maintenant! une des platines gémit, le violoncelle accourt et console de sa mélodie doucereuse, un appel vers l’orient entrecoupé par un déhanché frénétique de cello sur sa pédale, un jeu du pied, mais pas de mains vilaines
Bien arrimées au manche, l’archet leur obéit, la batterie laisse échapper qlq coups par ci par là, du bois, du métal, du plastique, de la peau, mélange organique et minéral, des textures en tessitures, la galette répond à la batterie dans une variante drum ‘n bass, le public bat des mains en rythme

Improvisation totale, entre le violoncelle, la batterie et les quatre platines, 6 hommes unis par la musique, l’esprit ‘free‘, peu entravé par les conventions, grand bien leur fasse, c’est sans compter l’attirail qu’a ramené cello, une basse bienvenue s’immisce dans la conversation, quelques lignes tracent le rail à l’une des platines, tour à tour les solos turntablists virtuoses embrayent sur la voie

Rugit une nouvelle sirène, les cris fusent, les flashes crépitent, les bras sont sollicités plus que jamais, de concert les six MC accélèrent le mouvement, le beat s’affole et les bits s’égrènent, 4, 8, 16 pistes… une seule piste de danse, le public captif et captivé se meut et s’émeut, la voilure a changé d’envergure, on a mis le cap vers un rock, le violoncelle en guitare électrique embarque la rolls musicale

Déhanché de cello, décidément, il est en grande forme ce soir pour nous offrir la séance d’aérobic aux petits aérodynes que nous sommes devenus, planant dans cette composition distordue et rythmique, nos corps ne répondent plus, on a perdu le signal, de la trance nous sommes en transe, on saute, on crie, on exulte, ma petite A. s’éclipse dans la foule sur un air de mélodica, soufflé par bum

Yeux éclatés par la fumée de cigarettes, les mains clappent à tout rompre, bum se lève et se déchaîne, scansions et stimulations, nos cheveux sont aussi devenus électriques, petits moutons sautillants on attend la prochaine boucle, le beat suivant, cello interpelle de l’archet les quatre paires de mains djettes, l’une d’entre elles a la bonne idée de pousser du vitalic, soutenu par la guitare de cello
Ne pas se fier aux apparences, on n’est vraiment pas à un thé dansant, vitalic en accéléré émane de la console, bum et ses qraqebs qui s’entrechoquent, cello qui sautille, la seule chose qui reste stoïque est le pilier du chapiteau, tout tremble, les tympans frémissent, l’orient réapparaît entre deux notes et deux accords, les cordes se crispent, les turntablists les ont rattrappés

Autres arrangements, autres désaccords, rupture, la platine invite la girouette à changer de direction, le vinyle susurre à la guitare de venir le rejoindre, cello ne se fait pas prier, mais bum décoche ses coups, sa voix en renfort, le scratch incisif déchire les éclats bleutés des projecteurs virant carmins

Musique électrisée, le courant passe dans le rang d’oignon : dj pone, dj need, little mike et crazy b réinventent le beat, feu sur little mike qui s’enflamme, cello allonge le son d’un coup d’archet, à dj need d’appuyer sur l’accélérateur, bum d’un coup de baguettes et de tambourins mâtine le tout d’une rythmique punk

Nul doute la fièvre s’est emparée de nous, le violoncelle bat la mesure, le sang tape dans les veines en écho, le set se termine en beauté, mais le public en redemande, dj need aux commandes, little mike à la batterie, crazy b à la guitare, cello titille l’embout de sa prise jack, le violoncelle orphelin, tous ont repris leur poste pour un nouveau quart, aucun ne sera abandonné sur le rivage

Après avoir savouré toutes les variations possibles et les accords les plus improbables, nous ne sommes pas encore repus, les galettes nous emmènent encore plus loin sur l’océan sonore, les décibels pour complices d’une nuit, le violoncelle n’a pas encore émis sa dernière note, 2h20 de complicité musicale où l’improvisation marie le meilleur de chacun et illumine la scène d’une belle et franche bonne humeur, les esprits se sont libérés, les corps dénoués

Mais toute bonne chose a une fin, dj pone assure le relais et nous invite à un set endiablé, l’after est prometteur, grand manitou il pousse qlq galettes, fusion de prodigy et vitalic en hors d’oeuvre, cela s’annonce sous les meilleures auspices, il serait ingrat d’écrire que ce fut trop court, on en redemande, la magie a opéré, chaque concert est une oeuvre unique, une expérience sonore sans cesse renouvelée, le génie de ces passionnés transmis à des amateurs friands de découvertes

Dingue De Toi

Posted in cinema by artpasnet on 13 June 2007
apichatpong weerasethakul

apichatpong weerasethakul

l’amour guérit tout…” chante t il d’une voix suave dans son costume en lurex vert pailleté “guéris moi, ton sourire fait ma joie, souris encore une fois, là debout à te regarder, j’attends un sourire de toi, ton sourire est tout pour moi…” les paroles sucrées emplissent la nuit paisible d’une petite bourgade de thaïlande, un soir de fête bouddhiste, de partages et de liesse
de la verdure, de la douceur et des sourires…

ainsi est teinté le premier volet du diptyque d’apichatpong weerasethakulsyndromes and a century” (“sang sattawat” : la lumière du siècle) [1], ce film est une bouffée d’air frais et de quiétude, vraiment
syndromes and a century” fait aussi partie de la sélection du new crowned hope [2], autre hommage cinématographique à mozart, il a été également interdit de distribution dans son pays d’origine, la thaïlande [3], à croire que l’humour d’apichatpong weerasethakul n’est pas du meilleur goût des autorités, il suit presque la même trajectoire que celle de tsai ming liang, et la coïncidence de qlq similitudes avec le contenu de “i don’t want to sleep alone” est plutôt curieuse à retrouver : les corps, leurs soins, l’ambiance des intérieurs, la fumée…

mais surtout, ce qui est à souligner est encore cette structure du récit symétrique : le double et la répétition, comme un livre ouvert au milieu avec au choix une histoire du point de vue féminin aux premières pages, et de l’autre celui masculin, et tournant ces pages au fil des images, placer la dualité et la complémentarité, un yin et yang fait de couleurs chatoyantes ou crues
une histoire qui s’inspire des parents médecins d’apichatpong weerasethakul et qui s’ouvre sur un entretien d’embauche dans le cabinet du dr toey, délicate jeune femme aux questions des plus inattendues : “préférer le dessin au crayon ou au pastel?“, “à choisir entre une forme carrée, ronde ou triangle, et sa couleur?“, des animaux de compagnie, la signification de “D.D.T.” à laquelle répond ingénument le dr nohong un insecticide qui Détruit Des Trucs dégueus” et ose même un “Dingue De Toi“, cédant au charme du dr toey

car ce qui est plaisant dans cette première partie est l’ambiance des lieux, naturels et authentiques, la végétation luxuriante et paisible de cette ville de campagne, où l’on aime à vivre, faire son marché, pique-niquer dans la prairie, planter des orchidées, aller à la rencontre de l’autre… dès le début du film on vous accueille avec de magnifiques saules souples, une brise légère, un soleil radieux, le calme absolu, un travelling avant lent ouvre la perspective sur des champs à perte de vue, fertiles et vigoureux, la nature qui unit les individus, les nourrit et les purifie
ces êtres humains dont on sent qu’ils apprécient d’être ensemble, de partager ces tranches de vies précieuses et anodines, l’écoute entre eux, le dialogue, ont d’étonnantes conversations, d’agréables surprises notamment entre le dr toey et son soupirant noom, elle si vive et moqueuse ne dépeint pas le portrait d’une femme asiatique soumise et effacée, au contraire sa vivacité et sa fraîcheur apportent toute l’épaisseur à un personnage taquin et libre, contrairement à un homme en plein désarroi amoureux, ou bien encore le moine tohng jouant de la guitare sous le préau de l’hôpital et confiant durant sa consultation son rêve d’être dj au dentiste ple qui est chanteur de variété thaïe à ses heures perdues, ce dentiste lui offre même son dernier album “juste un regard“, chansons d’amour qui supplantent les précédentes, contant des histoires de dents et gencives

par contre dans la deuxième partie, la ville y offre ses propres atouts, même s’ils paraissent plus brutaux et artificiels que dans la première
l’environnement urbain plus contemporain amène un rythme différent, plus immédiat et rapide, sans être dans la totale opposition, s’articulent les lumières blafardes des néons, les matériaux omniprésents de plastique et de métal, la froideur de l’hôpital qui revêt un aspect d’usine désaffectée sans affection, les corps mutilés accessoirisés par des prothèses, une architecture toute en courbes et angles éloignant les corps ou un morceau de gaze séparant le praticien de son patient…
tout cela n’est que superflu face aux échanges insolites entre les personnages, le refus de la distance par le partage du temps, des mots et des gestes, au contraire le tactile et la parole sont très présents pour se sentir vivants, ne serait ce en rappelant que l’on est partie de ce monde si étrange, l’impression fausse de dureté, voire d’agression, est nuancée par les rapports humains, le dr nohong qui s’enquiert de l’état du jeune off, quand il échange un baiser excitant avec sa dulcinée en cachette dans une salle du laboratoire, ou encore les retrouvailles du dr naht, célèbre et télégénique praticienne, offrir à boire à ses collègues et dispenser une séance de stimulation des chakras sur le jeune off

aussi, apichatpong weerasethakul distille un humour doux et chaleureux qui apporte toute sa saveur au récit, rien dans l’offense facile, ni dans la niaiserie douteuse, des situations cocasses aux anecdotes les plus savoureuses où la religion a toute son importance dans la mentalité et la culture thaïes
un vieux moine raconte ses douleurs liées à son obsession des poulets qu’il martyrisait petit, leur vengeance en guise de harcèlement nocturne, les docteurs des deux parties lui assurent que son alimentation riche en volailles nuit à ses articulations, le moine persuadé que son karma était condamné aux foudres galinacéennes est soulagé et va jusqu’à prescrire à son tour des infusions pour apaiser les tourments des médecins
parce que se préoccuper de son karma est une affaire sérieuse, on respecte, voire on craint les moines comme mr chai un des patients du dr toey, on voue une déférence sans borne pour les représentants de la foi
car si l’amour guérit tout, le karma n’est pas à l’abri des ‘accidents‘ de la vie, des péchés et des actes qui avilissent, avoir et suivre une ligne de conduite afin que son âme retourne au nirvana et que son enveloppe individuelle se fonde dans le grand tout de l’univers, où tout est interaction, on cherche à se faire pardonner comme le dr ple qui raconte au moine tohng s’être reproché la mort de son frère, ou lorsque pa jane l’amie de noom raconte au dr toey ce qui arriva à un fermier cupide le jour d’une éclipse solaire alors qu’il cherchait à s’enrichir plein d’avidité,
la religion et le karma qu’il faut soigner, ce n’est pas tant le cœur qu’il faut respecter mais surtout son âme purifiée par les paroles et les actes, et essentiellement la réincarnation qui est l’une des préoccupations majeures des personnages, se réincarner, le cycle des vies où l’âme véhicule d’une enveloppe à une autre, être persuadé de revenir sous la forme d’une femme, homme, animal… la sérénité en est le moteur, autrui le vecteur, le corps la locomotion, le dr naht en résume assez bien les étapes charnières ainsi “ l’obstétricien est le docteur de la vie, le cancérologue celui de la mort, et l’hématologue celui des souffrances“, mener simplement et avec justesse sa vie d’Homme

étrangement, le film d’apichatpong weerasethakul a été censuré
pour garantir sa liberté d’expression il a préféré se passer des salles de son pays natal, c’est bien dommage… après avoir vu ce film inoffensif, il en ressort plutôt un bien être et un appétit de vivre en harmonie avec les siens, alors soit… un docteur qui cache une bouteille d’alcool dans une prothèse ce n’est pas très déontologique, soit… un moine qui joue de la guitare cela pourrait être considéré comme un sacrilège… quand bien même, les mœurs seraient menacées par ces exemples de ‘dépravation‘, les pires atteintes à la foi demeurent lorsque des extrémistes imposent leurs conceptions de la religiosité et des bonnes mœurs indigentes
ce soir au ciné club, bien au contraire la décontraction était au rendez vous, un moment de partage autour d’un verre nous a réunit dans le beau salon du cinéma du panthéon, la terrasse nous invitant à déguster les plaisirs de la vie, tout aussi paisibles que les petites infirmières adossées à la balançoire dans la pénombre, nous étions là, un soir sur terre, là bas aussi si loin et si proches de la thaïlande

[1] http://www.kickthemachine.com/works/Syndromes.html - http://www.myspace.com/syndromes_and_a_century
[2] http://www.newcrownedhope.org
[3] http://www.petitiononline.com/nocut/petition.html

“que justice soit faite où le monde périra”

Posted in cinema, politics by artpasnet on 2 June 2007
marcel schüpbach

marcel schüpbach

quelques mots cités d’hegel

les mots? leur impact et leur inutilité, un mélange de frustration et d’impuissance lorsque l’on atteint leurs limites, alors l’action? des faits qui prennent le relais pour appuyer le propos quand tout semble vain, certains s’amuseront de mélopées inhibitives, d’autres ricaneront de don quichotte estropiés
610 cercueils de plastique vert sont alignés soigneusement dans le hangar, des femmes parcourent ces tranchées morbides le regard embué et perdu, à la recherche d’un nom, le nom de leur mari, leur fils, leur père, leur cousin, leur frère… 610 victimes identifiées du massacre de juillet 1995 à srebrenica où il y eut près de 8000 musulmans assassinés, les mots inaudibles d’une douleur sourde sont suspendus aux lèvres immobiles de ces femmes
noble tâche (et ardue) qu’a la diplomatie du Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie (tpiy) de trouver le savant équilibre entre les mots et les actions afin d’obtenir réparation pour ces femmes et les survivants, en rendant justice à ceux qui y ont laissé leur vie

avec “la liste de carla” vous pénétrez dans les arcanes du tpiy de la haye aux pays bas [1], l’équipe de tournage de marcel schüpbach [2] a suivi pendant plusieurs mois carla del ponte, procureur suisse du tpiy depuis le 15 septembre 1999, son mandat expirera le 14 septembre 2007
carla del ponte instruit des dossiers et poursuit les criminels de guerre dans des affaires pénales qui couvrent les guerres balkaniques en croatie, au kosovo et en bosnie herzégovine depuis 1991, elle reprend le flambeau de louise arbour [3]
à l’échelle internationale, le tpiy a pour fonction de mettre en oeuvre la procédure qui réprimera et sanctionnera les auteurs de violations graves du Droit International Humanitaire [4], de crimes contre l’humanité, de génocide et infractions graves aux conventions de genève de 1949 en apportant les preuves à l’Organisation des Nations Unies
lorsque la caméra dévoile les locaux feutrés du tpiy, on y voit s’amonceler des piles de dossiers, des rangées d’armoires pleines à craquer… une machine procédurière qui recèle bien des complexités et des subtilités juridiques, car avant tout, être procureur c’est brasser du papier…
le tpiy se base essentiellement sur deux textes fondamentaux : le Statut et le Règlement de Procédure et de Preuve, il a la particularité de combiner deux systèmes juridiques le “common law” et le droit romano germanique [5], ainsi que d’être un creuset d’expérimentations juridiques où procédures évolutives et jurisprudence font bon ménage au fil des instructions
le tpiy est une structure donc inédite (comme le tpi du Rwandacarla del ponte fut aussi procureur pendant un temps) dont on attend beaucoup et qui servira d’exemple pour de futurs jugements lors de prochains conflits internationaux, le documentaire rappelle la nécessité du tpiy en soulignant que carla del ponte a pour la première fois la sensation de faire qlq chose de positif, la société est capable d’abolir l’impunité des puissants, l’on peut atteindre les hauts dirigeants et les militaires, personne n’est au dessus des lois ou hors de portée des lois internationales

seulement, se conformer aux textes et remplir des formulaires de mise en accusation c’est insuffisant, la place est à l’action, à la poursuite des présumés coupables, au bureau 249 on ne chôme pas, carla del ponte et ses collaborateurs sont sur le front pour rencontrer, agir, faire plier des instances… dans le but d’aboutir à des sanctions (condamnation, peine) et des réparations aux effets des crimes perpétrés
carla del ponte est entourée d’un procureur adjoint graham blewitt, un directeur des enquêtes patrick lopez-terres, un commissaire jean-rené ruez pour le dossier srebrenica, un greffier en chef hans holthuis, d’experts florence hartmann [6], jean-daniel ruch conseiller politique, anton nikiforov spécialiste des balkans, de juges, d’enquêteurs…
son équipe restreinte l’accompagne presque dans tous ses déplacements, entre la haye, zagreb, lugano [7], belgrade, tivat, new york, sarajevo, pristina, skopje… affublée de gardes du corps, elle est censée être la femme la mieux protégée au monde
cependant, être une femme pugnace, tenace, et aidée d’une équipe expérimentée n’est pas synonyme de succès garantis et de soutien indéfectible de la part de la communauté internationale dans ses dossiers, carla del ponte est confrontée régulièrement à la `non coopération` totale des gouvernants, au feu nourri des critiques acerbes de la presse nationaliste et des tabloïds, faire face à la lenteur et au bon vouloir relatif des autorités locales (police comprise, le tpiy n’en ayant pas) et des différents services secrets se révèle bien souvent une odyssée des plus chaotiques, le pouvoir c’est l’information et celui qui la détient maîtrise la situation, être dépendante de politiques, entravée dans ses agissements et rendre compte au conseil de sécurité de l’onu installe le procureur en porte à faux, où l’hypocrisie est le dénominateur commun le plus courant
le combat de cette femme où se mêlent interrogations, doutes, culpabilité, impuissance, responsabilités est remarquable, il lui arrive d’y croire et d’être déçue aussi, sujet tiraillé entre la raison d’état et l’intérêt général, la pression qui est exercée sur ses épaules nécessite une ligne de conduite irréprochable [8], avoir tout autant de la distance pour s’impliquer dans une cause louable peut échapper aux populations rescapées des massacres et/ou instrumentalisées pour dénigrer le tpiy
la relation en dents de scie d’ailleurs entre carla del ponte et les mères et les associations en attente d’une justice exemplaire démontre qu’entre la première rencontre à sarajevo dans le bâtiment de l’onu où elle leur a serrées la main et son absence à la commémoration à potocari, cela a été très mal perçu, la tristesse et le malaise trahissent, non pas une rancoeur, mais une incompréhension face au peu de diligence de traitement des procédures, ces mères veulent que les coupables soient jugés, que le tpiy ait une utilité concrète

mais tout ce temps, cette énergie, ces budgets… sont consacrés dans quel but? pourquoi s’est il institué ce tpi en ex yougoslavie?

à l’origine des guerres balkaniques, le factice sentiment d’appartenir à une même identité ‘géographique‘, les “yougoslaves” (slaves du sud) qui sont justement le reflet d’une pluralité et d’une richesse ethnique exceptionnelle en ce coin du continent, ce seront cependant les différences linguistiques, culturelles, historiques et religieuses [9] qui seront les plus prégnantes et vecteurs de conflits tragiques dans les balkans, renforcées à la mort de tito en une imagerie tronquée qui précipita la fin du régime communiste, amena une crise économique et la montée du nationalisme dans toute la yougoslavie
l’unité s’effrita et les revendications de chaque ethnie se firent plus véhémentes, aboutissant à des guerres et des barbaries : près de 100 000 morts, plus de 2 millions de déplacés en bosnie et 3 millions en tout dans toute l’ex yougoslavie, presque 80% des victimes étaient civiles, l’épuration ethnique a réussi en peu de temps
toute la tâche du tpiy est de déterminer et de prouver que les présumés coupables étaient à la tête de ces exactions, ont commandité des opérations de ‘nettoyage‘ afin de fonder notamment ‘la grande serbie‘ en bosnie herzégovine et au kosovo notamment lors du procès de slobodan milosevic qui s’est défendu [10] avec sa seule expérience d’avocat
la liste de carla del ponte est encore longue de noms, en 13 ans d’activités le tpiy a réussi à appréhender : tadic, blaskic, streten lukic, vladimir lazarevic, vlastimir djordjevic, nebojsa pavkovic, dokmanovic, dordje djukic, ivan santic, pero skopljak, ante gotovina, dario kordic, mladen naletilic, vinko martinovic, mario cerkez, dragan nikolic, naser oric
il en reste encore une dizaine qui s’est soustraite à la justice au début du film de marcel schüpbach (6 actuellement), les plus emblématiques criminels toujours recherchés: ratko mladic et radovan karadzic principalement ne peuvent pas être condamnés sans être traduits physiquement à la haye, il n’y a pas de jugement par contumace dans le cadre du tpiy

ce qu’il faut prendre en considération c’est que si la mission de carla del ponte est aussi pénible ce n’est pas tant par les lourdes procédures en elles mêmes mais par tous les obstacles prévisibles et imprévisibles auxquels elle est assujettie : l’exemple d’ante gotovina est très révélateur des difficultés rencontrées pour obtenir son arrestation, il a fallu recourir à la communauté internationale et l’union européenne pour faire pression sur la croatie [11], déployer des trésors de persuasion et de patience pour inciter les autorités croates à coopérer car l’enjeu était politique : l’adhésion à l’union européenne de la croatie, c’était donc le seul levier que pouvait utiliser le procureur pour arriver à ses fins, quitte à s’attirer les foudres du vatican [12], on l’a accusée ainsi de bluff, voire de collusion pour presser la croatie aux yeux de la communauté internationale (suite à un revirement de situation spectaculaire à l’époque de la part du procureur lors de ses déclarations)
ce qui n’arrange rien également dans l’avancement des dossiers sont les périmètres de chaque droit pénal, qu’il soit international (communauté internationale représentée par l’onu), international entre deux états ou régional, à qui revient la primauté des instructions, des poursuites et des jugements, certains accusés sont déférés directement à la justice de leur pays, mais les luttes du pouvoir juridique local sont bien présentes et empêchent le bon déroulé des instructions
dans “la liste de carla“, un détail prouve aussi que rien n’est très simple pour l’équipe du procureur, les langues officielles du tpiy sont l’anglais et le français, or communiquer avec une multitude d’intervenants de tout horizon et de toute nationalité n’est pas évident, malgré l’usage répandu de l’anglais, lors d’une réunion de debrief, carla del ponte parle avec les deux langues à la fois, donnant une petite note comique au documentaire
autant la communication se fait aux dépends des interlocuteurs de bonne volonté, les délais sont par contre sources de frustrations et de dérapages, bien évidemment au détriment du tpiy [13], le procureur est jugé sur sa capacité à honorer sa mission et à atteindre les objectifs dans un temps imparti, si les procès de première instance ne sont pas terminés en 2008 et ceux en appel en 2010, le tpiy ne pourra pas se targuer d’un bilan digne d’une justice équitable qui se veut la vitrine et la référence d’un système pénal international

le bilan de carla del ponte ne va pas tarder, l’échéance approche et les derniers résultats ne sont guère satisfaisants : la cij n’a pas prononcé de jugement en la défaveur de la serbie dans le génocide de musulmans en bosnie [14] qui est en train de négocier son adhésion à l’union européenne, le décès prématuré de slobodan milosevic le 11 mars 2006 n’a pas laissé la possibilité d’un jugement qui aurait pu faire date pour le tpiy [15] …
une alerte a été lancée par l’intermédiaire de pierre grise le distributeur du documentaire [2] et d’autres institutions pour mobiliser l’opinion publique et le conseil de sécurité de l’onu [16] afin de garantir la pérennité du tpiy , une quinzaine d’années de travail de longue haleine pourrait s’évanouir sans voir les derniers criminels traduits devant la justice, et comme le souligne carla del ponte il est de son devoir que les fugitifs répondent de leurs exactions
les mots sont dits, il reste encore tant à faire, pour ces femmes qui pleurent leurs hommes, et dont le chagrin ne pourra s’éteindre qu’avec leur propre mort ou quand la justice sera enfin rendue et respectée

[1] l'Organisation des Nations Unies crée le Tribunal Pénal International pour l'ex Yougoslavie le 25 mai 1993 avant la signature du plan de paix de paris du 14 décembre 1995 qui doit mettre fin aux exactions commises dans les balkans
[2] http://www.pierregrise.com/distribution/LA-LISTE-DE-CARLA
[3] http://www.combatpourlajustice.com
[4] http://lexdih.free.fr
[6] porte-parole du TPIY lors du tournage du documentaire, ancienne correspondante du journal le monde
[7] vivement critiquée pour le gouffre financier qu'elle représente, les vols AR à lugano en jet privé en sont un exemple - courrier international n° 482
[8] kika curovic rapporte dans le courrier international du 25 avril 2007 que carla del ponte n'aurait pas transmis des éléments importants à la cij + article 41 du rpp sur la conservation des informations
[9] tito reconnaît une quarantaine de confessions religieuses, les musulmans par ex ont une constitution en 1969 et seront reconnus comme une nationalité en 1978
[10] courrier international n° 741
[11] courrier international 04/03/2005, n° 780, n° 789
[12] courrier international 21/09/2005
[13] courrier international n° 841
[14] le monde 28/02/2007 + courrier international n° 853
[15] courrier international n° 802
[16] libération 25/05/2007

couche ton désir dans le lit de ma pudeur

Posted in cinema by artpasnet on 21 May 2007
tasï ming-liang

tasï ming-liang

un chant lyrique, les rayons du soleil au travers d’une fenêtre, variations de luminosité pour une variation de notes bercent un jeune homme alité, ainsi commence “i don’t want to sleep alone” le nouveau long métrage de tsai ming liang [1]

ce soir c’est ciné club au cinéma du panthéon, la séance nous est présentée par emmanuel burdeau des cahiers du cinéma [2], il nous explique que c’est le retour aux sources de tsai ming liang en malaisie, ce film situé à kuala lumpur est une oeuvre soutenue par le new crowned hope [3], festival de vienne qui ne cherche pas à être à l’initiative de projets artistiques, mais se plaçant plutôt comme mécène
à la réflexion, tsai ming liang a connu ce luxe, enfin : quoi de plus exaltant que de goûter à tant de libertés et de bénéficier de ce soutien, avoir la chance de créer et d’être vu sans contraintes et interdictions? car il n’a pas été évident pour tsai ming liang de se faire distribuer à taïwan ou en malaisie, ses films étant sujets à la censure, le dernier en date “la saveur de la pastèque” ayant atteint le paroxysme en foudres critiques et rejets des autorités bien pensantes du cénacle cinématographique asiatique
le titre original “hei yanquan” [4] signifie ‘yeux pochés, au beurre noir‘, emmanuel burdeau nous raconte l’anecdote qui a inspiré le film, le vice premier ministre de malaisie anwar ibrahim [5], victime d’un fait divers où on l’accusait d’être homosexuel et de pratiquer la sodomie, fut emprisonné avec pour preuve un matelas portant les traces du ‘crime‘ , étrange pièce à conviction, l’accusé apparaissant au procès avec d’étranges ecchymoses au visage…
le film ne juge pas l’absurdité ou le bien fondé de telles accusations et surtout de telles pratiques barbares selon l’orientation sexuelle des individus, il est seulement le point départ du propos et permet de mieux appréhender le contexte et les relations complexes entre les personnages du film

hsiao-kang erre dans les rues de kuala lumpur, il croise le chemin de shiang-chyi hébétée sur le trottoir regardant un cuistot frire ses plats, hsiao-kang, attiré par un bonimenteur qui promet de faire gagner bcp d’argent aux badauds, est victime de cette arnaque et n’ayant rien pour payer les numéros providentiels se fait rosser sévèrement par les voyous [6]
titubant, il s’écroule devant un groupe de jeunes bengalis qui porte un matelas à travers la ville, il s’en sert pour porter hsiao-kang et l’emmener dans leur habitat, shiva, hassan, rawang et les autres s’activent pour l’allonger sur le matelas et le soigner, cependant ce sera rawang qui s’en occupera plus particulièrement, lui prodiguant soins et attentions
lorsque hsiao-kang se rétablit, il rencontre de nouveau shiang-chyi, serveuse dans un bar, tenu par une marâtre étrange et qui l’exploite
un carré pervers s’installe entre la gérante, hsiao-kang, shiang-chyi et rawang, où désir, rejet et pudeur se mélangent avec pour toile de fond kuala lumpur, révélée par un réalisateur qui redécouvre son pays natal

la présence de ses acteurs fétiches lee kang-sheng et shi chen invite à voir une ultime version des relations humaines par tsai ming liang
on reprend les mêmes et on recommence? pas tout à fait… la donne est radicalement différente, on peut trouver des similitudes avec ses précédents films, sa façon de mettre en scène, des éléments récurrents telle que l’eau
cependant, après sept films à taïwan, revenir en malaisie pourrait signifier un tournant opéré dans le cinéma du réalisateur, de ce que j’en ai vu, la cohérence dans sa filmographie est évidente et il n’y a pas de schisme selon la localisation géographique du tournage, que ce soit kuala lumpur ou taïpei, le lieu permet juste d’apporter une touche singulière à l’ambiance et l’atmosphère, cela étant écrit le contenu reste invariable pourtant : un couple fil rouge et une architecture autour, ici : une ville, un chantier, des chambres… quelle que soit l’échelle de lieu et l’unité de temps, l’Homme sous l’emprise de ses sentiments et l’influence de ce qui l’entoure

ce qui m’interpelle dans cette oeuvre est la place donnée aux sentiments et aux sensations, bien que discrets ils sont omniprésents, les films de tsai ming liang sont sensuels, le mot clef de son cinéma, et là rien à voir avec de l’érotisme aguicheur, juste une exacerbation de ce qui nous fait être humain, tout en pudeur et retenue, pour moi une belle définition de la sensualité
pourquoi tant de discrétion, si peu d’expressivité? parce que les asiatiques ne sont pas très portés sur l’effusion amoureuse, ils sont exubérants en marques fraternelles et amicales, très chaleureux avec autrui, mais l’amour c’est plus compliqué en démonstration et implique tout un code social complexe, dévoiler les petits secrets de nos sentiments cela frise l’indécence, voire la pornographie pour certains, alors que l’on montre le plus naturellement ce qui nous rend beaux et particuliers, que l’on soit homme ou femme, aimer dans l’altérité son semblable ou pas serait ce un crime?
se poser la question du désir, de la jalousie, de l’envie… rien de bien révolutionnaire en nos contrées occidentales, mais si dangereuse en des endroits forgés et figés par des mœurs et des religions qui séquestrent la pensée et les émotions, la malaisie en arrière plan c’est un risque à prendre pour parler entre autres d’homosexualité [7]
et le tour de force de ce film? rien n’est montré, tout est suggéré, on ne vous assène pas d’imageries homosexuelles dégoulinantes de sperme, bien au contraire, la finesse et la délicatesse du réalisateur à filmer les sentiments de rawang envers hsiao-kang sont magistrales, voyez comme il s’occupe de son protégé avec tendresse et affection lors de sa toilette, lorsqu’il le nourrit, insistant avec douceur et fermeté, le portant dans les escaliers, une sollicitude touchante qui en est d’autant plus émouvante que hsiao-kang n’y voit pas de l’amour, mais est plutôt distrait par le désir qu’il éprouve pour shiang-chyi et par son rôle d’homme objet sexuel de la gérante

l’aspect formel du film y a son importance, tsai ming liang aimant les comédies musicales, nous invite à chq film à une traversée sonore de la culture musicale locale
les chansons ont toute leur place dans le rythme du film, d’ailleurs chacune intégrée comme des petites invitations plaisantes et rafraîchissantes, on y voit une vieille femme pousser la chansonnette avec son mari jouant d’une petite guitare style yukulélé “un paquet de riz, six oiseaux cuits….“, par la radio ou autre, les chansons se parsèment “un brin de tendresse pour un million de chagrins“, “j’ai tant besoin de toi“…
les plans aux cadres étudiés soit en diptyque de fenêtres en camaïeu bleu et vert entre la gérante et shiang-chyi l’une dans son boudoir cossu et l’autre dans son grenier inhospitalier, soit en mettant en scène le trio hsiao-kang/shiang-chyi/rawang, adossé contre une colonne pour regarder un film indien au lotus 5 stars, ou se suivant en file indienne le long d’un mur
la lumière joue aussi son va tout, découpant la silhouette des corps endormis et alanguis, ou illuminant une ville terne, les murs de ces bâtiments en ruine, découvrant les grands espaces de ces lieux de béton, suivre dans la pénombre les pas des amoureux qui montent les escaliers
aussi, ce qui est flagrant dans ce film est le système D des individus dans une société cruelle où la loi du plus fort fait rage, rawang tentant désespérément de faire tenir un sachet de glace verte sur le front de hsiao-kang, qui se révélera plus tard être une boisson qu’il sirotera plus tard, ces mêmes sachets rouge pastèque ou vert fluo rendus hermétiques par un élastique autour de la paille, la toile que rawang noue avec habileté autour du bassin de hsiao-kang pour en faire une jupe, des masques bols, sacs plastiques ou jambes de jean pour respirer dans la fumée d’un incendie gigantesque, même péniblement lors d’une scène d’anthologie d’amour, un matelas qui sert de civière, lit, véhicule, élément clef du film, témoin des amours et de la détresse des Hommes

un langage visuel à la dimension onirique qui sert un film sur l’amour, ses contrariétés, ce qui nous attire et nous repousse, l’irrationnel/magique dans un contexte bien trop réel
la rencontre avec emmanuel burdeau nous livrant son impression sur “i don’t want to sleep alone“, sa vision d’un film insulaire cherchant l’indépendance, donne un éclairage supplémentaire sur les déboires que rencontre tsai ming liang pour en faire la promotion, système de porte à porte avec une prévente des tickets afin de lui assurer un minimum de visibilité n’est pas sans frustration, burdeau insistant sur le fait qu’en france bien au contraire on aurait tendance à surexposer, côté critiques, les films chinois, culpabilité de tropisme cinématographique? de plus il partage avec nous sa lecture des films de tsai ming liang, soulignant un cinéma du ‘plein‘ a contrario de la réputation des films asiatiques, accusés de ‘vide‘, laconiques stériles, désaffectés et muets, des films qu’il a aimés où des thématiques revenant souvent récemment comme les soins que l’on s’apporte dans le cinéma d’apichatpong weerasethakul (“syndromes and a century“) ou d’autres points de concordance avec celui de jia zhang ke

pendant que je tapote ces octets, ma tv distille les notes fabuleuses de “mission” par ennio morricone avec l’orchestre bayerischer rundfunk, intrigante association de ces souvenirs d’amérique latine avec mes flashes asiatiques, la clarinette me donnant des frissons [8]
bonne fin de week end…
sortie en salles le 06 juin 2007

[1] http://www.myspace.com/tsaimingliang
[2] http://www.cahiersducinema.com/article1092.html, je ne l'ai pas lu avant pour ne pas être influencée dans ma propre version, donc si vous retrouvez des redondances, mes excuses...
[3] http://www.newcrownedhope.org
[4] http://www.ctvint.fr/pages/fiche.asp?id=3419
[5] http://web.amnesty.org/library/Index/FRAASA280152003?open&of=FRA-MYS
[6] début drôlement identique à "still life", n'allez pas croire que les arnaques soient typiquement asiatiques ;^) y en a déjà plein à pigalle par ex
[7] autre film savoureux et assez insolite "l'éveil de maximo oliveros" de auraeus solito
[8] http://www.arte.tv/fr/art-musique/1572436.html

sublime travail photographique de la lumière

sublime travail photographique de la lumière

/art-musique/1572436.html

chiens de feu

Posted in theatre by artpasnet on 14 May 2007
godefroy segal

godefroy segal

un rai de lumière, blanc, illumine un homme, vêtu de bleu, le regard levé vers une échelle en corde suspendue dans les airs
est ce un appel à l’évasion, est ce un lien avec l’au delà?
il tente de la saisir, saute, gémit, trépigne… mais échoue, tombe
un homme surgit de l’échelle, l’appelle, l’incite, l’invite : “allez viens!” ils s’échappent, ensemble…

nuit

quand, tout à coup, le son d’une mandoline se fait entendre, un nouveau rai de lumière vient éclairer doucement un homme, en complet rouge et chemise noire, qui fredonne “wicked win“, le timbre de sa voix caresse les cordes de l’instrument, les notes emplissent le théâtre, puis se taisent…

ainsi commence “les chiens nous dresseront – cocherel 1364 – naissance d’une nation“, pièce de godefroy ségal avec la musique de vic moan [1] en live et les boucles sonores des bumcello (violoncelle électrique – vincent ségal & percussions – cyril atef)
une pièce qui met en scène la bataille de cocherel [2] pendant la guerre de cent ans, on assiste aux intrigues entre les différents souverains (jean II ‘le bon’, charles V ‘le sage’ dauphin de france, charles II ‘le mauvais’ roi de navarre, édouard III roi d’angleterre) et au couronnement de charles V, mais surtout à l’ascension de bertrand du guesclin, ‘dogue noir de brocéliande‘, chien fou qui sera l’un des plus fidèles bouclier et épée du roi charles V

2h30 de plaisir

2h30? oui 2h30! on ne les voit pas filer, bien au contraire…
grâce à l’interprétation de la quinzaine de comédiens sur les planches, vifs, inspirés, l’Histoire se déroule sous nos yeux, conquis et ébahis par tant de vigueur sur scène, on est emmenés à les suivre, à combattre avec eux, la poussière mordue vole parmi nous, spectateurs attentifs
il y a beaucoup d’audace et d’ambition dans la construction de la pièce de godefroy ségal, et plus précisément de l’inventivité, on dépoussière les légendes de la guerre de cent ans, on ajoute du relief à ces pages jaunies des manuels d’Histoire, on donne corps à ces personnages décatis dans nos esprits, l’Histoire vivante envahit l’espace de la tempête le temps d’une représentation
les décors sobres réservent toute l’ampleur aux gestes, aux danses et aux combats, les personnages investissent la scène avec fougue, l’ingéniosité des dispositifs scéniques rendent justice à la complexité de cette période trouble en nous offrant une lecture limpide des événements, le metteur en scène ne nous semant pas en route, il nous prend par la main et nous guide dans les parcours sinueux des alliances et trahisons
un soin tout particulier a été apporté aux comédiens magnifiés par des rôles denses et intenses, et aussi par des costumes de toute beauté, étoffes et textiles riches mais à l’apparat si sobre, qui sont mis en valeur par le jeu des lumières contrastées et des voilages, le travail de l’équipe technique, discret et pourtant si présent, rend l’ensemble authentique

ce qui est surtout à souligner dans cette pièce est la composition de tableaux, orchestrée méthodiquement :
d’abord, on vous accueille par un extrait de livre, y sont convoqués : robert musill’homme sans qualités“, aristoteéthique à nicomaque“, tristan corbièreles amours jaunes“, robert desnosfortunes“, boris pasternakle docteur jivago“, josé vicente ortuñoles racines amères“, blaise cendrarsdu monde entier au coeur du monde“, charles péguyle porche du mystère de la deuxième vertu“et le “prato, nascita e sviluppo di una città di mercanti” lu par les comédiens face à vous, vous prenant des fois à partie, clamant l’extrait pour vous annoncer la suite ou vous donner les clefs du contexte, un regard, un angle de vue intéressant par des contemporains, procédé original et judicieux qui rend hommage à charles V
puis les temps forts installant la bataille de cocherel, noyau de cette pièce, les dates s’égrènent : la naissance de bertrand du guesclin vers 1320 lorsqu’il fut rejeté par ses parents, charles V manipulé par étienne marcel le prévôt des marchands de paris le 22 février 1358 pour renouveler la grande ordonnance de 1357, à la veille du combat le 15 mai 1364 les bâtards de du guesclin attendent l’assaut des anglais en les provoquant pour les déloger de la colline où ils se sont installés, le jour J le 16 mai la meute tenue en laisse par le stratège bertrand du guesclin écrase les anglais qui sont plus nombreux pourtant, le 19 mai 1364 le couronnement de charles V à reims, il demande à du guesclin de le rejoindre à caen, puis 16 ans plus tard la fin du dogue noir, son bilan et sa contribution à l’installation du pouvoir de charles V en france qui en fit une nation de l’esprit avec la première bibliothèque du royaume
pour clore chaque tableau, un intermède musical de vic moan, chantre à l’accent mâtiné de blues, calé derrière un petit bureau, il appose sa touche par une sélection de morceaux des bumcello depuis son ordinateur et vient de temps à autres nous conter ses propres balades “wicked win“, “la mort est mon garde du corps“, “couper” ou “troubadours“, en se payant le luxe de donner sa version de “song to the siren” (titre absolu de tim buckley)
l’alternance dans le rythme de cette mécanique permet de garder l’attention et de nous transporter au cœur de ce volet mythique de notre Histoire

une grande réussite qu’est cette pièce, une belle reconstitution de l’époque avec pour étendard un ‘héros‘ impitoyable mais loyal, un destin imprégné de sang et de sueur, un conte épique qui fait la part belle aux batailles
la magie du théâtre est de donner toute cette profondeur et cette consistance que l’on n’a pas forcément au cinéma, l’écran s’il n’est pas servi par un scénario, des acteurs et une réalisation de qualité restera simplement une toile animée mais plate, tandis que le théâtre vous offre bien plus, vous pouvez vous sentir au cœur de l’action bien calé dans votre siège pourtant, l’interactivité a toute sa place lorsque les comédiens vous interpellent, même en tant que spectateurs vous vivez ce moment, vous en faites partie, et c’est là tout l’attrait du théâtre, les émotions y sont encore plus fortes lorsque le metteur en scène sait où vous emmener

la pièce est encore à la tempête [3] jusqu’au 20 mai, si une petite immersion en territoire d’eure sept siècles en arrière vous tente, laissez vous conquérir

[1] http://vic.moan.free.fr
[2] http://www.enluminures.culture.fr/Wave/savimage/enlumine/irht5/IRHT_085634-p.jpg
[3] http://www.la-tempete.fr/spectacles/presentation.php?ref=salle1_leschiensnousdresseront

c’est beau une ville la nuit

Posted in cinema, manga by artpasnet on 7 May 2007
michael arias

michael arias

Une ville existe par ses habitants, vit par ses activités mais a surtout une âme par son architecture. Une ville révèle ses secrets quand on arpente ses méandres, lors d’errances nocturnes, les faces cachées se révèlent, les textures et les surfaces se découvrent au fil des pas. Un chantier par ci, un parc par là. De verre, de béton, de bitume ou de métal, la ville a plusieurs visages. Les lumières diffusent leurs couleurs : lampadaires, réverbères, enseignes publicitaires, feux de circulation, tous ces signes, logos, lettres écrits de néons pour illuminer nos vies, un langage urbain qui n’a de sens que pour nous, oiseaux de nuit. Une atmosphère animée et renouvelée à chaque saison par ses effluves et ses parfums, l’odeur du béton après la pluie comme de la margarine

« amer béton » [1], où la ville enferme ses plus grands dangers et ses plus incroyables trésors. Deux adolescents orphelins vagabondent et sèment la terreur dans la ville de Takara, connus sous le nom des frères “chats“, Noir (kuro) & Blanc (shiro) deux gamins livrés à eux mêmes, pillent, attaquent et projettent de partir s’installer à la mer avec leur butin. Ils sont maîtres d’un quartier “Treasure town” qu’ils ne souhaitent ni laisser aux mains des frères “Matin & Soir” de Yutaka, ni à la bande de yakuzas du “Rat“, mr Suzuki revenu en ville. Tous les moyens sont bons pour parvenir à leurs fins, l’insouciance de leur vie et de leur âge ne leur permettent pas d’avoir d’autres soucis que de s’amuser, et survivre. Ils n’ont peur de personne, et certainement pas d’effrayer, cogner, voire tuer. Leurs seuls soutiens dans cette ville impitoyable, un papi vétéran clochard et borgne, qui croit en la destinée tragique de Blanc, le compatissant commissaire Fujimura et son acolyte Sawada, les Apaches boxeurs de Choco, sont autant inefficaces qu’utiles face aux pièges de la ville.
Avec l’arrivée d’un promoteur véreux et dangereux mr Serpent, la donne va changer : les rôles et pouvoirs en place vont s’inverser, ceux qui pensaient pouvoir exercer une autorité vont être destitués, et ceux qui étaient trop faibles y laisseront leur peau, la loi de la jungle urbaine, avec des mercenaires prédateurs terrifiants, machines à exterminer géantes à la solde de mr Serpent, me rappelant « Arzach » de Moebius dans l’imagerie.

Un trait original qui fait penser à « Princess » de Anders Morgenthaler et à l’univers de Plympton [2] dans certaines mimiques et des allures naïves et découpées à la serpe rendent les personnages plus intrigants que les arrondis rassurants disneylandien ou de la japanimation abrutissante. Une palette de couleurs qui invite à l’évasion, des tons pastels qui tirent sur les tons criards, en passant par des paysages nocturnes de toute beauté faisant écho aux décors apocalyptiques et futuristes d’« Akira » ou de « Ghost in the shell » d’un Japon dévasté et obsolète. Une ville chaotique comme terrain de vie et de jeux, “jeux de mains, jeux de vilains” où l’on se bat aux poings, à la barre de fer, armes à feu et lames, tout objet devient projectile et outil de destruction.
La seule chaleur qui subsiste est celle d’une allumette, feu follet de vie et d’espoir fugace, sa lumière nourrit un rêve éphémère et hors de portée, lorsque l’on est prisonnier de sa condition et de son milieu il ne reste que cette petite flamme maigrelette éclairant deux visages perdus.

Des solitudes, où chacun cherche son bonheur, se raccrochant à la nostalgie empoussiérée ou courant après un avenir sans issue. Des âmes en peine, lourdes comme le béton, charriant leur spleen et leur amertume. Des êtres humains en quête d’un je ne sais quoi qui changerait tout, des joies futiles comme des leurres réconfortants : l’argent grassement gagné par le chef du Rat en contrôlant un nouveau parc d’attractions le “château des enfants” à Treasure town, dépouillant les portefeuilles des citoyens avides de pain et de jeux, ces derniers s’éloignant des problèmes le temps d’un divertissement, le chef compte sur leur malheur pour s’enrichir. Le Rat regrettant l’âme du quartier en déliquescence initiant les jeunes loups par les charmes de femmes expertes d’un club de strip tease désuet, balisant sa vie de thèmes astraux et attendant ce soir funeste qui laisserait cet homme usé mourir sous les étoiles. Son homme de main Kimura, homme sombre au complet blanc, tiraillé entre une morale inexistante sans foi, ni loi, et une réalité sans envergure d’un mec flanqué d’une nana engrossée, sa vie se résumant à l’asservissement qu’il honore envers Suzuki qu’il voit comme un père et est esclavage malgré lui du manipulateur Serpent. Ce Serpent qui n’envisage le cycle du pouvoir que par la destruction de vies et de lieux pour construire sa Babylone démesurée, édifice pour un égo surdimensionné, machiavélique et cruel.
Noir, hanté par la culpabilité et le devoir, s’occupant tant bien que mal de Blanc, petit bonhomme de 11 ans attachant et sauvage, fou de montres. Un tandem yin & yang complémentaire où Noir trouve le réconfort d’un plus petit que lui qui le comprend et le rassure, il se sent utile mais est étreint par ce sentiment destructeur qui effrite à chaque fois l’occasion d’une joie insoupçonnée, Blanc lui répétant régulièrement “soyons heureux!” avec un sourire béat ne suffit pas, sa soif de pouvoir et de territorialité n’est pas compensée par l’affection de Blanc. Blanc rejeté est le plus lucide malgré ses accès de fantasmes et de rêveries éveillées, il sait que tout peut basculer, le bonheur étant fragile, sa quête n’est pas dans l’ailleurs ni l’au delà, elle est ici et maintenant, s’amusant et pillant en pirate insouciant des villes, petit agent secret oeuvrant pour la paix d’une petite planète, ses appels téléphonés perdus dans l’immensité de la ville.

La musique de Plaid [3] rythme judicieusement les aventures urbaines de ces personnages, sans être trop intrusive, elle accompagne l’errance et les mouvements. Mouvements et zooms de caméra sur des détails donnant tout le relief au film, comme lors d’une course poursuite et d’une conversation sur les toits, la perspective donne le vertige, ou ce sol de toilettes sordides en mosaïque bleue nous plongeant dans la plus belle des mers azurée. En ce moment j’écoute la première plage de « 6 » par Supersilent, un titre qui se prêterait bien à ce film d’animation, des climats et des ambiances inquiétants et aériens. Un travail d’orfèvre du Studio 4°c [4] quant à l’animation, la précision et la vision globale donnant tout un sens de lecture aux différentes séquences, il suffit de se laisser emporter entre les escapades et les virages.

C’est beau une ville la nuit, malgré ses cadavres et ses laissés pour compte jonchant nos trottoirs, nous sommes repus de stimuli et las de la mièvrerie télévisuelle ambiante. Les sentiments n’ayant plus leur place dans ces tours de verre et ces chaussées d’asphalte. Mais même le plus impitoyable, comme Suzuki, apparaît comme le plus empreint de compassion, mué par ce sentiment qui le rend encore plus proche de ses congénères, il répète à Kimura que si ce dernier ne croit en rien, qu’il croie alors à l’amour et que c’est tout ce qui compte, “l’important c’est d’aimer” comme ultime testament. Où l’espoir tient à un pépin de pommier, s’épanouissant dans le béton, fleur de bitume pour fruit d’humanité. Devant la mort, celui qui croit qu’il y a encore une issue, donnera les conseils à l’esseulé pour qu’il s’en sorte, pour témoin le ciel où les étoiles ont disparu, craintives d’avoir vu tant de malheurs sous cette voûte.

Inspiré et fidèle au manga de Taiyo Matsumoto [5] chez Tonkam [6], « amer béton » peut interpeller ceux qui ont vu la « Cité de Dieu », ce dessin animé invite au voyage, entre onirisme fantasmé et schizophrénie effroyable, distribué à seulement dix copies en France malheureusement (liste des villes cette semaine [7]). N’ayant pas la force de frappe d’un Ghibli, ce petit bijou d’animation a le mérite de sortir sur ces qlq écrans, dont le réalisateur Michael Arias s’est fait plus connaître par le Studio 4°c avec le projet d’« Animatrix ». Avant qu’il ne disparaisse du circuit, profitez de cette évasion étrange qui ne sera inscrite ni à Nouvelles frontières, ni à Terres d’aventures, mais qui je l’espère vous emmènera aussi loin que dans vos rêves les plus tordus…

michael arias

michael arias


[1] http://www.tekkon.net - http://www.sonypictures.com/movies/tekkonkinkreet
[2] http://www.plymptoons.com
[3] http://www.plaid.co.uk
[4] http://www.studio4c.co.jp
[5] http://www.shogakukan.co.jp/taiyo - http://www.s-book.com/plsql/samplepage?sha=1&type=sos&isbn_id=4091847315&page=1&e_id=0
[6] http://www.tonkam.com
[7]
UGC Ciné Cité Les Halles 7, place de la Rotonde 75001 Paris
Cinéma Lux 6, av. Sainte-Therese 14000 Caen
Majestic 54, rue de Bethune 59000 Lille
Cameo Saint-Sebastien 6, rue Leopold-Lallement 54000 Nancy
Cine-TNB 1, rue Saint-Helier 35000 Rennes
Katorza 3, rue Corneille 44000 Nantes
CNP Terreaux 40, rue du President-Edouard-Herriot 69001 Lyon
Star 27, rue du Jeu-des-Enfants 67000 Strasbourg
Diagonal-Capitole 5, rue de Verdun 34000 Montpellier

la vie est un long fleuve tranquille…

Posted in cinema by artpasnet on 2 May 2007
jia zhangke

jia zhangke

pas si sûre…
parcours parallèles de han sanming et de shen hong à fengjie, ville taudis au bord des trois gorges [1] où un grand barrage érigé tient le destin de milliers de chinois en ses eaux
deux quêtes des êtres aimés, deux solitudes dans cette ville en ruine, deux errances laborieuses parsemées d’embûches et de rencontres, deux variations du questionnement de soi et de l’autre…

jia zhang ke [2], surprend et captive selon que l’on est réceptif à son cinéma, en tout cas le cinéma chinois est loin d’être en perte de vitesse malgré une visibilité moindre, due à la forte présence des coréens et des japonais sur le marché, constatez par vous mêmes les sorties chinoises se font rares, mais ne sont certainement pas dénuées de qualités
still life” en est un parfait exemple à mon sens, car loin du cliché persistant que l’on a du cinéma asiatique : action échevelée/quotidien lénifiant voire soporifique, ce film est truffé de surprises, de détails inattendus et bienvenus pour stimuler la curiosité et le sourire au spectateur, des petites perles de metteur en scène, et surtout de conteur
ce film est presque parfait car je lui ai trouvé un défaut de taille, là je tiens à souligner et ce sera le seul point négatif : je déteste le numérique, même en Haute Définition, je HAIS donc le rendu du DHD!!! je trouve que cela ternit les couleurs rendant encore plus morose l’atmosphère (sans doute est ce voulu?) et cela m’épuise la vue de trop de flou, le point ayant du mal à se faire…

cela étant écrit, ce film vaut le détour pour sa mise en forme, déjà… :
* un diptyque entre une femme et un homme chacun à la recherche de leurs proches, deux individus attachants et solides mais faisant montre de faiblesses
* des chapitres mots clefs rythmant l’histoire “cigarettes“, “vin“, “thé” et “bonbons“, amenant chaque étape dans les recherches et dans les investigations à des lieux, des gens, des ambiances différents pour des rencontres insolites et des échanges surprenants
* des seconds rôles qui viennent en aide aux héros tels que ‘frère mark‘ ou wang dong ming (cela me faisait penser au script de base que l’on nous imposait au collège quand on voulait écrire des contes : description du héros avec ses qualités et défauts, les soutiens, les éléments perturbateurs, etc… un parcours initiatique pas tant chevaleresque et épique comme les bouquins dont vous êtes le héros, mais on suit ces deux personnages dans leurs tâtonnements, leurs échecs et leurs doutes avec en tête un seul objectif auquel ils s’accrocheront quoi qu’il en coûte et peu importe le temps que cela prendra)
* la musique et les chansons scandent harmonieusement le film, un beau travail de lim giong et de zhang yang, des nappes vaporeuses comme celle du début du film où l’on baigne dans une rêverie le long du yangtze, subtilement entretenue par des visages souriants, des parties de jeu amusantes, des rires d’enfants, des gens qui se prélassent sur le pont du “world“, puis retour à la réalité sur le visage sinistre de han sanming découvrant fengjie et ses diverses arnaques
les chansons traditionnelles ou de variété, même rock, sont de véritables petites sucreries sonores, amusantes la plupart du temps que ce soit chantées par un gamin gringalet à la voix muée “je t’aime c’est toi que j’aime comme la souris aime le riz….” des paroles d’amour qui se perdent sur le fleuve “vole doucement ma bien aimée…“, ou par ce rockeur en mal de karaoké clame qu’il achète nos bouteilles vides et vient embrasser son public d’hommes harassés de travail aux chantiers
* la construction de cadres de la caméra, superbes en deux occasions lorsque han sanming et sa femme sont dans un immeuble démoli, le cadre est coupé en deux, d’un côté le trou dans le mur révélant en arrière plan la ville, et de l’autre le couple accroupi mangeant un bonbon, un dynamitage fait effondrer un immeuble au loin pendant que le couple s’étreint pudiquement
puis le plan final avec un funambule céleste entre deux immeubles effondrés, poursuit sa course lente sur le fil de la vie, en fond la voix de wang qijun de l’opéra du sichuan nous emmenant très loin
* les décors et paysages, li jinsheng nous dévoile la ville de fengjie en terrain dévasté qui va être englouti lors de la phase 3 des travaux du barrage, le niveau d’eau évalué aux 156m50 fatidiques régule la vie de ces chinois condamnés à détruire leurs maisons, à déménager, et démarrer une nouvelle vie pour laisser la place à un nouvel élan économique dans la région où tout se renouvelle, 2 000 ans d’une cité chamboulés en deux ans d’aménagement ordonnés par le gouvernement accentuant l’atmosphère de fin du monde, d’insalubrité et de destruction totale
* le mélange de traditions avec une part d’irrationnel, des surprises comme autant d’arnaques où l’argent est roi, on vous interpelle “que désirez vous? du fantastique! que voulez vous? du frisson!“, on vous promet de changer vos yuans en euros ou dollars, pour cela vous devez vous acquitter de ‘frais de scolarité‘ pour le tour de magie dispensé par la compagnie du wuhan, sous peine de menacer la propriété intellectuelle, le libéralisme sait où se faufiler dans le communisme le plus dur, mais où l’on apprendra que les pauvres ne sont pas systématiquement les plus faibles, à en croire la lame de han sanming
ou bien lors de la veillée funèbre de ‘frère mark‘,  fan de chow yun fat après qu’il l’ait vu dans “le syndicat du crime” dont il copie les mimiques de gangster, ce jeune homme se brûlera aux dangers de sa vie de petite frappe, la tv n’est pas garante d’innocuité, han sanming lui allumera trois cigarettes en guise de bâtons d’encens, image superbe
shen hong accrochant un débardeur rayé à l’étendage à linge, au loin la sculpture totem des trois gorges qui décolle comme une fusée, sont autant d’exemples qui damnent le pion à des beautés plus réelles comme ce pont illuminé à 240 millions de yuans, qui resplendit plus de sa magnificence lorsque l’on le découvre le long de la route sinueuse, dans la pénombre, au loin, flou et scintillant avec juste les phares de la voiture pour guides

et ce film se résumerait à ces petites trouvailles formelles? autant de preuves qui ne se contenteraient que de poser un lieu et des personnages
au delà de ça, la description en substance va plus loin que ces individus, leurs histoires dans l’Histoire, en fond la chine en pleine mutation, dans l’ère de la consommation et du profit à outrance

des industries exploitant les Hommes, tout n’est pas la faute des occidentaux qui délocalisent leurs usines en asie pour diminuer leurs frais et augmenter leurs marges, les chinois puissants, les premiers, connaissent bien le système et l’utilisent à leurs avantages, sauf que ce sont habituellement les mêmes qui en profitent, les riches s’enrichissent encore et les plus démunis restent dans leurs bidonvilles, seuls des plus malins sauront tirer leur épingle du jeu à coups d’arnaques ou coups de barre de fer, entre deux règlements de comptes, les comptes se font aux prix de yuans ou de vies, les petits voyous entre eux sont les plus féroces visiblement en s’entretuant mais ce qui est plus insidieux et nuisible est quand des dirigeants sans scrupules n’indemnisent pas leurs salariés victimes d’accidents du travail dans leurs usines, payent une misère de qlq 50 yuans la journée de labeur, ou le gouvernement avec ses décrets exproprient des familles entières sans garantie, les indemnités étant inégales alors que c’est le même “parti communiste pour tous” qui régit l’empire rouge

où l’on voit aussi les chinois en paroles et invectives, ce peuple n’est pas avare en cris, hurlements, voire glapissements et insultes, ils n’hésitent pas à pourchasser de leurs décibels leurs interlocuteurs
le son, les cordes vocales ou des battements de la ville, bruyante et étourdissante, ces coups de marteau, de massue, de barre contre le métal et la pierre, ces hommes qui passent des journées entières à casser, démolir, détruire… à se demander dans quel but puisque tout va être englouti, pou les occuper, les rendre utiles?
le bruit du béton qui tombe, des pans entiers de murs, des immeubles dynamités intégralement, en un souffle, en un coup, ce que l’on a construit est détruit, dans l’ardeur du labeur “donnez vous corps et âme“…

aussi voir des hommes, qui ne sont pas en lutte entre eux, mais solidaires, qui se soutiennent et sont prévenants les uns envers les autres, autour d’un repas, devant un jeu, lors de la toilette…
une cigarette comme lien d’amitié, han sanming en distribue bcp et amène de l’alcool également, les moments de partage qui scellent ces vies, ces instants où les différences sont les bienvenues dans ce pays qui a voulu être unifié et uniformisé, lorsque les travailleurs montrent un billet de 10 yuans avec le paysage de la gorge kui men à l’entrée de fengjie, leur fierté, tandis que han sanming montre le sien de 50 yuans, souvenir de son shanxi originaire où l’on voit le fleuve jaune de hukou
le fait d’appartenir à un lieu, à une époque, où la nostalgie n’a pas sa place selon ‘frère mark‘ car ils sont “dans un monde d’aventuriers où c’est chacun pour soi

où la condition des femmes est encore précaire, le statut d’épouse docile ou de femme objet y apparaît encore présent et souhaité, que l’on attende son mari pendant deux ans sans nouvelles, que l’on achète sa femme pour trois mille yuans, ou que l’on vous propose “des petites“, femmes de tout âge perchées sur un balcon prêt à s’écrouler pour se montrer, ou que l’on négocie une dette de 30 000 yuans pour une vie de soubrette, la misère humaine revêt bien des formes, mais est tellement normalisée lorsque l’on est sous le joug de coutumes et mœurs millénaires…
l’émancipation de la femme chinoise doit passer par l’homme, celle qui voudra refaire sa vie devra tout abandonner, sans ressources, et peut être sans espoir pour certaines…

still life” un film foisonnant, riche et intense!
han sanming et de shen hong comme fils conducteurs de ce film délicat, délicat comme ce mince fil auquel sont suspendus des montres et des réveils chez wang dong ming, ces vies et ce temps suspendus au fil de la vie qui ne demande qu’à se casser ou à se nouer

[1] http://www.ctgpc.com
[2] http://ent.sina.com.cn/f/jiazhangke
courrier international n° 862 – 10 mai 2007

dans les draps de tokyo

Posted in trips by artpasnet on 15 March 2007

il y a exactement un an, jour pour jour, mon errance allait me diriger vers l’asie une nouvelle fois, encore plus à l’est, et précisément le pays du soleil levant
retour sur des péripéties de réservations qui vont dessiner le début de cette saga hôtelière…

mi février, j’envoyai une requête à la sakura house [1], vaste organisme japonais spécialisé dans la location de logements, allant du dortoir à l’appartement fonctionnel dans toute l’agglomération de tokyo notamment
j’entrai en contact avec taeko qui m’indiqua la marche à suivre, pour réserver un appartement à 80 000 yens/mois dans le quartier d’ueno je devais attendre encore un peu, il était trop tôt, nous resterions en contact

je réalisai qlq jours plus tard que mon voyage allait être morcelé entre tokyo et la préfecture de yamagata, et que la nécessité d’être en appartement n’était plus importante, mon dulciné allait venir un temps à tokyo puis repartirait après qlq jours et je le rejoindrai plus tard à yamagata
j’avertis aussitôt taeko que j’annulais ma demande, bien que non validée, mais par mesure de correction et connaissant les japonais tatillons sur ce genre de formes, autant faire cela tant que je n’étais pas engagée, il me répondit rapidement qu’il était content et me souhaitait bonne chance dans mes recherches

fin février j’envoyai un email à mes amis mangakas kan & frédéric pour leur demander leur avis sur des hébergements de courte durée dans le quartier d’asakusa, kan me prévenait qu’elle venait de quitter tokyo pour aller vivre sur l’île de kyushyu dont elle est originaire et s’est inspirée pour écrire une tranche de vie dans l’un de ses recueils
début mars, frédéric qui résidait déjà depuis une quinzaine d’années à tokyo me conseilla dans le quartier de nezu un ryokan [2] à environ 5 000 yens la nuit, c’était parfait! frédéric mentionnait également cet endroit dans l’un de ses livres graphiques

en même temps que j’envoyai un email au ryokan sawanoya pour faire une demande de réservation, je prévins frédéric que j’avais commandé le nouvel album de sa dulcinée qui allait bientôt sortir à l’époque, je lui soumettai mon idée concernant le choix du titre et son éventuelle signification, il me répondit qu’il me tirait son chapeau d’avoir trouvé sans l’avoir lu, j’aime bien comprendre ce qu’implique un titre, pourquoi on le choisit, s’il sert de synecdoque… des fois il n’y a même pas de question à se poser et chercher midi à 14.00, il faut un titre et voilà…
ravi, il m’informa alors que sa dulcinée serait au salon du livre le 18 mars et qu’elle sera heureuse de faire ma connaissance, et dédicacer mon exemplaire dès réception

mi mars, le ryokan m’avertit qu’ils étaient déjà complets pour le printemps, déçue je cherchai alors ailleurs dans le même quartier, j’y trouvai deux lieux le taito ryokan [3] et le kikuya ryokan [4]
le 17 mars, le kikuya ryokan me répondit qu’ils étaient d’accord avec mes différentes dates et l’occupation seule/accompagnée, le lendemain le taito ryokan précisa que le système était plus complexe et que seule je pouvais me retrouver avec d’autres personnes dans une chambre à quatre, je visitai donc le site internet pour me rendre compte et compris que malgré la belle présentation, au fond cela n’allait pas du tout me convenir, je voulais un minimum d’intimité et pouvoir ranger mon matériel photo et l’ordi dans un endroit fermé, je retins le kikuya ryokan

le 18 mars je courus au salon du livre, pour une fois je n’eus pas envie de visiter tous les stands
directement je me présentai au stand belge où je revis benoît, on se serra la main cordialement, et je fis la connaissance d’aurelia, on discuta un brin, de nos similitudes et on en ria bcp
qlq jours plus tard, on se revit rapidement lors de sa promotion pour la presse française et on se promit de se retrouver bientôt, au moins au japon quand je viendrai au printemps

je confirmai au kikuya ryokan ma venue, en accord avec mon dulciné, on finalisa les derniers détails : entre billets d’avion (passage par la corée pendant un moment, avant), le pass de transports inter ferroviaires (jr east pass 4 jours flexibles ordinaires 20 000 yens, valable seulement pour les trains et uniquement délivrable sur présentation de billets d’avion aller-retour)

vint enfin le temps du voyage, à incheon en corée du sud, je pris mon avion de 12.30 le 14 mai pour tokyo, aéroport narita
j’arrivai deux heures après, il fallut attendre de récupérer la valise et faire de la monnaie en yens, les premiers contacts avec les japonais en leur territoire furent simples et rapides
à la station suitengumae, je pouvais prendre des correspondances pour le métro et le train, je me suis trompée d’arrêt pour le kikuya ryokan, tant pis, j’allai me promener un peu avant pour découvrir le quartier où j’allai vivre qlq temps

vers 18.00, les rues d’asakusa étaient animées et la douceur du printemps de la partie
je passai devant l’un des trois temples d’asakusa, le plus imposant le sensoji sur la kaminari mon dori, tout était illuminé et baigné de chants
lorsque j’arrivai au kikuya ryokan, je fus accueilli par un akita inu [5], quid? un chien adorable très câlin, mais surtout le chien de la même race que celui de l’empereur bien aimé des japonais!
car si vous avez un chien au japon, il ne peut s’agir que d’un akita inu, c’est pire qu’une mode, c’est limite un hommage à la divinité vivante qui officie en autorité morale et monarchique… le chien, ami de l’Homme mais surtout figure représentative de l’empire, un petit bout de l’empereur chez soi donc…
ainsi, la petite bestiole vénérée prévint on maître de mon arrivée, le gérant du ryokan, visage enjoué et accent drôle en anglais me fit signer le registre et me donna les renseignements élémentaires du ryokan, me remit une clef , me montra ma chambre : un futon par terre sur les tatamis, une table, un meuble, une tv, un coin toilette, un miroir plain pied et surtout une fenêtre, il me fit visiter le reste pour l’accès internet au rdc et la machine à laver sur la terrasse du toit, je pris mon ensemble : peignoir, chaussons, mini tube de dentifrice individuel, brosse à dents et serviettes avec moi

voilà j’étais parée à passer ma première nuit au japon, il était presque 20.00
je mourrai de faim, mais je rangeai d’abord mes affaires, pris mes marques dans la chambre, et savourai la fermeté du futon, un pur délice, un endroit si peu cher et si confortable, le bonheur sur terre! je me disais à ce moment “il fait bon vivre ici” facile quand on est en congés longue durée… tout est plus simple d’un coup…
thermos géant d’eau, thé vert et tasse m’attendaient sur la table basse, j’allumai la petite télé et me familiarisai avec les programmes japonais, un nouveau rituel du soir allait être mis en place : thé-tv-futon, si j’adore bien faire une chose à l’étranger c’est regarder la tv, et non comme chez moi en france

ainsi se déroula ma vie japonaise au printemps 2006 : matin tv-internet pendant le petit déjeuner, journée et soirée errances dans tokyo ou en province, et le soir, rentrée tard vérification des emails sur le poste dans l’entrée, des fois le gérant me croisait en allant promener son chien qui venait demander des câlins, puis plus tard dans la nuit tv-thé-futon
dulciné me fit découvrir ses endroits préférés du quartier et on se promena dans tokyo sans de réels buts, juste l’envie de passer du temps ensb dans une ville qui n’était pas la nôtre mais où l’on se sentait libres et heureux
il apprécia le ryokan que j’avais déniché à asakusa, j’avais choisi ce quartier car frédéric en vantait la tranquilité, et il est vrai que tokyo est un ensemble de plusieurs villages à l’atmosphère et l’ambiance divers, chacun à ses spécialités culinaires, ses magasins, son dialecte, ses habitudes, son architecture…

ce que j’aimais à asakusa c’était cette quiétude, le ryokan était au cœur d’un lotissement paisible, verdoyant, et pourtant d’une telle proximité des grands magasins et des grandes artères, on pouvait y faire ses courses facilement et s’y amuser
cela tombait aussi à pic car le ryokan était sur l’itinéraire d’un défilé du sanja matsuri, un festival qui a lieu tous les mois de mai, enfants et adultes portent des mikoshi [6] sur leurs épaules, l’enthousiasme était communicatif et la foule pleine de liesse, on suivit dans les rues la procession, drainant des centaines de japonais
j’avais lu auparavant qu’il y avait eu des morts lors de festivals, à cause de la densité de la foule, mon dulciné s’était moqué de moi car il trouvait que cela ne ressemblait pas bcp à l’organisation japonaise, et en effet ce jour là aucun mort étouffé ou piétiné ne fut à déplorer, on s’empiffra bien au contraire de glaces et de thé, le must de nos pérégrinations dans le quartier fut la dégustation de jelly japonaise, bien plus raffinée et digeste que l’anglaise, rien que ça, ça valait les 800km d’avion et le décalage assuré, bref j’ai mangé des kilos de jelly arrosée de thé vert

tout le temps que je suis restée à tokyo fut rythmé sur mes allées et venues au ryokan, havre de paix et douillet, le couple de gérants était charmant, je lui offris le jour de mon départ une petit pot de foie gras français, il était tout ému, et le chien fit pour la dernière fois un câlin, mais toute bonne chose a une fin
entre temps, je réalisai que j’avais oublié des vêtements à séoul que mon amie marianne allait me renvoyer, j’avais été hébergée un temps chez elle, le temps de recevoir je serai déjà partie dans le nord, je n’ai jamais récupéré le paquet malgré les consignes laissées au ryokan, le paquet doit sûrement flotter sur la mer du japon actuellement…

à part les gérants et leur chien, le ryokan allait aussi me manquer, cette maisonnette discrète abritait tant de bien être, les petites chambres étaient bien agencées, et la chambre qui a servi lors de mon séjour logeait confortablement autant une que deux personnes avec tout le barda, la salle de bain commune était un des plaisirs du soir pour se détendre, et les voisins veillaient au respect du silence qui régnait dans l’auberge
il y avait de toutes les nationalités, et le budget peu élevé des chambres permettait aux jeunes de pouvoir profiter de la vie japonaise à moindre frais
l’ensemble du séjour au ryokan fut de 59 000 yens (380€) pour quinze jours à tokyo à deux, ce qui se révéla très modique

oui, ils allaient me manquer, mais la suite des aventures japonaises devait se poursuivre plus au nord, dans d’autres habitations, d’autres villes, d’autres paysages…
nouveau toit, au prochain épisode de cette saga hôtelière…

[1] http://www.sakura-house.com
[2] http://www.tctv.ne.jp/members/sawanoya
[3] http://cyborgzen.com/taito-ryokan
[4] http://homepage2.nifty.com/kikuya1
[5] http://www.akita-france.org
[6] http://www.jref.com/glossary/mikoshi.shtml
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ne nous oubliez pas

Posted in cinema, politics by artpasnet on 9 March 2007
patty kim

patty kim

elle dit d’une voix enjouée : « à tout à l’heure ! » et ce sera la dernière fois qu’elle entendra et verra l’être aimé

« abduction » pourrait faire penser à un terme technique de la tectonique des plaques
il ne s’agit pas de géomorphologie mais d’un drame familial au coeur d’une géopolitique complexe

le film [1] retrace la vie de la famille yokota : shigeru le père, saki la mère, les enfants tetsuya, takuya et megumi, ainsi que les personnes qui ont été concernées de près ou de loin par les enlèvements de citoyens japonais par des nord coréens
le documentaire commence avec un vieil homme alité, souffrant, portant un masque, il appelle sa fille rumiko disparue
puis vient le témoignage de saki yokota, elle raconte les vestiges de sa mémoire, les derniers instants qu’elle a vécus avec sa fille megumi, avant qu’elle disparaisse le 15 novembre 1977 à niigata [2], sa voix se brise lorsqu’elle évoque combien sa fille était une adolescente joyeuse et souriante, sa passion pour la chorale et le badminton

on pourrait croire que le film est construit sur des ressorts dramatiques avec multiples rebondissements et intrigues de complots fumeux, ce n’est que le vernis, car il s’attache à suivre plutôt les obstacles et l’attente qu’affronte la famille yokota avec dignité que les péripéties rocambolesques d’une famille désoeuvrée
autour de cette famille, tout se déchaîne : la population japonaise, les média et les relations diplomatiques entre le japon et la corée du nord, au c–ur de cette tourmente, la famille yokota continuera son combat tant que l’étincelle d’espoir de retrouver megumi alimentera sa volonté

la tension monte cependant au son des taïko [3], saki yokota alerte son mari au bureau où il est employé de banque, la famille est mobilisée et tente de retrouver megumi le jour même de l’enlèvement, l’hypothèse de la fugue est énoncée la première, mais les parents sont convaincus que ce n’est pas le cas, ils sentent qu’il est arrivé un grand malheur à leur fille, ils vont dans la rue, exposent sa photo, passent au journal tv local, un journaliste montre le carrefour où l’adolescente a été vue pour la dernière fois, les chiens de la police ont perdu sa trace à cet endroit là, saki yokota sillonne régulièrement la plage de niigata, peu d’indices, l’enquête piétine
18 mois après, le couple ira sur le plateau de la fuji tv pour lancer un appel à leur fille et à la population, ils souhaitent qu’elle leur donne signe de vie, même bref, leur inquiétude et leurs pleurs n’arrivent plus à être contenus
2 ans plus tard, au journal sankei [4], une lueur d’espoir naît d’un fait divers sordide rapporté par mr abe, rédacteur en chef à l’époque, par l’intermédiaire d’un informateur alertant qu’il se passe « des choses bizarres le long de la mer du japon», les faits divers traitent d’attaques par des individus étrangement polis et courtois, et plusieurs jeunes japonais d’une vingtaine d’années ont disparu, le rédacteur abe est surpris lorsqu’il a connaissance de l’affaire megumi yokota car elle semblait trop jeune par rapport aux autres kidnappés

la famille yokota déménagera pour kawasaki, près de tokyo, pour ne repasser que récemment dans leur ancien quartier à niigata, le père shigeru confie avec émotion les derniers détails auxquels il avait veillés avant leur départ : écrire lisiblement leur nouvelle adresse sur un papier, protégé par une pochette plastique en cas de pluie, accroché à la porte d’entrée, ils l’attendent, leurs amis « veilleront sur elle »
durant 20 ans, un silence profond ne laissera filtrer aucun élément jusqu’à ce que le journaliste d’investigation mr ishidaka [5] lève un bout du voile du kamikakushi [6], le rapt divin, il affirme qu’une personne des hautes autorités sud coréennes a des informations sur megumi, on est le 23 janvier 1997 [7] il souhaite rencontrer la famille yokota, cette dernière espère que megumi va bien, un rendez vous est organisé avec mr an myong-jin, ancien transfuge nord coréen de kim jong-il [8], qui fut témoin et a initié indirectement l’enlèvement de megumi auquel l’agent chung a participé, ils se sont trompés de cible, une vague d’enlèvements déferlait à cette époque car chaque agent infiltré devait kidnapper un japonais, tel était leur objectif
les espions nord coréens sont formés pour savoir tuer, cambrioler, utiliser des explosifs, mr an préparait les enlèvements de japonais pour pouvoir infiltrer les espions n’importe où en se faisant passer pour des japonais, connaître leur comportement, leur mentalité, apprendre les gestes typiquement japonais comme se laver la figure diffère de la façon coréenne
s’il a décidé de s’exprimer à visage découvert sans craindre les représailles c’est à cause du poids de la culpabilité et de sa conscience qui lui pèsent pour avoir privé megumi à sa famille, il s’excuse dans un mélange de coréen et d’anglais qui laisse transparaître sa sincérité selon la famille yokota, mr an a vu megumi en octobre 1988 lors d’une cérémonie de la fondation du parti des travailleurs nord coréens, il l’avait trouvée séduisante
en 1997, il est connu sept affaires d’enlèvements de citoyens japonais, alors que la radio nord coréenne démentait déjà depuis vingt ans une quelconque responsabilité, au bureau des affaires étrangères au japon les parents d’enfants enlevés témoignent pour être entendus

où l’on suit aussi le parcours intérieur de la mère saki yokota, cherchant une aide dans la foi, une amie lui conseille de lire le livre de job, dans lequel elle s’accapare au chapitre 1 verset 1 « l’Eternel a donné, l’Eternel a repris », cela l’aide à gérer sa tristesse mais est source de conflits avec son mari shigeru
des petits détails trahissent l’appartement transformé en mausolée comme chez d’autres parents qui conservent vivants les souvenirs de leurs enfants, donnant l’impression que le temps s’est figé dans les chambres, une collection impressionnante de maquettes d’avions ou un petit lecteur cassette audio kenwood qui diffuse le solo du « zigeunerleben » de robert schumann
le désespoir pourrait assaillir les familles, en distribuant des tracts elles s’essuyent l’indifférence, du mépris ou des mécontentements virulents, ils continuent leur mobilisation coûte que coûte
en mars 2000, elles se rassemblent au siège du parti libéral démocrate et apostrophent les élus pour ne plus donner de riz à la corée du nord tant que l’affaire des enlèvements n’est pas résolue, il s’agit pour elles de faire pression sur la c<span style=”color: rgb(0, 153, 0);”>orée du nord qui vit une famine meurtrière, certains parents se laissent aller aux insultes, à la colère, aux hurlements tandis que la famille yokota reste digne et respectueuse, d’ailleurs l’un des élus ne daigne s’adresser qu’à elle pour instaurer un dialogue difficile, les familles sont conscientes des enjeux diplomatiques qui chapeautent l’un des désaccords entre les deux pays, il faut trouver une concordance dans les intérêts

en septembre 2002, le premier ministre junichiro koizumi se rend à au premier sommet japon-corée du nord [9], à cette occasion la famille yokota enregistre un message vidéo pour megumi, leur espoir se lit dans leurs yeux et s’entend dans leurs voix, ils veulent profiter de la vie avec elle, la voir s’amuser, l’emmener au parc disney, faire ce que toute famille fait avec son enfant, mais le temps a filé, et la mère saki se sent déjà bien vieille
le premier ministre aura été deux fois rencontrer le dictateur, par deux fois la japonais aura été roulé dans la farine… le dossier des enlèvements est épineux mais je ne vous en dévoilerai pas davantage, à vous de voir les découvertes qui seront faites tout au long de cette douloureuse affaire

ce documentaire révèle, si on s’imprègne du contexte politique, des zones d’ombre qui ont peine à être éclaircies entre le japon et la corée du nord
il faut savoir qu’entre les deux pays il n’y avait pas de relations diplomatiques auparavant, la visite de junichiro koizumi en 2002 était la première occasion aux deux pays de faire connaissance autrement par la violence, les armes et les exactions
situation inédite malgré tous les torts que l’on pourrait avancer à l’encontre du premier ministre rigoriste et conservateur, en initiant un rapprochement, certes maladroit, c’était le premier pas vers la résolution de problèmes ou au pire de soulever le tapis et découvrir qlq cadavres… au sens propre comme au figuré
il faut savoir aussi que la péninsule coréenne a été victime et le théâtre de bon nombre d’invasions et d’occupations de toutes sortes et par plusieurs pays, et les japonais n’étaient pas les plus pacifiques des colonisateurs, la population et la mentalité coréennes en portent encore les stigmates, là le japon a essuyé un sacré revers avec la défaite lors de la seconde guerre mondiale, et que par là elle a été privée de ses moyens militaires, entravée dans sa puissance elle ne peut se poser par autorité à la corée, son statut a changé, et la voie de la diplomatie était le seul recours pour faire avancer les dossiers conflictuels, seulement la corée du nord y a vu un avantage à user sur le japon, en position de force là dessus (même si à l’époque on ne savait pas encore officiellement la menace nucléaire), la corée du nord faisait déjà suffisamment peur sans ogives…

rappelons que la corée du nord voulait déjà briller il y a 30 ans, la veille des jeux olympiques organisés en corée du sud notamment, en 1987 la partie nord voulait faire pression sur celle du sud, si les jeux se déroulaient bien cela signifiait que le sud aurait le soutien international et serait en pleins phares, pas le nord ; en créant un climat de tension et d’insécurité pouvait exister, évidemment au aurait envie d’un autre rôle que celui du bourreau mais à défaut d’autre chose, c’était une manière d’avoir sa place sur la scène internationale
aussi, la corée du nord a expérimenté une autre facette, celle de la victime, en affamant sa population et en réclamant l’aide de la communauté internationale, des ong et des gouvernements ont voulu tendre une perche, des fois avec méfiance, des tonnes de riz ont été envoyées parmi les médicaments, seulement cette aide a été détournée au profit des autorités et du régime totalitaire, la population appauvrie ne pouvait que rester dans l’indifférence, propagande et lavage de cerveau étant de rigueur, famélique ou pas, elle était dévouée toute à la cause nord coréenne, dans ce pays chanceux on a l’honneur d’être nord coréen, pas comme ces traitres de vendus du sud…
dans le documentaire les familles japonaises exigent que l’aide soit arrêtée, un moyen de faire comprendre à pyongyang qu’il ne faut pas vouloir le beurre, l’argent du beurre et le c… de la belle crèmière… on comprend leur colère, on peut même accepter leur détermination à tout saccager au noms des leurs, de toutes façons le japon n’a jamais considéré la corée comme un pays auquel il devait être redevable, cela a été une annexion, on a déporté des coréens, on en a enlevés aussi ! une grande minorité coréenne existe au japon, et connaissant leur xénophobie envers les non japonais, il est assez aisé de s’imaginer le rejet de cette minorité sur un sol qui n’est pas sienne, exploités les coréens ont gardé cette image de servitude envers les japonais, et ils ne méritaient pas mieux que les traitements qu’ils ont subis
c’est aussi des points noirs dans les négociations entre le japon et la corée [10], pour ce film le nord, pyongyang exige que le japon reconnaisse les atrocités commises, qu’il soit mentionné leurs exactions et que le japon assume son passé, cependant chaque nation a sa fierté et il n’est pas question pour le japon notamment de faire de excuses à un peuple considéré ‘inférieur’, ce serait l’hérésie totale, on pourrait dire ‘faute avouée, à moitié pardonnée’ la corée attend un pas de la part du japon pour être équitable car oui, la corée du nord a dupé le japon, surtout sur l’affaire des enlèvements, par deux fois des versions officielles ont été tronquées, des mensonges et des versions modifiées ont tissé les jeunes relations diplomatiques, on ne peut pas construire une entente dans un climat de défiance et de méfiance, chacune des parties a des torts et peu d’efforts sont faits, il ne faudrait pas se montrer ‘faible’…
alors imaginez cette petite famille yokota embarquée dans cette Histoire malgré elle, une affaire qui la dépasse, dont elle n’a pas les rênes, elle est ballottée entre des gouvernements orgueilleux et des procédures complexes, des enquêtes ont été menées et ont révélé des absurdités, la famille n’a pas perdu l’espoir, elle se raccroche à la moindre information, à partir du moment où un doute subsiste, elle continue d’y croire, mais que peut elle face à un premier ministre qui manie la langue de bois ? dans le reportage on voit lors des visites de junichiro koizumi en corée du nord, en arrière plan, un homme que vous avez du voir au jt ou dans la presse, shinzo abe, il a été le chef de cabinet de koizumi, et il est actuellement le premier ministre du japon, il a repris le flambeau de koizumi, dans une veine encore plus conservatrice et avec la poigne plus dure, le sujet des enlèvements reste d’actualité mais avec des tensions exacerbées les négociations risquent d’être encore plus compliquées, on ne pouvait pas présager une issue heureuse sous koizumi, alors sous abe serait ce un conflit qui se profile, personne ne lâche, personne ne veut céder, et cet homme est margaret thatcher puissance 1000000 en terme de consensus

la réalisatrice patty kim s’est intéressée à cette histoire d’enlèvement alors qu’elle faisait un reportage pour national geographic au japon en 2002, elle était là au retour de koizumi lors de sa première visite en corée du nord, elle a vu la ferveur des japonais, et l’hystérie collective qu’avait déclenchée l’affaire des enlèvements, patty kim a choisi de suivre le déroulement avec un réseau d’informateurs, remonter aux sources, et de montrer avec la plus grande neutralité la détresse de ces familles, prises dans les rouages géopolitiques
ce film a été vu au japon, et surtout à l’étranger, sans doute a t il été utilisé comme étendard de bonne foi de la part du japon qui a cherché à le diffuser dans plusieurs ambassades de paris, afin de plaider sa cause, bonne ou mauvaise intention, cela servira le japon et les familles, la qualité de ce film en est sa sobriété, que l’on soit proche ou éloigné, on est touché par ces gens qui luttent, maladroitement, ils cherchent la vérité, ils la bousculent, veulent des réponses, et trouver la paix pour leurs enfants et eux mêmes
lorsque certains enfants enlevés (qui sont désormais de grands adultes avec famille en corée du nord et situation) sont revenus au japon, l’émotion est perceptible, les pleurs de joie atteignent, mais ce qui m’a le plus bouleversé sont les excuses de ces gens qui ont été enlevés, ils s’excusent d’avoir causé du souci à leur famille et au pays, un comble ! je détesterais les japonais rien que pour ça !!! l’infamie a bien des visages….
ce film permet une prise de recul vu les circonstances, et amène le spectateur à se poser des questions sur les aberrations de la politique de grandes nations et les erreurs insolubles faites par des gens, de simples humains, trop humains, on pourrait se tromper de combat, se tromper d’adversaires…. « à qui la faute ? » car ils veulent trouver un coupable, c’est ainsi et légitime pour se rassurer, lorsque la corée du nord informe que certains enfants sont décédés de mort accidentelle en voiture ou d’empoisonnement, on peut se demander ce qui ne tourne pas rond dans ce pays, les voitures sont aussi fréquentes que cela en corée du nord malgré des avenues spectaculaires mais si vides… [11]
les enfants enlevés qui sont rentrés au pays ont laissé leur nouvelle famille en corée pour réintégrer la leur au japon, quel sacrifice pour ces personnes cela peut il être, imaginer la peine des deux côtés de la mer du japon ? l’ambivalence des sentiments de ces personnes déchirées entre deux pays, deux langues, deux familles… ils ne peuvent rien dire, au risque de faire courir des représailles à leurs proches en corée du nord, perdre de nouveau ceux que l’on aime pour protéger la nation ? dilemme, dilemme… c’est un documentaire poignant et fort, qui montre à plusieurs reprises les conflits d’intérêts personnels et nationaux, d’échelles différentes vécues à des proportions impensables, l’Histoire rattrape son histoire… ces enfants ont bénéficié d’une réintégration dans la société japonaise particulière, un pays qui se fout de ses citoyens en nombre d’occasions [12] a tendu enfin la main vers les siens, afin de les protéger de la folie médiatique et du jugement de la population, un pays galvanisé par le sentiment nationaliste exacerbé dans ce contexte délicat quand on sait que presque 500 sud coréens ont été enlevés (plus ? chiffres officiels), mais aussi des citoyens du liban, de thaïlande (plaque tournante du blanchiment des faux dollars nord coréens), de roumanie (ouvriers nord coréens travaillent dans les usines roumaines)… si le japon ferme les yeux et ne reconsidère pas ses propres erreurs, d’autres pays vont devoir aussi baisser les bras et laisser leurs citoyens dans ce pays totalitaire ?
où l’on peut craindre aussi une récupération dans les média de cette affaire, pour alimenter en sirop d’amertume et de colère des japonais chauvins et nationalistes, il y eut un schisme en 2004 avec des pro gouvernement et des pro familles, la population s’est partagée et s’est enfiévrée, les familles ont été suivies par la fuji tv notamment, chaîne tv du groupe sankei et donc de la tendance conservatrice, il fallait montrer les familles sous un jour favorable aux démarches du gouvernement, et lorsqu’un frère d’une enfant enlevée tente de faire entendre sa voix et de partir en politique pour remuer ce marasme, il s’attire les foudres et récolte les échecs, on ne s’attaque pas à un gouvernement qui a tant fait pour vous…. alors que ce soit pour les îles kouriles ou les enlèvements par la corée du nord, les japonais ne font pas la fine bouche si ces drames sont utilisés à des fins politiques
le journaliste kazuhiko yatabe a expliqué que sur les forums de discussions et les sites internet, les japonais se sont défoulés avec des propos ignobles, pas dans un but idéologique, mais c’est une manière de pouvoir faire sortir la frustration et la colère, des noms d’oiseaux, des expressions ont été inventées pour alimenter leur ranc–ur, tel est le japonais, on entend les mots et on attend les actions

la réalisatrice australienne jane campion a produit ce documentaire, emballée par le projet, elle l’a financé, espérons que cela lui portera chance longtemps, le film a déjà été primé dans plusieurs festivals, mais son parcours ne doit pas se suffire aux spectateurs empathiques et bien pensants, il doit pouvoir faire activer des choses, ébranler les consciences, et mettre en –uvre des résultats concrets et bénéfiques
j’espère que vous pourrez voir ce film et qu’il vous fera prendre conscience si ce n’est pas déjà fait que la politique de canapé depuis son salon, ça suffit un moment…

[1] http://www.abductionfilm.com - www.safarimedia.net : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=71157
[2] http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7455
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Taiko
[4] http://www.sankei.co.jp
[5] http://www1.korea-np.co.jp/pk/053rd_issue/98072903.htm
[6] http://www.courrierint.com/article.asp?obj_id=10230
[7] http://www1.korea-np.co.jp/pk/pdf/1881.pdf
[8] http://www.korea-dpr.com - http://www.korea-dpr.com/pmenu.htm
[9] http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7227
[10] http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=71365
[11] http://www.philippechancel.com
[12] le film « bashing » de masahiro kobayashi
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J’aime les halls d’hôtels

Posted in perso by artpasnet on 8 March 2007

C’est loin d’être la californie : ici il ne fait pas beau, le ciel n’est pas bleu et on se gèle, aucune fille en bikini, à croire que la vie n’a plus d’intérêt dans ce cas là…
hiver nocturne sur cet hôtel de gare…
au grand hôtel, ils passent et certains même trépassent
on traverse trop vite la rue de lyon et c’en est fini

dans le hall du grand hôtel, le marbre fait résonner les hauts talons des escarpins, le cuir des fauteuils crisse grassement quand on se trémousse dessus
le personnel est bienveillant et attentionné, s’efforce dans un anglais plus ou moins maîtrisé à vous prodiguer les meilleurs conseils touristiques et à procéder à votre enregistrement rapidement

je n’ai pas compté les étages de la tour, mais il y a du monde là dedans, autant en clients qu’en employés
des tonnes de liquides, de tissus, de métaux, comme de chairs humaines, de kératine et d’humeurs…
mélangez tout ça et vous obtenez l’hôtel standard de haut standing…

des petits uniformes pour des touristes en goguette venant avec leurs plus beaux attributs, certains sont là pour affaires, le costard est de rigueur, les rendez vous nombreux dans le salon ou le bar à vins

ambiance faussement feutrée, tout rutile, rien n’est vraiment personnel et personnalisé, la faune interlope et nocturne entre et sort, à toute heure, grande agitation lors des départs, vers midi elle est mal réveillée mais prête à s’engouffrer dans les grands cars ou prendre le train à côté

des heures que je suis là depuis qlq jours, les halls de grands hôtels sont devenus mon nouveau chez moi, une errance de fausse touriste, j’ai le physique pour et qlq langues en poche pour feindre la sauvage d’ailleurs qui a du mal à s’adapter à la vie parisienne, ça me convient, qu’on me fiche la paix momentanément

je me souviens, au méridien, j’avais hésité entre lui et la superbe vue du 18è étage, une baie vitrée sur paris de nuit, le clair de lune était magnifique, j’avais mon lomo seagull, je ne l’ai pas sorti, j’aurais peut être du en y songeant, au lieu de m’occuper de lui, dans sa soie engoncé il planait après un verre de whisky sec, l’haleine ne présageait pas des débats et des ébats hors d’haleine, j’aurais du mettre en boîte cette vue lunaire…

au grand hôtel, je reste, là, dans le fauteuil et je regarde
ici ou là bas, rien ne change vraiment, on est toujours des clients, en quête de prestations et de services, désirs à assouvir qui se règlent en carte gold ou platinum

des mots volés, des conversations épiées discrètement : un projet de construction d’alimentation d’eau dans un pays africain, la sortie d’un nouveau logiciel pharmaceutique, une visite au louvre programmée, un grand restaurant à essayer… de multiples idées et mille occasions de mettre à profit l’espionnage industriel, quelle idée! se rendent ils compte de toutes les confidences qu’ils livrent entre une paire de charles jourdan et un ensemble yamamoto? quelle bande d’inconscients, j’assiste à leurs petits secrets d’alcôve d’un air impassible

les halls, vaste plateforme de rites gestuels et de phrases types, tout est codé et codifié, cela n’empêche pas la chaleur humaine et les élans de sincérité

le responsable de l’accueil est venu me voir, pour m’offrir des bonbons, il me dit que c’est bon pour le cerveau de prendre du sucre, cela fait longtemps qu’il me voit travailler
quelle âme charitable… ça me fait sourire, s’il savait…
j’accepte la corbeille qu’il me tend et nous discutons… longuement, la nuit passe et ma peine s’efface
promis, demain je fais le crillon

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à ce père

Posted in cinema by artpasnet on 7 March 2007
suzanne bier

suzanne bier

…qui pourrait être le mien

mais lequel? lorsque l’on en a deux…
deux hommes aimants et protecteurs, chacun à leur façon, chacun dans un pays, chacun avec ses faiblesses et ses forces… jacob ou jørgen?

jacob [1] vit en inde depuis une vingtaine d’années, il s’occupe avec mme shaw de l’orphelinat d’anand, où il y a une petite école, des lits et un peu de nourriture, et où il y a surtout pramod, un petit garçon de sept ans à qui l’on va fêter prochainement son anniversaire, il voudrait devenir footballeur
tout est délabré et l’orphelinat va fermer faute de financements, mme shaw avertit jacob que s’il ne rencontre pas un mécène danois qui s’est manifesté dernièrement, les enfants n’auront plus de toit et d’éducation
jacob refuse, il ne veut pas revenir au danemark, sa vie est en inde auprès des enfants, il n’a plus de liens avec son pays d’origine, le chantage déguisé met à l’épreuve le dilemme de sauver les enfants et renouer avec son passé

jørgen, entrepreneur talentueux baigne dans la réussite et le luxe, il partage une vie heureuse avec sa femme helen et ses enfants anna, martin et morten
rien ne lui est refusé et il réussit à obtenir ce qu’il veut, sa puissance financière et son charisme en font un homme respecté
pour le mariage d’anna il souhaite une noce parfaite et met en oeuvre une logistique millimétrée entre la décoration florale gigantesque, les mets sophistiqués, le service voiturier discret et disponible, l’animation musicale contentant les convives, le faste des toilettes des dames et le sérieux des smokings des hommes, les cadeaux d’usage qui s’accumulent comme autant de témoignages de richesse que d’erreurs de bon goût…
jørgen, pourtant derrière ce bonheur affiché, nourrit un dessein plus sombre en convoquant jacob au danemark

anna [2] est une jeune femme heureuse et épanouie, son mariage approche, elle n’a pas envie de changer d’avis, son excitation est à son comble
le jour, qui est censé être le plus beau de sa vie, lui permettra de démarrer une nouvelle vie avec christian, qui travaille à l’usine de son père jørgen et est promis à un bel avenir
mariage dans la propriété de ses parents, noce entourée de ses amis et proches, lune de miel au val d’isère, tout paraît cousu de fil blanc…
jusqu’à ce qu’elle rencontre jacob le jour de son mariage, qui le lendemain sera révélé comme étant son père, ses repères s’estompent et sa colère laisse place à la curiosité, qui est donc ce père du bout du monde dont on lui a dit tant de mal?

un film de rencontres ratées, provoquées, à la recherche de soi, de ses racines, d’où l’on vient pour savoir où l’on va, un film qui pose des personnages en quête d’une vie, leur vie : une vie à finir, une vie à recommencer, une vie à débuter, une rédemption pour eux, une découverte de la vérité pour elle
une confrontation entre ce que l’on croit être bon et ce que l’on fait pour soi et autrui, bonne ou mauvaise intention, ils sont au carrefour de leur vie, quelle direction vont ils emprunter? contre ou avec?
un film qui invite au voyage, au delà des frontières et des océans, un voyage vers soi, vers l’autre, des cultures qui se découvrent, des personnalités qui se révèlent
un film à la connotation dramatique mais plein d’espoir, du moment que l’on se batte pour ses convictions, et les siens

la famille, vaste sujet, amplement traité et surtout par le cinéma danois, le premier choc à l’époque avait été “festen” et j’avais été conquise de cette immédiateté et cette violence non édulcorée, les nerfs et les sentiments à vif, on osait montrer la haine peu esthétique, parler des horreurs sourdes
avec suzanne bier, la finesse et la complexité de l’humanité prennent un tout autre sens, découverte avec “elsker vor evigt” en 2003 et suivie avec “brothers” en 2006, ce nouvel opus est encore une belle surprise, de plus non gâchée par la présence de mads mikkelsen qui démontre encore toute sa dimension d’acteur entre le doute et la rage
la famille où l’on cherche sa place : être le parent de, être l’enfant de, qui l’on est pour cet autre, que représente t on pour lui? les liens du sang et/ou les liens du cœur? ce qui compte le plus : celui qui vous a légué son patrimoine génétique ou son patrimoine fiscal?
un beau diptyque entre les adultes qui jouent aux enfants, et les enfants qui deviennent vite adultes : pramod/anna et jacob/jørgen, tout pourrait les opposer mais se rejoignent et se ressemblent en bon nombre de points

un film fort, qui commence et se clôt avec le superbe morceau “untitled 1″ fra albument () des sigur rós
des couleurs vives, la chaleur des paysages d’inde en contraste avec la verdoyance des collines paisibles du danemark, choc des cultures autour d’un enjeu qui n’est pas qu’humanitaire, derrière un chantage qui ne semble que pécuniaire, il y a toute une détresse humaine, acheter son affection pour racheter ses fautes?
l’humanité bienveillante dégoulinante ne sera pas du rendez vous, y est convoquée au contraire une tolérance de l’humain dans toute son imperfection
tout est dialogues et partages, après secrets et sens unique pour ces individus qui se cherchent, de l’inédit qui va d’abord faire mal pour faire du bien plus tard

des moments rares et beaux :
lorsque anna et jacob se voient en tête à l’hôtel, la gêne mais l’envie est là, timides et maladroits, ils osent malgré tout envoyer ce petit signal, cet appel à l’amour, ils vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser, une rencontre émouvante entre un père et sa fille, la caméra saisit avec subtilité et délicatesse les mouvements et les regards, entre la peau pincée par embarras et cette étreinte spontanée entre deux corps qui se retrouvent, le lien se noue
puis au restaurant, anna a apporté des photos d’elle, elle se montre enfant, avec son premier amoureux, jacob est bouleversé, de voir sa fille grandir en qlq clichés et de réaliser tous ces instants manqués, il n’était pas auprès de sa fille pendant toutes ces années, quoi de plus douloureux que d’avoir été éloigné du fruit de son sang et de sa chair aussi longtemps? mais mieux vaut tard que jamais? …..

des hommes qui se torturent d’avoir fauté, de ne pas avoir été la hauteur, mais qui sont ils pour vouloir être des surhommes?
jørgen se trouve pitoyable, hurle son désespoir, maudit sa faiblesse, ne se rend t il pas compte combien il a été fort pour sa famille en lui apportant amour, confort et éducation? un homme certes aux valeurs conservatrices et machistes mais à la bonté et la générosité évidentes
jørgen se battra tant qu’il lui restera du temps pour ce qui lui importe, accomplir la mission dont il s’est investi quitte à en être machiavélique et manipulateur, il ne veut que le bonheur des siens
il aura cette phrase lors de son anniversaire : “tous les amis, les connaissances, ceux qui ont une place dans notre cœur, c’est le temps passé avec eux qui compte” qui résonne et atteint, oui le temps est précieux, il file si vite et l’on a tendance à gâcher si facilement ces tranches si fugaces, on court, encore et encore, faute de temps, des fois l’instant présent avec ceux que l’on aime suffit à remplir une vie, une famille pour se construire des souvenirs et un passé, un socle solide et fiable

être à la recherche de ses racines, que ce soit de l’autre côté d’un océan ou dans sa propre maison, retrouver sa source pour suivre après le cours de vie, se laisser aller à la rencontre de cet autre, de ce père qui pourrait être le mien, inconnu et mal aimé, il reste si peu de temps mais même qlq semaines, jours, heures, minutes suffiront, tant que je le vois
au moins une fois

www.efterbrylluppet.dk

[1] si vous aimez les films d'action et surtout les james bond, il était le Chiffre dans le dernier opus
[2] aperçue dans l'excellent "princess" dans le rôle de la jeune mère, réalisé par anders morgenthaler www.princessmovie.com

crétine des alpages

Posted in perso by artpasnet on 1 January 2007
2007

2007

Corée, mon coeur est à l’est

Posted in cinema, manwha by artpasnet on 4 December 2006
casterman

casterman

je continue ma saga coréenne (‘hanlyu’ [1]) avec le collectif composé de dessinateurs français et coréens pour l’album “corée” [2]
suivant le même procédé que celui de “japon” [3] initié par frédéric boilet [4] en 2005-2006 : invitation de six dessinateurs français en territoire asiatique pour une expérience inédite et pour en raconter une histoire sur la ville où ils ont été hébergés
cette fois ci ce sont catel, igort, guillaume bouzard, hervé tanquerelle, vanyda et mathieu sapin qui ont rejoint à séoul des auteurs coréens de générations différentes à la belle notoriété au pays du matin calme, les bandes dessinées en corée s’appellent des ‘manwhas’, les premiers datent de la fin du XIXè siècle, et la déferlante a commencé en france l’année dernière…
les productions coréennes sont comparables aux japonaises : riches, diverses et pléthoriques, tous les genres sont abordés avec tous les styles possibles, les dessinateurs qui ont participé au projet “corée” sont des célébrités mais attachent une importance à un point de vue exigeant sur leur travail, une sensibilité unique et surtout une démarche d’artisan, un amour passionné pour leur art
j’aimerais vous faire découvrir ce qui fait l’originalité d’un tel ouvrage et ses richesses, certains thèmes sont chers aux coréens et sont traités de différentes manières selon que l’auteur se sente proche ou pas
toujours est il que le ressenti à chaque fois est le même : une grande bouffée d’émotion m’assaille quand je lis leurs histoires, qu’elles soient fictives ou réelles, car ce qui compte c’est ce qui se dégage de l’histoire, l’impression que l’on vous laisse quand on referme le livre, le souvenir doux amer persistant

dès la première histoire “le faux pigeon”, lue dans le bus, j’ai été émue, choi kyu-sok aborde avec une grande pudeur le thème de la détresse humaine et l’exclusion sociale que vivent les sans abris, séoul où les gens se perdent, ville tentaculaire qui n’a plus de dimensions humaines, les gens sont écrasés entre les tours et sous les crédits, la frontière entre le citoyen intégré le clochard rejeté est ténue, on bascule si facilement dans la précarité, un faux pas, on dévie du chemin tout tracé et la société vous oublie, vous devenez transparents tout d’un coup, vous n’avez plus aucune valeur, si on vous remarque ce sera avec du mépris ou de la méfiance, une peur pour le petit confort que vous menaceriez en vous approchant, où chaque individu cherche à trouver sa place, une lutte au quotidien pour continuer, quand certains ont laissé tomber, équilibre fragile entre dignité et résignation… la pauvreté qui vous pousse vers l’anonymat, on oscille entre pitié et compassion, puis devant le poste de télévision on oublie, on minore la gravité… dans “cendrillon” de park heung-yong la situation des nécessiteux est traitée avec encore plus de discrétion, des petits détails fusent pour rappeler au lecteur que beaucoup vivent encore dans le dénuement, pas si loin des grandes villes, et même au sein des cités on les chasse
cela me rappelle le film “occupe-toi bien de mon chat” de jung jae-eun où trois jeunes femmes se débrouillent pour s’en sortir dont une à bucheon non loin de séoul, dans un bidonville avec plans système D, la pauvreté est omniprésente mais masquée, on passe son chemin pour l’éviter, ne pas en prendre conscience, et cela m’avait choquée en étant à séoul, j’y ai croisé bcp de mendiants et surtout des vieux pauvres, qui essayaient de vendre des bouquets d’aromates, des paquets de mouchoirs, des chaussures ‘caoutchouc’ pour 2000– (env. 2€), ils en étaient réduits à ce moyen de subsistance, la violence de la pauvreté face à soi en est plus rude avec le contraste de l’opulence de la ville, des vitrines luxuriantes et de l’indifférence des passants qui vous contournent soigneusement

où la rencontre entre les français et les coréens suscitent des questions et des comparaisons, le choc des cultures comme l’écrit si bien catel “la confrontation des grandes et des petites différences” dans “dul lucie”, on constate que les gens veulent tjrs ce qu’ont les autres, les asiatiques des cheveux clairs et bouclés, des grands yeux et la peau blanche, les occidentales des cheveux raides, des yeux en amande et la peau hâlée, etc… mais c’est surtout une tendance aux resemblances contraires qui prendraient corps en un prototype de la femme idéale véhiculée dans la société, une uniformisation du physique et un lissage des cultures qui se font lentement mais sûrement où les spécificités s’atténuent dans le métissage, la richesse paradoxalement se dissolve…
où chaque individu aime ses repères, malgré sa volonté de découvertes et d”exotisme’, il aime à retrouver un environnement qui lui soit un peu familier, que ce soit dans le capitalisme avec ses multiples boutiques de luxe, on ne reniera pas les bienfaits, voire les vertus de ce capitalisme, on s’en arrange surtout quand c’est moins cher que chez soi, le message universel qui passe tjrs très bien est l’argent, dans “oh pilsung korea!” les frère et soeur confrontés à un marchand peu amical, leur fait comprendre qu’il veut savoir s’ils achètent ou pas, une attitude glaciale qui témoigne de la motivation pécuniaire et du mythe de la chaleur des coréens avec autrui… car les coréens ne sont chaleureux qu’avec ceux qu’ils considèrent comme des congénères (coréens qui sont nés en corée et qui y vivent) ou les touristes occidentaux bien identifiés (peau claire…) qui ramènent des devises…
et oui, les coréens sont de farouches xénophobes surtout concernant les coréens qui ont quitté le pays, pour travailler ou pour avoir été adoptés, la réinsertion temporaire ou permanente y est d’autant plus compliquée, qu’ils vous rejettent dès qu’ils vous ont repérés, la richesse de la double culture, ce n’est que foutaise, c’est censé rassurer celui qui n’en a pas et qui rêve de cette prétendue richesse, la double culture devient même un problème, on vous témoigne incompréhension, rejet, méfiance, on vous ostracise, les racines ne sont un alibi que génétique, lorsque vous arrivez en corée, on vous coupe le cordon, chacun chez soi, c’est violent, je l’ai vécu et cela m’a été confirmé lors d’un rdv avec goal [5] où ils m’ont expliquée la tâche ardue à laquelle ils étaient confrontés quotidiennement pour trouver aux adoptés un appartement, un travail, les démarches administratives complexes etc… que soient loués ces braves gens qui essayent de faire évoluer les mentalités coréennes, par exemple en faisant parler davantage du statut de l’adopté ou celui des parents qui ont abandonné leurs enfants, la première journée nationale de l’adoption s’est déroulée en mai dernier quand j’étais à itaewon (base militaire américaine et quartier des expatriés à séoul), ce fut une soirée chargée en émotions où tous témoignaient de leur douleur, dans “oh pilsung korea!” vanyda décrit bien le désarroi que vivent le frère et la soeur dans ce pays qui n’est pas le leur, ou leur identité est confuse et ils ne savent pas à quelle culture se raccrocher réellement

aussi l’Histoire est quasi omniprésente, son empreinte, son impact, le conflit fratricide de la guerre civile hante des générations, même les plus jeunes, igort dans “lettres de corée” l’évoque très bien dans ses différents portraits ou catel dans “dul lucie”, les coréens demeurent très affectés par une guerre des fois qu’ils n’ont pas vécue directement, mais toute famille a eu au moins un membre touché par les événements tragiques qui ont scindé la corée en deux, des milliers de familles ont été séparées, les sentiments restent forts et exacerbés, le traumatisme est tel que les coréens ont été muets longtemps, maintenant la parole se libère, les gens témoignent, les coréens s’expriment, une sorte de délivrance, le poids d’un fardeau qui ne devrait pas être le leur, une psychose entretenue qui frise la rigolade dans “beondegi” où sonamu veut faire tester les masques à gaz à michèle dans le métro séoulite, ambiance garantie quand vous voyez derrière les vitres les combinaisons, les masques et toutes les consignes de sécurité quand vous arpentez les quais, on sent que la tension est tjrs présente, même si impalpable
toute personne que vous interrogerez sur la guerre de corée saura vous raconter une anecdote, un souvenir, une rumeur… même si le visage de la corée n’est plus le même depuis une cinquantaine d’années, les blessures sont là, le bruit des bombes et des cris, qui me font penser aux peintures de tadanori yokoo [6] traumatisé lui aussi lors de la seconde guerre mondiale, le plus étonnant est cette mémoire extrêmement vivante qui perdure chez les jeunes, je me rappelle que mes parents adoptifs (français/algérien) entretenaient une fausse rivalité entre ma copine hee-song et moi, simplement parce qu’elle était du nord et moi du sud, on était à 8791km de tout cela, c’était fini depuis longtemps (1953) et on trouvait le moyen de nous empoisonner la vie avec ça
j’ai réalisé dernièrement que cette Histoire n’était pas la mienne, grâce à une personne qui m’est chère, je devais écrire et continuer ma propre histoire, que ce soit ici ou là bas…

deux récits très proches dans leur lien avec la Nature, et surtout l’arbre, “l’arbre de  solgeo” de lee doo-ho et “le pin” de lee hee-jae qui me rappellent “l’orme du caucase” de jirö taniguchi, une grande force émane de ces deux histoires, arbre comme témoin de l’Homme, fidèle et mutique compagnon de vie, reflet de pouvoir de l’Homme sur la Nature, mais aussi comme miroir, deux visions très intéressantes, et qui reflètent bien la mentalité asiatique concernant l’environnement, ou aussi dans “cendrillon” de park heung-yong, le vieillard rappelle à l’enfant qu’il n’est pas un animal car il porte des chaussures, et que ces chaussures dictent sa conduite, où il va… (si vous avez envie de faire un rapprochement avec forrest, pas de problème…) aussi est abordé en filigrane la faim, la convoitise des enfants pour un melon, j’ai écrit longuement dessus et sur le ’seo ri’ dans l’article de “the host” (02.12.2006), je ne m’y attarderai pas dessus malgré la gravité de la situation qui perdure

deux autres histoires qui pétillent de drôlerie et sont très amusantes “un rat au pays du yong” de hervé tanquerelle et “opération capitaine zidane” de guillaume bouzard, autant l’une est presque muette que l’autre très bavarde, on y décrit subtilement la culture coréenne par des animaux facétieux ou des personnages barbouzés, un vrai plaisir de découvrir leur point de vue français sur mon pays natal

tandis que les deux dernières histoires “lapine” de byun ki-hyun et “il tombe une pluie fine” de chaemin sont plus profondes et en même temps décrivent avec précision les affres des sentiments, deux sensibilités : une masculine et une féminine qui content avec justesse les doutes, les inquiétudes, le désarroi, la frustration de leurs héroïnes, où l’accès au bonheur fait partie des préoccupations des protagonistes, les moyens mis en oeuvre pour l’atteindre
aussi où il est mis en exergue la solitude que ressentent les héroïnes, face à leur famille, ou leur conjoint, ou la société, une solitude cruelle, dont les sentiments sont tronqués, car l’obligation familiale fausse tout, ou le rôle convenu de la femme est de satisfaire les désirs de l’homme, où l’on ne s’occupe plus des uns et des autres, délaissés et abandonnés, on doit s’en sortir seuls, la Nature laissera sur le carreau les plus faibles, les moins débrouillards, séoul la jungle urbaine
où la famille pilier et valeur sûre pendant des générations s’est dissoute dans l’individualisme, le confucianisme ne faisant son office moral que lorsque cela arrange, les ancêtres, les aînés sont relégués à l’état de reliques et d’antiquités dont on a du mal à se débarrasser, leurs souffrances à être isolés, une petite mamie se lamente dans “il tombe une pluie fine” d’être un fardeau et de ne plus se déplacer comme elle le souhaite, détail qui me rappelle ce que j’avais écrit sur les ‘vieux’ à propos d’une nouvelle de tahar ben jelloun et leurs besoins de bien vieillir sinon cela ne servirait à rien d’avoir une longue espérance de vie
de grandes solitudes, des petites tragédies que l’on ne voit pas… deux portraits saisissants de bravoure et de courage, mais pas ceux que l’on voit dans les films où ça explose de partout, non celui du quotidien, celui qui vous pousse à vous lever chaque matin et à continuer, à affronter la vie, dans ses joies et ses peines, pour rester soi, pour rester humains, pour vivre tout simplement…

voilà un tour d’horizon de ce magnifique recueil qui m’a suscité une foule d’émotions et de réflexions, certes longues, mais qui valaient le coup de s’y pencher plus qu’un instant, juste pour se remémorer le goût de la glace au melon, et la moiteur à fleur de peau ce printemps là…
un beau travail d’auteurs, qui ont mis leur talent au service de tranches de vies subtiles, un éclairage mesuré et magnifié d’un pays plein de contradictions
la corée, malgré son éloignement physique, je me suis aperçue de la proximité affective que j’éprouvais pour elle, dans les bons et mauvais côtés de ce sentiment ambivalent, j’en ai pris conscience récemment, suite à la lecture de “corée” c’en est devenue une évidence

[1] vague coréenne
[2] http://bd.casterman.com/isbn/2-203-39643-1
ISBN 2203396431

http://data.magicsquare.be/ouvrages/2203/396/2203396431_0g.jpg

http://www.sakka.info/news_detail.php?newsid=1596

[3] http://bd.casterman.com/isbn/2-203-39626-1
[4] http://www.pointscommuns.com/lire-commentaire/lecture/frederic-boilet/52148.html + liste de qlq titres dans les dernières réactions pour que vous ayez qlq pistes de lectures si vous souhaitez découvrir les mangas japonaises et les manwhas coréens
[5] http://www.goal.or.kr
[6] http://www.tadanoriyokoo.com

http://www.sicaf.or.kr/2006

http://catelcouleurs.free.fr

http://www.igort.com

http://www.pastis.org/jade/cgi-bin/reframe.pl?http://www.pastis.org/jade/bouzard2.htm

http://vanyda.free.fr

http://www.dooholee.com (?)

http://bd.casterman.com/bio/castParkHe

http://bd.casterman.com/bio/castKyu-sokCh

http://bd.casterman.com/bio/castKi-hyunBy

http://bd.casterman.com/bio/castLeeHe

ce monstre qui sommeille en nous

Posted in cinema, politics by artpasnet on 3 December 2006

bong joon-ho

bong joon-ho

park hie-bong est un grand père usé mais aimant, il a trois enfants gang-du simplet narcoleptique qui tient le snack familial au bord du fleuve han, nam-joo athlète de haut niveau en tir à l’arc qui manque de confiance en elle et nam-il le seul ayant étudié mais qui ne trouve pas de travail
leur vie est centrée sur la fille de gang-du la collégienne hyun-seo qui se lamente d’avoir un téléphone mobile obsolète
lors de son retour au snack elle est enlevée par un monstre surgissant du fleuve han, provoquant terreur et panique dans la population
aussitôt les autorités coréennes et américaines prennent la situation en main, mais avec brutalité et sans discernement, la famille park va tenter de retrouver hyun-seo coûte que coûte

quand on regarde l’affiche, on s’attend à un ersatz de film d’horreur avec grosse bestiole effrayante, que nenni… bien au contraire, c’est un film surprenant à tout point de vue, autant dans la forme que dans le contenu
un film mélangeant les genres et ne se prenant pas au sérieux si l’on reste en surface, cependant à y regarder de plus près, il foisonne d’idées fulgurantes et de détails cinglants, une satire politique en filigrane et un discours profond sur l’unité du peuple coréen

ça commence mal et ça pose le cadre, les états unis sont les oppresseurs : dans un laboratoire d’une base militaire américaine le professeur américain intime à son assistant coréen kim de déverser tous les flacons de formaldéhyde dans l’évier car les bouteilles sont sales, il se plaint que les coréens n’aient pas autant de largesse d’esprit que leur fleuve han a en largesse de lit…
malgré les avertissements de l’assistant kim, le professeur fait valoir sa supériorité et l’oblige à s’exécuter, des litres vont polluer le fleuve donnant naissance à des espèces hybrides dont un monstre inconnu

deux ans plus tard, en juin 2002 les choses n’ont pas l’air d’avoir changé, chacun vaque à ses occupations et on suit le quotidien de la famille park, la petite hyun-seo illumine la vie de sa famille, adolescente innocente et adulée, elle est celle qui n’est pas encore atteinte par les affres de la vie, cependant elle connait déjà les frustrations de son âge, et du haut de ses 13 ans elle revendique des caprices que son père gang-du essaye de satisfaire
gang-du est largué mais attentionné avec sa fille, il l’aime plus que de raison, comme il n’en a pas il passe pour l’abruti de la famille, il économise chaque won, de là à voler dans la caisse du snack pour offrir un nouveau téléphone mobile à hyun-seo, afin qu’elle ne se sente pas lésée devant ses copines
car hyun-seo sent bien que sa famille est un peu décalée, à la journée portes ouvertes de son collège son oncle nam-il n’a pas daigné se présenter sobre, il noie son mal être dans l’alcool car sur ses épaules reposaient l’avenir de la famille, alors qu’il reste désespérément chômeur et se détruit à petits feux
cependant, le petit plaisir de la famille est de regarder la chaîne MBC pour suivre nam-joo en compétition de tir à l’arc, elle aussi sur ses frêles épaules, est chargée une trop grosse pression, elle manque de peu les plus hautes marches du podium faute d’assurance et de trop d’hésitation, la trajectoire de sa vie n’est pas aussi rectiligne que celle de ses flèches décochées
le grand père hie-bong veille à la cohésion de sa famille malgré les différences et les griefs de ses membres, en lui dispensant amour et tolérance
il n’est pas anodin que le réalisateur bong joon-ho s’attarde sur le portait de cette famille désunie, révélant l’état actuel de la corée, coupée en deux par l’Histoire et les Hommes, il est de bon ton et c’est largement partagé superficiellement que la corée se doit d’être réunifiée, il faut penser à l’unité et la fraternité des siens, qu’ils soient au nord ou au sud, un même peuple, une seule famille, thème récurrent dans la fiction coréenne, il pourrait paraître aux yeux d’un occidental une surenchère mièvre et écoeurante de tant de bons sentiments
en fait non, il n’y a pas tant que cela des bons sentiments, c’est à la surface, le vernis qui s’écaille, car au dessous, ce que ressentent beaucoup de coréens sans oser se l’avouer c’est que l’on a du mépris l’un pour l’autre, pas de la haine certainement, mais une incompréhension croissante s’est instaurée entre les coréens du nord et du sud, savamment nourrie par les autorités coréennes,  américaines et chinoises
une situation qui n’a ni queue ni tête, un monstre larvé au fond de ces coréens qui sentent cette dualité : rejet/attraction, on a envie d’être ensemble mais on a peur, le choc est trop grand entre deux cultures devenues artificielles alors que les origines sont les mêmes, le fossé s’est trop creusé profondément, le nord vit encore au temps du moyen âge, et le sud s’est précipité dans la course à la modernité et au capitalisme ravageur, autant pour la réunification des deux allemagne cela avait été éprouvant mais les deux moitiés n’étaient pas dans un antagonisme total, ici en corée la tâche paraît insurmontable, les efforts surhumains, le rêve utopique et éloigné de toute réalité

autre détail édifiant dans la culture coréenne, et qui est encore plus tragique : au début du film on voit un petit garçon se-joo tenté par les friandises de la famille park, son grand frère le ravise, mais cela ne les empêchera pas de piller le snack abandonné après les attaques du monstre et de s’arroger le droit de se servir dans les provisions, au lieu de voler leur argent, aussi lorsque se-joo et hyun-seo se retrouvent au fond des égouts, ils se soutiennent pour tenir contre la faim qui les tenaille, ils pourraient dévorer les cadavres que dépose le monstre, mais leur dignité et leur courage vont les pousser plutôt à utiliser leurs dernières forces pour s’en sortir, plus tard la famille park réunie dans le snack dévasté s’offre un repas frugal de nouilles instantanées, le rituel en est perturbé lorsque hyun-seo apparaît auprès d’eux, la table se transforme alors en festin virtuel pour la nourrir de lamelles de viandes, de nouilles appétissantes et de légumes savoureux, penser à elle et la soutenir en la nourrissant même en rêve…. c’est une des scènes les plus perturbantes du film, ou encore quand le grand père hie-bong raconte les carences alimentaires de gang-du, le rendant mentalement attardé, subies lors de son enfance faute d’attentions et de moyens
je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de voir bcp de films sur la corée, mais j’avais emmené les enfants voir deux petits bijoux pour leur âge “oseam” et “jiburo“, la faim y est très présente, autant l’appétit de vivre que la faim qui noue l’estomac à en avoir des brûlures et des vertiges, ils avaient compris en surface ce que la faim pouvait signifier mais ils étaient encore trop petits pour appréhender concrètement le terme de ‘famine‘, des enfants qui ne connaissent que le quatre heures sanctionné ou le dessert subtilisé en guise de punitions, ne peuvent comprendre ce que signifie la saveur et la texture d’une maigre pomme de terre que l’on vous concède par pitié car vous n’avez que la peau sur les os, et de toutes façons ce ne sont pas des soucis de leur âge…
et ça ne devrait jamais l’être… en ce sens où le peuple coréen a été durablement et gravement affecté des entrailles jusqu’au coeur par la famine, un étau qui vous emprisonne la raison et délie les plus violents sentiments, on tuerait pour cette patate! les enfants ne devraient pas connaître la faim, ils ne devraient pas en mourir, la détresse de se-joo est d’autant plus flagrante que ce qui compte c’est survivre, l’épilogue du film en est bouleversant, où il préfère se concentrer sur son repas que de regarder les informations de la télévision divertissante
car savez vous ce qu’est le ‘seo ri’?… c’est un droit spécial que l’on accorde aux enfants affamés de se nourrir en volant dans les champs par exemple, vous rendez vous compte que l’on a institué cela dans les moeurs coréennes??? alors qu’ici un vol de pain dans une boulangerie déclenche une polémique certes, mais surtout une condamnation à la prison! la faim et la famine ne devraient pas exister, assurément, mais elles ont été le levier de pouvoir des dirigeants autoritaires autant au nord qu’au sud, et toujours les mêmes victimes, la population exsangue et affamée que l’on mène à la baguette, le grand frère de se-joo le rassure en lui expliquant le ‘seo ri‘, pour qu’ils ne culpabilisent pas de dépouiller la famille park, cette même famille qui malgré cela détient des stocks de nourriture ne s’alimente que précairement, on voit gang-du manger un tentacule de calamar en cachette, alors que c’était une commande du snack, le client s’étant aperçu qu’il manquait un tentacule sur les dix attendus s’en plaint à hie-bong, ce dernier réprimande son fils d’avoir succombé à la tentation, malgré celle ci il faut faire preuve de dignité et de décence, mais voilà avoir faim c’est indécent!

où il est aussi question d’occupation, physique et psychologique, ‘the host‘ peut être entendu de toutes les significations possibles, ‘the host‘ le monstre porteur d’un virus improbable, ou la corée hôte des états unis pour qui elle représente l’un des derniers vestiges et bastions de la guerre froide, la guerre civile qui divisa la corée en trois ans de conflits fratricides sanglants s’acheva en 1953, les deux parties se regardant en chiens de faïence avec pour maîtres la chine et les états unis, officiellement les deux parties se livrent tjrs au combat, mais elles sont maintenues en laisse par la diplomatie et la politique de ‘containment‘ des états unis, ces derniers ont pris d’assaut la péninsule, en y installant leurs moeurs, en y instaurant leur culture, en y imposant leur présence, en y régentant leur bon vouloir, un cinquante et unième état…
certes la corée du sud ne s’en serait pas sortie aussi vite sans l’aide logistique et financière des états unis, mais ce pays a réussi plus rapidement que prévu à rembourser totalement l’emprunt du FMI et à être autonome et compétitif économiquement, la question de l’occupation américaine ne devrait plus se poser malgré les petits soubressauts nucléaires de kim jong-il, ils pourraient rendre l’indépendance à la corée du sud, mais en tant que bons samaritains les états unis ne peuvent pas laisser la corée seule, ils doivent veiller à leur rôle de gendarme du monde, en cela est mis en lumière dans le film avec l’exemple du sergent donald white qui secourt les civils lors de l’attaque du monstre, mais surtout lorsque les autorités américaines déclarent que la corée est incapable de gérer la situation de crise, au lieu de prêter main forte, elles prennent les rênes des armées, gèrent l’information, la manipulent et se donnent le droit de répandre de l”agent jaune‘ éliminant tout élément biologique à des dizaines de km à la ronde
parce que la famille park résiste, elle rentre dans la clandestinité et se voit surveillée, poursuivie, même par ses confrères qui la trahissent pour le grand frère américain, il faut juguler les mauvais éléments, et la corée est un vaste terrain de jeu où l’on peut jouer à la balle au prisonnier
la critique acide s’attaque juste à la façon qu’ont les états unis de se comporter, pas dans leur intention réellement, car la famille park montre que face à la puissance de frappe militaire et technologique des états unis, elle sait mieux atteindre le mal, le monstre, dans le sens de la débrouille ils savent réagir face à la confusion avec pour moteur son amour pour hyun-seo
le peuple coréen est très meurtri par ce qui pourrait apparaître comme un détail mais pour exemples : la loi des quotas des films en corée du sud [1] , au départ on garantissait au cinéma local de promouvoir un % minimum de films, avec les relations houleuses et d’asservissement entre la corée et les états unis, faisant valoir leur hégémonie commerciale et idéologique, ces derniers ont perturbé la production cinématographique locale pour leur garantir un circuit de distribution et de diffusion des films américains, donc les coréens ne peuvent décider par eux mêmes de leur propre fonctionnement, même culturel (et in fine économique), aussi ‘l’aménagement‘ des noms de famille coréens par la prononciation américaine [2], vous aurez remarqué qu’il y a bcp de kim, park, choi, jang, lee, baek… prenez ‘park‘ et ‘lee‘, à l’orthographe vous les avez tjrs vus écrits ainsi, il y eut une subtile adaptation pour faciliter la prononciation des envahisseurs parce qu’avant ces noms étaient chinois, et au vu des amours passionnées et passionnelles entre la chine et les états unis… les ‘li‘ et ‘pak‘ de référence ont cédé la place à des mots connus américains… stupéfiant de bêtise! on leur enlève leur connotation chinoise pour faire croire que ce sont d’authentiques noms coréens, sauce américaine édulcorée, vous n’étiez pas convaincus du lavage de cerveau? j’espère que maintenant, si…
alors oui, ça pourrait être facile et simpliste de dresser un tableau à charge sur nos chers comparses outre atlantique, mais il faut se rendre compte des dérives possibles qui ont un impact non négligeable sur une population entière et sa culture, sous le joug d’une idéologie (et la russie n’a pas fait mieux du temps de l’urss non plus, il y a des ‘méchants‘ partout, et les français sont aussi de la partie,  la liste est décidément trop longue…), le réalisateur nous le rappelle, simplement…

formellement le film est plutôt bien ficelé, the orphanage incorporation a bien maîtrisé les effets spéciaux du monstre, “alien” à côté c’est le summum du truc dégoulinant à grandes dents, ici le monstre a de grandes mandibules et des yeux vitreux, il fait assurément son petit effet…
ce qui est surtout rafraichissant c’est le ton employé, le décalage ressenti, les contrepoints surprenants, le mélange d’humour au ridicule, au sordide et au doux amer, c’est détonant, le réalisateur bong joon-ho manie les effets comiques avec habileté, on peut en rire comme on peut frissonner, où l’on voit arriver la grosse ficelle de la peur et le réalisateur nous retourne avec une pirouette cocasse, un énorme travail sur le son, les effets de calage pour nous surprendre davantage, un choix de la musique déroutant, aussi une grande mixture de genres différents, et toute une palette de registres qui se croisent et se superposent
une petite réjouissance tenant aussi aux acteurs, certains fétiches du réalisateur que vous avez déjà croisés si vous avez vu le dérangeant “memories of a murder“, on y retrouve song kang-ho (un de mes acteurs favoris avec choi min-sik et jang dong-gun) qui malgré sa bouille d’illuminé attardé arrive tjrs à imposer une grande présence, park hae-il (l’inquiétant suspect du précédent long métrage de bong joon-ho) et byeon hie-bong, des acteurs qui abritent tous un monstre dans leur personnage, une lutte intérieure, intéressante à voir

je ne peux que vous conseiller d’aller le regarder en tant que divertissement pur, ou pour une plus profonde réflexion sur la société coréenne, en pleine mutation
après avoir commencé une saga japonaise, je vais m’atteler à une coréenne (effet ‘hanlyu‘ = vague coréenne, espèce de raz de marée culturel observé ces derniers mois en france notamment mais dans le monde entier également), j’y évoquerai le sublime collectif “corée” chez casterman et le superbe livre de photos “dprk” de philippe chancel prochainement

http://www.thehost.fr

http://www.thehost.co.kr

http://myspace.com/thehost_lefilm

[1] http://www.incd.net/docs/Newsletter36F.htm
[2] http://lettres.univ-lemans.fr/fdl/n17/n17.htm

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7 ans

Posted in cinema by artpasnet on 30 November 2006
jean-pascal hattu

jean-pascal hattu

… comme la durée moyenne de la relation d’un couple ou la durée de la peine pour un braquage à main armée …

maïté aime vincent & vincent aime maïté
vincent est en prison pour 7 ans, leur quotidien s’organise autour de son incarcération
jean est fasciné par vincent, jean séduit maïté, elle lui cède et le prend pour amant
de cette relation fragile et bancale naît un jeu pervers entre eux trois, lorsque maïté apprend que jean est gardien de prison et que c’est vincent qui a souhaité cette relation, tout bascule pour elle

un film qui va au delà du marivaudage amoureux classique, un trio pas si infernal ou convenu qu’on le croit au prime abord
trois solitudes : vincent est celui qui est enfermé physiquement, qui est punit et qui subit, seulement maïté est enfermée elle même sentimentalement, elle se raccroche aux miettes qu’on lui laisse de vincent, tandis que jean qui est censé être le mieux loti ressent un vide violent en contradiction avec ce que lui apporte la relation à vincent et maïté
trois espaces enfermés : la prison comme bocal inhibiteur où un être change sous la contrainte, la voiture dans la campagne comme boîte à secrets d’une sexualité bridée entre deux amants, le pavillon de maïté et vincent qui renferme l’amour passé, la nostalgie d’une époque heureuse puis mécanisée par les aller retours de maïté
trois visions de l’amour : la résignation de maïté forcée d’accepter et d’attendre celui qu’elle aime, la confiance de vincent à précipiter dans les bras de maïté un jean instrumentalisé, l’abnégation de jean à vouloir exister aux yeux de vincent et d’éveiller le désir en maïté

un film qui s’applique à ne pas tricher, à dévoiler un pan méconnu des relations humaines dans le milieu carcéral
tout y est dépeint avec minutie sans ostentation, des petits détails qui décrivent le manque et l’absence : les sens exacerbés comme indicateurs de vie et d’espoir ténu, lorsque maïté repasse soigneusement le linge de vincent, elle y applique du parfum “heure bleue” pour qu’il la sente auprès de lui, le lit conjugal vide et froid au fil des nuits, maïté qui hume le survêtement porté par vincent comme un doudou adulte substitut auquel se raccrocher, le silence et le mutisme, les mots rares et maladroits échangés comme des bouées jetées dans leur océan de solitude
la description de la prison, ses codes et ses protocoles, les stéréotypes malmenés que l’on a des surveillants : le gardien de la salle des visites qui referme une à une les portes des parloirs avec lenteur, un rituel précis et annonciateur d’émotions contenues, la surveillance des matons à l’oeil aux aguets pour réguler les élans amoureux des couples, les petites faveurs accordées d’une douche salvatrice quand on est dans leurs petits papiers, les fouilles méthodiques pour rappeler qui est le maître en ces lieux…
aussi nourrir l’amour, entretenir le désir : maïté se maquillant pendant l’appel au droit de visite des conjoints, se faire belle pour celui qui n’entrevoit plus que le ciel, toucher vincent subrepticement et lui donner sa culotte comme vestige de la féminité, gestes dérisoires comme des appels désespérés à une sexualité et un amour condamnés, le temps comme facteur de renonciation aux plaisirs terrestres, claquemuré vincent utilise jean pour garder maïté qu’il aime, mais jean c’est lui donner sept ans pour lui faire l’amour et la connaître

jean-pascal hattu c’était d’abord la rencontre avec andré téchiné, on ne pouvait pas rêver meilleure introduction en ce cénacle cinématographique, il s’est forgé une expérience de réalisateur avec des courts métrages et des documentaires pour “strip tease”, “7 ans” est son premier long métrage
une réussite, renforcée par son oeil précis de journaliste et sa vision humaniste perfectionnée lors de ses documentaires, une grande place est faite aux acteurs, à leurs silences et la violence de leurs sentiments, leurs contradictions et leurs faiblesses, des portraits dépeints toute en délicatesse sans jugement et sans parti pris, laisser la vie se faire, nous regarder nous débattre entre le désir et l’amour, se laisser porter par les événements, le hasard provoqué
un metteur en scène qui ose l’audace par le sujet : il ne lui était pas permis de venir enrichir son propos en recueillant le ressenti des détenus sur la question du couple, la gestion de la séparation, les sentiments relégués à des épisodes hebdomadaires de qlq minutes… un trop gros tabou pour l’institution carcérale alors il a glané les informations auprès de compagnes de détenus et de sa propre expérience
le tournage a été plutôt bref, 24 jours qui condensent une histoire universelle de l’amour mis à mort par la tentation, car ce qui hante quand on est enfermé et éloigné de l’être aimé c’est la peur de sa perte, ce sujet qui raccroche à la réalité, au dehors, à la vie… jusqu’où peut on aller pour prouver son amour, tester l’autre, lui infliger son désarroi et son impuissance? un cri d’amour maladroit et muet, une perversion entre des êtres fragiles et fragilisés par la machine carcérale, la prison comme obstacle et lieu de toutes les frustrations où les fantasmes ont libre cours

un premier long métrage séduisant et porteur de beaucoup de sensibilité, une oeuvre qui augure le meilleur pour la suite
un brin d’humanité surgit entre les pierres froides de la maison d’arrêt, mais derrière ses murs des coeurs battent, des yeux se rivent au ciel, dans l’attente d’une rédemption, d’un exutoire, d’une main qui se tend…
un secret espoir d’un lendemain qui chante…

sortie fin février 2007

http://www.pyramidefilms.com/pyramideinternational/FilmFch.php?monFilm=287

http://www.jphattu.com
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il n’y a pas de mal à se faire du bien

Posted in cinema by artpasnet on 8 November 2006
john cameron mitchell

john cameron mitchell

bon sang de bois bandé, cela faisait depuis longtemps que je n’avais pas vu un film aussi ‘décomplexant’ et décomplexé sur la sexualité humaine
le public y va pour la curiosité à assouvir et le voyeurisme à nourrir, mais le résultat est au delà de toute espérance…

des vies entrelacées entre le couple homosexuel que forme jamie mitchell et james baysden, le docteur sofia lin et son mari rob, la dominatrice severin dans un new york traumatisé, post 09/11
parcours croisés à la recherche du bonheur, du plaisir, de soi, par le prisme du sexe, du plaisir et de l’inattendu, le rire et l’émoi sont au rendez vous dans l’underground interlope de manhattan
manhattan, île triste et meurtrie, cache en son sein des solitudes aux quêtes obscures, les temps sont durs et la grande panne d’électricité de 2003 en est un symptôme bien plus révélateur que n’importe quel crash attentat… mais c’est sans compter ces personnages qui vont égayer cette île en lui apportant de nouvelles couleurs, un espoir longtemps refoulé

on pénètre dans la salle de bain de james qui se filme, il enregistre son quotidien pour l’offrir en testament à son alter ego jamie
entre dépression et pilules jaunes et bleues, james ancien prostitué, et maître plongeur au palestra gym club réalise l’absurdité de sa vie, l’idée de mort subite et soudaine le pétrifie
arrêté en plein vol, il s’enfonce peu à peu, comme sa verge en bouche après une gymnastique ardue, son mal être va en grandissant lorsqu’il évoque de s’essayer à autre chose dans son couple avec jamie, compagnon incrédule et possessif
après leur thérapie de couple avortée, il tente avec jamie une aventure avec un jeune éphèbe du nom de ceth, il jette dans les bras de son amoureux ce cadeau providentiel pour mieux partir et le quitter

le docteur sofia lin est un médiateur conjugal : arranger les petits problèmes des couples fut une révélation grâce à son mari rob bénévole, malgré cela ça ne fait pas d’elle une épouse comblée sexuellement, son mari et elle ont beau essayer les différentes positions du kamasutra avec passion, l’orgasme reste inconnu dans sa vie de femme, les vibromasseurs et la nuisette ne pouvant suppléer à cette lacune non plus…
invitée par james et jamie à une soirée près des docks de l’hudson à greenwich village, elle rentre dans un club, le ’shortbus’ tenu par justin bond, gourou travesti et maître de cérénomine d’une faune bigarrée de marginaux, un ‘freaks show’ des déviances et de l’anti conformisme
elle assiste à une partouze enjouée et euphorique où l’adage est “du sexe, pas des bombes”, une attitude post hippie partagée par les convives, choquée sofia se réfugie dans un gynécée improvisé où les lesbiennes se confient, elle y avoue que la course effrenée à l’orgasme la dépasse, qu’elle simule car c’est une pression morale sur son couple, une épée de damoclès sur l’idée du bonheur et du partage
dans son couple on se dit tout, ou presque, en séances de yoga tantrique on se congratule, on essaye de trouver le positif pour désamorcer une situation de crise, mais elle contient sa frustration tant bien que mal

severin est une fille en colère qui canalise sa hargne en étant maîtresse SM, faire souffrir les autres pour ne pas souffrir elle même, son plaisir inexistant dans les relations humaines s’est mué en catharsis d’autrui, à coups de fouet elle se soulage en soulageant la victime, dont jesse est l’heureux élu consentant, fils à papa bavard, il jouit du pouvoir factice qu’elle exerce sur lui jusqu’à en éjaculer sur une toile de pollock accrochée au dessus du lit
son truc à elle c’est de garder des tranches de vies, seul lien qui la rattache au monde réel, par de petits polaroïds elle vole ces instants et griffonne dessus l’idée qui en émerge, des petites fenêtres ouvertes sur la réalité où plonge son imaginaire, sa vie se résume à un boxe grillagé, sorte de clapier misérable car new york est au dessus de ses moyens
mais severin a un problème au delà de son look bad girl, de son statut de dominatrice mal assumé, et de son bagoût, elle s’est créée cette identité pour camoufler qui elle est, ses vrais nom et prénom, renier une partie de soi l’éloigne des autres, elle se cherche, une vie, une voie…

ce petit monde en un seul lieu, un havre de paix et d’amour, mais ‘Amour’ avec un grand A, il ne s’agit pas du sentiment fleur bleue, mais du sentiment universel qui prend la forme de la compassion, comme de la tendresse, du désir, de la passion, de la complicité… chacun y cherche sa conception du bonheur, au ’shortbus’ les masques tombent, se faire plaisir et donner du plaisir, aucune inhibition, ici la liberté d’être soi, la liberté d’aimer pour seuls engagements
le ’shortbus’ est à l’origine une catégorie de cars où l’on transporte les attardés mentaux, les handicapés, les anormaux, les laissés pour compte de la société américaine sectorisée…
le sexe comme moyen de se sublimer, d’être encore plus humain, l’expression de son amour pour la vie, une partouze de communion des corps et des esprits, ce superbe sourire qu’a une jeune femme pendant le coït une marque indélébile de joie, ce signe qui ne trompe pas, le sexe pas seulement en exutoire, il ne s’agit pas de pénétrer pour pénétrer : une conscience de nos corps, de ce qu’ils peuvent apporter, se recentrer sur soi et l’autre, cet autre miroir qui renvoie nos désirs et nos pulsions
le lieu des confidences et des secrets, le lieu où l’on peut tout oser et se dire, sans jugements, un passage libérateur où toutes les excentricités sont permises, un déclic pour nos personnages autour desquels gravite une pléiade de portraits tout aussi attachants, comme ceth qui essaye de trouver l’âme soeur avec son yenta, petit logiciel qui reconnaît le partenaire idéal selon qlq critères et l’avertit s’il est à proximité, il va alors rencontrer un vieil homme touchant, cet homme d’expérience aura le propos le plus émouvant de ce film, un dialogue entre ces deux générations d’une rare intensité, bouleversant…
aussi le voisin de james et jamie qui les épie et les photographie est amoureux de james, il va chercher à sortir james de sa torpeur, de le ramener parmi le monde des vivants, l’optimiste de l’histoire celui par qui la volonté transcende tout mauvais sentiment
un mélange subtil d’émotions pures et de sensations, du rire, beaucoup de rires, et des larmes… la chair y est belle, les corps même énormes sont beaux, les regards y sont importants… des détails, des angles, des paysages invitent à différents niveaux de lectures, un film à l’apparence simpliste : on baise et tout le monde est heureux, mais au propos profond : chaque humain, quelle que soit sa complexité a ses strates, son vécu, ce bagage qui fait ce qu’il est mais qui peut s’en délester quand ce boulet devient trop lourd, la solution n’est pas magique, les épreuves sont là et à surmonter si l’on veut franchir ce cap, voir au delà et de l’autre côté, le bonheur n’est jamais loin il suffit des fois de se bouger et de tenter
des petites scènes d’anthologie dans ce film égayent ce petit télescopage d’individualités : la séance de thérapie entre james, jamie et sofia des plus revigorantes, la partie à trois entre james, jamie et ceth qui se donnent à des exercices de géométrie corporelle en chantant l’hymne national, exercice de musculation de sofia dans les toilettes…

“shortbus”, un film enfin original dans son traitement de la sexualité, une ode à la jouissance, pas seulement physique, l’humain vu dans sa globalité et originalité : son sexe, ses sentiments, son histoire, sa vie… j’ai eu mes petits moments forts, les plus intimistes du film en fait, un petit rappel de johnathan caouette qui m’avait bcp touchée dans “tarnation”, l’histoire de james y fait écho, avec une délicatesse et une violence mêlées, un hommage sublime pour un ami de la part de john cameron mitchell
sa démarche peut paraître ambitieuse et malvenue, trop de surenchère de chair, trop d’exhibitionnisme, personnellement je ne me suis pas attachée au visible, voir en effet des êtres enfin heureux dans le sexe oui ça fait du bien, les histoires d’amour ne finissent pas toutes mal en général, cela ne signifie pas pour autant que l’on ne peut pas s’autoriser à lever le voile sur de vrais jouisseurs, non, en fait devrais je écrire ‘hédonistes’, ceux qui font le pari sur la vie d’une existence meilleure parce que voulue, celles et ceux qui y croient encore, malgré justin bond qui se lamente “c’est comme dans les années 60, l’espoir en moins”, bien au contraire, la lueur est toujours là dans la pénombre, le bonheur est à portée de main
le new york rêvé en est l’exemple le plus significatif : un arc en ciel de lumières éparpillées autour du coeur brisé du world trade center et de son poumon le central park, dans chaque maison, un être, dans chaque être une possibilité…
la musique y a aussi sa place, yo la tengo en invité discret et mélodique, une chanson sublime composée par scott matthew “in the end” [1] interprétée par justin bond à la fin est sidérante de beauté…

bon, je ne vais pas vous déflorer ce film inventif et réjouissant, je vous laisse le plaisir d’y aller, seule(e) ou accompagné(e) et de vous délecter… laissez vous porter, si vous êtes séduits tant mieux, sinon vous aurez eu un petit moment de récréation dans cet automne bien morose…

vive le sexe !

http://www.shortbusthemovie.com

http://www.shortbus-lefilm.com

[1]"In the End"

Here they are, but I'm not sure on the second line. Anyone know it?

We all bear the scars.
Yes, we all feign a life (?).
We all sigh in the dark;
get cut off before we start.

And as the first act begins,
you realize they're all waiting
for a fall, for a flaw,
for the end.

There's a path stained with tears.
Could you talk to quiet my fears?
Could you pull me aside,
just to acknowledge that I tried?

And as your last breath begins,
contently take it in,
because we all get it in
the end.

And as your last breath begins,
you find your demon's your best friend.
And we all get it in
the end.

collaboration Batterie magazine

Posted in music, photo by artpasnet on 1 October 2006
n° 28 octobre 2006

n° 28 octobre 2006

photos de cyril atef

pour un grain de riz = une petite bombe

Posted in politics by artpasnet on 1 October 2006

8791 km paris-pyongyang… pas grand chose.. il faudrait treize X un scud D pour nous atteindre et nous pulvériser, donc on peut dormir sur nos deux oreilles
je suis née à pusan, premier port de la partie sud de la corée, manifestations, révoltes, complots fleurissaient de part et d’autre du 38è parallèle nord, deux sortes de dictateurs, deux mondes hermétiques
pour mon premier anniversaire, la tête de park chung hee éclata sous les balles de revolver de kim, directeur des services secrets coréens, un petit complot fomenté avec ju son bras droit pour mettre fin à la dictature masquée de cet homme qui s’est fait élire après un putsch, démocratie étonnante…

et si on faisait la même chose à kim jong il? fils de kim il sung, dictateur de la partie nord de la corée, il a voulu attirer l’attention des occidentaux en faisant éclater son pétard, effet mouillé à mon sens, il les a effrayés certes, sentiment de panique disproportionné, menaces, interventions… georges w. bush veut tout de même en passer par la diplomatie avant d’envoyer ses troupes, histoire de ne pas réitérer les campagnes croisades d’afghanistan et d’irak, il voulait la syrie, il aura la corée du nord, l’axe du mal, oui le Mal!!!!!…

dans ma paradoxale philantropie nihiliste, cela ne me gênerait pas du tout qu’un agent quelconque aille occire le fils kim… (oui, ils s’appellent presqe tous kim, l’agent brad pitt serait capable de se tromper en plus…) je ne le pleurerai pas, et je m’en réjouirai même
je suis dégueulasse de penser un truc pareil? bah oui, je n’ai aucun état d’âme avec cela, pas qu’il y en ait qui méritent de crever et d’autres de vivre, mais bon quand je vois qu’il est si facile pour UN homme d’actionner un petit bouton pour faire exploser sa petite bombe qualifiant cela ‘d’événement historique’ c’est du même acabit que mini me dans austin powers…
ce qui me fait peur n’est pas qu’il soit capable d’envoyer voltiger ses bombes sur le japon, la corée du sud et san fransisco, mais plutôt que personne n’ait réussi à l’arrêter, légalement ou pas, on a eu akayesu, milosevic, krajisnik à la barre du tribunal pénal international, pourquoi pas kim jong il?

cet homme continue le culte de la personnalité instauré par son père kim il sung, ce dernier a une grande et imposante statue “le juché” qui brille même la nuit, comme le phare d’alexandrie pour ces petites âmes coréennes perdues, affammées
propagande, embrigadement, autarcie (en évolution, samsung et coca cola ont implanté leur commerce), on veille au grain, au grain de riz surtout, ce n’est pas tant l’aide humanitaire qui aura fait réagir la population, car elle n’en a pratiquement pas vu le moindre grain! abandonnée par son ‘révérend dirigeant’ et délaissée par les rares occidentaux qui voulaient détourner l’embargo et s’arroger le droit d’ingérence, la population se meurt, grandes valeurs, idéaux politiques, ils ne connaissent même pas michael jackson, le comble! ils ont de quoi remplir leur vie : travaux, travaux, travaux… les trente cinq heures, une hérésie! les congés payés, mais vous êtes fous!

quelques milliers de nord coréens ont tenté de rejoindre la partie sud en passant par la chine, des salauds sino-cyniques les ont dénoncés et reconduits en enfer, certains sont parvenus au soit disant paradis, ahhhh ces petits parvenus de capitalistes individualistes qui ne connaissent pas les bonnes vertus de la solidarité et les chants populaires marmonnés dans les champs, les coréens du sud sont les enfants du diable, le dictateur n’était pas si mal il les comprenait, ses enfants du peuple!
malgré une cellule d’aide aux nord coréens, ils ne s’adaptent pas et sont de nouveau abandonnés dans leur grand désarroi, très peu arrivent à s’intégrer à ce choc social, politique, idéologique… rejetés par ces petits sudistes xénophobes, il y en a qui veulent même repartir, quelle bande d’ingrats non mais des fois
la crainte d’une réunification entre les deux parties est partagée, alors que beaucoup rêvent de cette réunification, seulement ce n’est pas gagné, rien à avoir avec l’allemagne, un antagonisme entre le nord et le sud de la corée est beaucoup trop important pour permettre à ce fantasme de se réaliser, mais le veulent ils vraiment?

ban ki moon récemment nommé comme nouveau secrétaire de l’onu pour 2007 arrive en terrain miné, déjà s’occuper des affaires étrangères de la corée du sud, ce n’était pas de la tarte entre la corée du nord, les rixes, petites bagatelles, avec le japon et la chine pour quelques massacres de ci de là, mais alors avoir à gérer toutes les bisbilles de la planète c’est le sucide assuré pour cet homme à l’apparente placidité
je lui souhaite bien du courage, s’il s’était occupé des courjault et de leur nouvelle variété de sorbets, cela aurait été plus aisé, une petite vérification adn des parents infanticides et hop en prison! c’est sans doute sordide mais cela aurait été plus vite résolu il pourrait en ce moment siropter du soju aux bahamas…
j’attends de voir ce quil va faire, comment il va s’en sortir face au dictateur, si ça se trouve kim jong il va nous ramener de derrière les fagots un arsenal digne de tout bon dictateur, quelque chose qui soit encore plus radical que les millions de morts de famine, chirurgical et avec dommages collatéraux si possible, si on pouvait faire aussi bien que les détracteurs…
personnellement, avec un nom arabe et une mère française, le quotidien ne m’est pas évident dans une société régie par une petite paranoïa et peur nourries par les média en pré période électorale, mais au moins je me dis que je suis bien contente d’être arrivée en france il y a 27 ans, des fois on ne mesure pas la chance que l’on a….

 

 

 

ps : le livre de guy delisle est très intéressant, vu par les yeux d’un occidental, dans un environnement déroutant, son expérience professionnelle sera des plus étonnantes, il est parti l’année dernière en birmanie (myanmar), il me tarde de lire son prochain ouvrage sur ce pays
“kim-jong il, dictateur nord- coréen” de michael breen
http://www.coree-culture.org
http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/coreedunord
aussi les articles de devalpo, ramonet, durand, le guelte, cumings…

la limo vous attend, en route!

Posted in cinema by artpasnet on 27 September 2006
wang chao

wang chao

wuhan, la chine centrale vous accueille à bras ouverts au sortir de votre traversée sur le yangtze et la han, le paquebot libère ses pèlerins, des myriades de chinois peuplent la capitale du hubei, parmi eux li qi ming qui arrive de la campagne, hébergé par sa fille yanhong, il est à la recherche de son fils xue qin

ne vous fiez pas à la mélodie engageante de xiao he, ces petites notes guillerettes de xylophone si entraînantes, comme une douceur acidulée, le goût sera amer
li qi ming semble perdu dans cette gigantesque ville, fraîchement débarqué sur la baie, la ville l’assaille, sa bouée de sauvetage : une petite voix fluette l’interpelle, sa fille yanhong l’extirpe de la rumeur du port, il est admiratif devant sa fille devenue une belle jeune femme, qu’il compare à une vedette de télévision
li qi ming lui raconte que la santé de sa mère décline due à un cancer de l’utérus, et sentant la fin approcher, elle aimerait voir son fils, yanhong lui suggère de s’adresser au policier wang pour lui faciliter les recherches
yanhong héberge son père dans un petit appartement qu’elle partage avec a li, deux filles dans un si petit espace : deux lits à baldaquins avec des voiles, des posters de stars chinoises, de la lingerie suspendue au travers du salon improvisé, le père s’en contentera
lorsque li qi ming se rend au commissariat pour trouver le policier wang, sa quête peut enfin commencer, il a amené une photo de xue qin, ensemble ils sillonnent la ville, dans les quartiers où le garçon aurait pu aller, on les suit dans leurs recherches, li qi ming est reconnaissant de l’aide de wang, celui ci lui avoue qu’il vient de prendre sa retraite mais qu’il est enclin à faire le nécessaire, deux hommes bousculés par la vie et si semblables dans leur peine, une complicité silencieuse naît entre eux
yanhong n’a pu rester auprès de ses parents à la campagne, elle a préféré quitter le foyer pour s’en sortir à wuhan, elle a atterri l’année précédente dans un palais des plaisirs, une armada d’escort girls vous accueillent et bruissent autour de vous, vous incitant à les accompagner dans un salon privé avec karaoke pour se saôuler et dépenser
yanhong est la dulcinée de he ge le gérant du palais, asservie à son statut protecteur et à son argent sécurisant, elle crée l’esclandre lorsque celui ci l’appelle pendant un rdv avec tang, furieux, le client oblige yanhong à rester et boire, elle rejoint malgré tout he ge pour le satisfaire, elle en profite pour lui apprendre qu’elle est enceinte de lui

des fois un titre cela ne tient qu’à un détail infime dans l’histoire, ici “voiture de luxe” prend tout son sens, tragique, dans le récit feutré, l’alcôve des voitures qui transportent nos personnages, ces personnes qui pensent savoir où elles vont et s’égarent, s’écartent du chemin, ou prennent une autre direction…
des choix qui mènent sur une route improbable, le père li qi ming a quitté wuhan après ses années d’études à l’université, il a tenu des propos contre révolutionnaires, en guise de punition il est placé en campagne (cf “balzac et la petite tailleuse chinoise” pour celles et ceux qui l’ont vu), c’est avec une certaine nostalgie qu’il redécouvre wuhan après quarante ans d’exil, il a refait sa vie et est devenu instituteur à son grand bonheur, il n’aurait pas souhaité quitter sa campagne
tandis que sa fille yanhong ne se serait pas imaginée être une favorite dans un bordel, à l’apparence fastueuse et respectable, une poule parmi d’autres pour satisfaire les clients, au rdc les salons privés pour chanter et boire, à l’étage les couches… elle essaye de faire comprendre à son père qu’en ville les relations de couple ne sont pas les mêmes , l’amour et le mariage sont deux choses différentes, le mode du badinage est plus trivial aux yeux du père
il a envie de faire confiance en he ge, dépassé par la nouvelle d’une éventuelle paternité, il est le seul à profiter de l’usage de yanhong sans préservatif, ce dernier essaye de paraître le gendre attentif et serviable auprès de li qi ming alors qu’il cache un lourd secret, cet ancien prisonnier reconverti en maquereau mafieux sera rattrappé par ce passé trouble

pour qui ne connaît pas la chine, c’est une belle entrée en matière, un oeil contemplatif qui se nourrit des beaux portraits, des paysages glauques urbains… le conflit des générations parents/enfants, de l’espace clos et ouvert ville/campagne… les chinois au quotidien avec les petits commerces, les bateaux arrimés, et les petits plats aux délicieux fumets… on part à la découverte d’une ville, une mentalité, une atmosphère, on se laisse immerger dans ce bain de foule dense, des anecdotes et des indices historiques contés par l’instituteur ou géographiques par le policier, où l’on apprend un peu plus sur les rêves des chinois : réussite dans une ville pleine de promesses, le désenchantement de la ville jungle, partir à shenzhen, ville fantasmée pour atteindre hong kong, symbole de liberté et d’émancipation (cf l’ouvrage de guy delisle chez l’association), où l’on perçoit les invisibles protocoles entre les individus, les traditions malmenées par la révolution culturelle et l’évolution des moeurs, un film riche…
un des plus beaux passages est cette conversation entre le père et la fille dans la chambre, leurs coeurs s’ouvrent et leurs regards se perdent, l’un est plein d’espoir, l’autre en pleine désillusion

un récit délicat et tendre qui émeut sans manière et sans pathos, les visages y sont essentiels, leurs expressions bouleversantes…
un film subtil, plein d’humanité dans son aspect sombre comme lumineux, une très belle découverte !

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l’amour à mort – la puissance de la chair et du coeur

Posted in cinema by artpasnet on 27 September 2006
nagisa oshima

nagisa oshima

abe sada est une ancienne prostituée reconvertie en serveuse dans une auberge de tokyo, elle tombe amoureuse de kichizi ishida, le gérant de l’établissement
naît alors une passion dévorante et exclusive entre les deux amants qui consument leur relation en jeux de plus en plus morbides jusqu’à l’issue funeste relatée dans les faits divers de mai 1936

dire que cela aurait pu être l’un des derniers films de nagisa oshima, bien lui a pris de continuer, pour être reconnu au delà de l’archipel pour ses oeuvres engagées et controversées, ce film aurait pu sonner le glas d’une belle carrière cinématographique…
certains et certaines peuvent avoir une perception vertigineuse de la sexualité nipponne après avoir vu ce film, la passion destructrice ici contée est universelle si je puis me permettre, que ce fait divers sanglant ait eu lieu au pays de soleil levant ne doit pas cristalliser des moeurs ‘forcément’ déviantes et transgressives
en matière de pellicules maculées de perversions, les cinémas italien, américain et autres ne sont pas en reste avec “orange mécanique”, “venus in furs”, “singapore sling”, “salo”… ce qui a pu choquer à l’époque ce sont les coïts filmés au plus près, ne cachant ni le pubis ni la verge, cette dernière aurait pu être dissimulée hypocritement, car il était tellement facile d’exposer seulement la femme dénudée, c’en était banal, voire normal…
ici et maintenant, ce sont les corps nus de l’homme et la femme, leurs sentiments dévoilés et leur folie narrée; plus qu’un conte érotique, ce film est une photographie des moeurs au début de l’ère showa

être prostituée n’était pas bien vu, mais toléré, et des fois très recherché, seulement abe sada ne peut fuir son passé, pour se débarrasser d’un mendiant embarrassant qui l’a reconnue, elle accepte de se découvrir pour le soulager, même vieux, sale et repoussant, que peut on refuser à un homme qui n’aspire qu’à quelques minutes de vain bonheur? en bonne japonaise, elle s’exécute avec une empathie des plus naturelles
abe sada, outre sa beauté particulière et son tatouage de scorpion à l’oreille gauche, pourrait être une maîtresse comme les autres pour kichizi, il n’était pas rare que l’homme marié trompe sa femme avec les domestiques ou les employées, seul comptait un niveau apparent de respectabilité et de bienséance, toute relative toutefois…
l’homme, son statut social, son autorité de sexe fort, tout lui est donc permis, kichizi s’autorise à user de son pouvoir sur sada, la fouillant et la faisant se soumettre, la femme japonaise intimidée, mais dont le rituel est rôdé ne fera que s’offusquer d’abord puis s’incliner, que pourrait elle faire d’autre que de courber l’échine? la dominée contre le dominant? pas si sûr…
s’abandonner à l’ivresse de la chair, ce n’est pas si déplaisant, surtout lorsque l’on convoite l’objet de toutes les attentions, s’agit il d’amour? de la possession certainement, inverser les rôles : et la femme sera le maître des passions, asservissant pour son bon plaisir l’homme, finie la petite japonaise servile qui annonnait à kichizi qu’elle était là pour le satisfaire
car l’homme, dans sa supériorité morale et sexuelle, inspire le dégoût, kichizi fumant sa cigarette pendant que sada lui prodigue une fellation appliquée, ne restera pas ainsi longtemps, prise de conscience de sada? “quelle drôle de fille” dit il… oui, plus qu’il ne le croit, lorsqu’elle lève son regard vers lui la tâche accomplie, sa soumission s’écoule autant que le sperme qui s’échappe le long de sa joue
mais sada maîtrise t elle vraiment la situation? il ne suffit pas de se marier en cachette et de séquestrer son amant pour s’assurer de son emprise sur lui, de l’épuiser sexuellement, ne lui donnant qu’en répit le refuge des toilettes… s’il ne peut subvenir à leurs besoins, la femme devra s’en aller pour nourrir cette idylle clandestine avec un vieux professeur qui la paye pour quelques faveurs
cette relation aussi doit être passée sous silence, il n’est pas convenable qu’un professeur respectable soit vu avec une prostituée, cependant il n’aura aucun état d’âme pour passer quelques nuits en sa compagnie
la fin de la femme-objet ce n’est pas pour maintenant… accessoirisée au possible évidemment, seule finalité : le plaisir du maître, lors du mariage de sada et kichizi, on ne rechigne pas à appeler quatre geishas et une maïko pour le divertir, il fallait au moins tous ces bouts de femme… son oisiveté quotidienne est rythmée de saké et de chants, plusieurs geishas se relayent variant le plaisir de la voix et de la voie (…)
sada et kichizi sont ils heureux en fait? on pourrait le croire, une femme transie de passion pour son homme, s’adonnant à la luxure abondamment cela comblerait n’importe qui, mais sada est possessive, jalouse, érotomane, elle pousse l’exotisme de leurs ébats dans des jeux sado masochistes de plus en plus violents, kichizi se prête en victime consentante, le regard mêlé de peur et d’abnégation, il ne vaut mieux pas courroucer une femme amoureuse…
jusqu’où cela ira t il? de sourires et rires complices à la strangulation brutale et l’émasculation punitive, il n’a fallu que quelques semaines à sada pour transformer sa passion en obsession maladive, l’ivresse de la jouissance de plus en plus sadique, l’homme donnant sa souffrance pour sublimer l’orgasme de la femme, la douleur mêlée au plaisir, sentir sa chair vivante et stimulée par les spasmes, on dépasse petit à petit les limites, par amour que ne ferait on pas? ayant pris kichizi au mot quand il lui a offert son corps, elle ne peut imaginer son amant entre les jambes d’une autre pour la satisfaire, seule solution pour sada : garder pour elle ce qui symbolise son amour et sa passion, certes c’est quelque peu radical mais c’était sa seule garantie…

“l’empire des sens”, où chaque sens est sollicité : l’ouïe par les gémissements lascifs des cordes vocales des femmes et des cordes grinçantes des shamisen, la vue par les étoffes châtoyantes des kimonos de blanc virginal ou de rouge sanguin, les plans baignés par le soleil de fin de journée, le toucher d’une peau caressée par les écrins compliqués des kimonos, le goût de cet oeuf pondu ingénuement ou de ce légume épicé aux effluves intimes que l’on met en bouche pour savourer sa maîtresse, l’odeur ferrique du couteau et du sang comme ultime trace olfactive de l’amant mis à mort
un film esthétique, maîtrisé qui dépasse le voyeurisme attendu, ce n’est pas un film porno… la chair n’y est pas triste, bien au contraire, la chair est animée des sentiments les plus dévastateurs, les corps comme réponses aux désirs les plus violents
mais attention… c’est une histoire tragique qui nous est racontée, et non un manifeste à la castration de tous les mâles libidineux de cette planète…

tu le suces encore?

Posted in cinema by artpasnet on 16 September 2006
06 Septembre 2006

06 Septembre 2006

…ton pouce et t’as 17ans !?!?!?

justin cobb est un adolescent comme tous les autres, sa seule particularité, invasive et gênante, est de continuer à sucer son pouce lorsqu’il est stressé, contrarié, en colère…
son père mike, sa mère audrey et son petit frère joel sont impuissants devant lui et ne savent quoi faire pour l’aider
son orthodontiste perry lyman, conscient du problème, essaye une séance d’hypnose pour l’inciter à arrêter, en se focalisant sur un animal fétiche qui agirait comme un ange gardien, justin perplexe devant son spécialiste farfelu accepte quand même
il sort du cabinet métamorphosé, une nouvelle vie va commencer pour justin mais rien ne se passera comme il voudra…

comme “little miss sunshine”, les bonnes surprises de la rentrée, rafraîchissantes et acidulées, viennent des états unis (il n’y a pas que des films commerciaux à explosions, vaguement érotiques et au budget de 100 millions de $…)
j’avoue : j’y suis allée pour tilda swinton, que j’ai vue la première fois dans “war zone”, cela m’avait bouleversée à l’époque et je suis une inconditionnelle de tim roth, réalisateur du film (si j’avais pu lui sauter dessus quand il était venu au forum des images… je me suis juste contentée de lui faire du plat, aucune honte!!! *gniii*…) donc j’avais envie de la revoir, je l’avais bcp aimée dans “the deep end” et “broken flowers” entre autres, moins dans “narnia” et “constantine”
sur “thumsucker/Age Difficile Obscur” créditée également en productrice, je me suis dite que cela pourrait être intéressant de voir le regard d’une actrice dans le rôle (réel) d’une productrice, influence ô combien prégnante dans la réalisation d’un film, de plus c’était l’occasion de retrouver keanu reeves, qui ma foi, avec “a scanner darkly” révèle que c’est un bon acteur en fait…
un chouette petit film sans prétention qui esquisse le sourire au coin des lèvres et fait réfléchir sur notre propre existence, nos rêves sont ils compatibles avec notre vie d’adulte? vous voyez ce genre de questions, pas très extravagantes et qlq peu réchauffées, mais j’aime bien découvrir de nouveaux points de vue sur ce genre de problématiques, finalement tout le monde n’est pas blasé et déprimé, frustré d’avoir raté qlq chose dans sa vie, et à se venger par de petites bassesses les succès des autres, cela avec un regard amusé et attendri pour les personnages

sorte de film choral gravitant autour de justin, l’histoire nous dépeint par petites touches sa galaxie, sa famille, ses amis, puis ses rêves, ses doutes, ses angoisses
le personnage le plus mature dans le film est le petit frère joel, exaspéré de voir ce grand frère si empétré dans ses petits tracas, quand justin devient la star de la famille, joel confiera qu’il n’a pas eu l’attention de ses parents, monopolisée par justin et qu’il faut apprendre à grandir seul
le père, mike, lui est l’archétype du type qui avait un rêve, s’est brisé et est passé à autre chose pour ne pas se jeter par la fenêtre, la blessure qu’il a eue au genou l’a obligé à arrêter une carrière prometteuse dans le football américain et a épousé audrey, il ne sait même plus trop pourquoi, ils étaient jeunes… du coup il projette sur son fils, comme bcp de parents, ses aspirations, il veut être compréhensif avec son fils, souhaite son bien être et va jusqu’à le protéger, mais il est maladroit
quant à sa mère, audrey, il ne la comprend plus, alors que lui essaye d’être un adulte, elle plonge en pleine régression, elle tente de refaire sa vie pour se trouver… justin appelle ses parents par leur prénom, parce qu’audrey a peur de se sentir vieille, elle n’accepte pas que le décalage soit aussi flagrant, et que le boulot qui l’use le plus c’est de s’occuper de ses gamins, son truc à elle c’est être aux petits soins des toxicomanes, les aider à décrocher, elle se sent douée pour cela et elle l’est, mais son fils percevra mal ce dévouement à des étrangers, et croit qu’elle a une liaison avec matt schraam, star de télé sexy mais droguée, il la méprise parce qu’elle veut participer à un concours qui fait gagner une soirée avec cet acteur de pacotille, et elle ne manque aucun des épisodes de la série télé dont il est le héros avec un uniforme moulant de motard dans la police…
justin ne trouve pas le soutien qu’il souhaite au sein de sa famille, il s’égare dans une tocade de lycée avec rebecca, jeune fille intelligente et vive d’esprit, ils suivent le cours de geary pour conduire des débats, mais justin perd tous ses moyens devant rebecca, et elle, ça l’exaspère, elle le fuit et il se sent encore plus délaissé
alors justin pense que son orthodontiste qui fait office de confident saura plus à même à le conseiller, les effets de l’hypnose ne dureront qu’un temps, et justin, mesquin, se vengera de perry, quel ado teigneux quand il s’y met…
son professeur geary, avec l’appui du directeur de l’école, essaye de faire comprendre aux parents et à justin que la meilleure solution pour éradiquer le problème, et avoir de bons résultats pour entrer à l’université, est de suivre un traitement chimique (j’ai perdu mes notes et n’ayant pas de mémoire, je ne me souviens plus du nom du médoc cité…), les parents horrifiés, refusent d’abord, ils sont conscients qu’une molécule ne va pas faire disparaître l’origine du problème, juste les conséquences, masquer les symptômes du mal être de justin
mais ce dernier prend ses pilllules et justin se découvre un autre lui, de son défaut de concentration il est devenu une sorte de super actif du cerveau, bibliophage il s’improvise orateur à forte éloquence et impressionne geary, qui le lance dans des concours de débats

et là est tout l’intérêt du film, pas tant au niveau des personnages qui sont intéressants, mais derrière les situations et les dialogues, la description d’une société en crise, inconfortable avec ses rejetons, et qui propose des solutions tout aussi trompeuses que dangereuses : le jeunisme de certains quarantenaires, le recours à une palanquée de gélules qui vont tout régler miraculeusement, les ados livré à eux mêmes…
le film n’évitera pas certains clichés sur la jeunesse, l’intronisation de l’adolescent à l’âge adlute, le parcours initiatique semé d’embûches et de faux espoirs, la vie de john doe au pays du loser/winner, les rêves d’ado jetés à la trappe à cause du monde des adultes trop injuste!…

un film qui vous promet une belle tranche de vie dans une famille confrontée aux sempiternels états d’âme et questionnements existentiels, un beau moment à passer en sa compagnie, pas si banale que ça (même conclusion pour “miss little sunshine”), une belle découverte alors que dehors ce sont les éclairs et le tonnerre, mais tout le monde fait la même chose au final : on s’abrite ou on va chercher un ciré, bref il y a toujours une solution…
http://www.sonyclassics.com/thumbsucker

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conte moderne à taïwan

Posted in cinema by artpasnet on 15 September 2006
hsou hsiao ming

hsou hsiao ming

ah les ptites bluettes asiatiques, ça fait du bien de temps en temps…

aleï est le webmaster du site de ‘mayday’, boys band taïwanais adulé par des milliers de chinoises, il répond au courrier qu’envoient les fans
un soir, il reçoit un message de xuan, jeune fille vivant à harbin sur le continent, elle lui demande s’il connaît les ‘flocons de mai’, et lui se plante, c’est une fleur blanche à feuilles vertes issue d’un arbre “tung”
pour ne pas rester sur cette petite humiliation, il se fait passer pour ashin, le chanteur vedette de ‘mayday’ pour la séduire, commence alors une idylle virtuelle faussée où aleï pris au piège du mensonge accepte de rencontrer xuan

les deux adolescents de ce film sont touchants, vraiment, j’étais fascinée par la douceur qui émane du visage de xuan, mais c’est une douceur trompeuse, car en fait elle a un sacré caractère et n’est pas une midinette tombée de la dernière pluie
de cet amour virtuel va naître une relation bancale mais qui ne manque pas d’intentions sincères et de de déceptions inutiles… un film pour filles sans doutes, mais qui pourrait bien intéresser aussi des garçons qui veulent en savoir davantage sur cette partie du monde….
la description de la chine contemporaine en fond ne manque pas de sel, vous avez du lire des articles sur le second grand bond de la chine, nouvelle puissance économique avec l’inde, dépassant tous les pronostics financiers, c’est là où il faut être pour s’imprégner d’un univers en plein remous
les chinois connaissent les petits bonheurs et les profonds affres de la mondialisation, de la communication instantanée, et les millions d’internautes qui sont apparus sur la toile ont fait naître une nouvelle bulle à l’ère du web 2.0
les jeunes surtout, avides frénétiques d’ouverture sur le monde ont trouvé le canal idéal pour ’sortir’, ne nous voilons pas la face, la chine n’est pas encore le havre de paix et de libertés que l’on pourrait imaginer après la révolution culturelle, le pays est secoué de divers scandales : balance de yahoo d’un internaute chinois au gouvernement autoritaire, rattachement forcé, houleux et redouté de taïwan au continent…
autant de petits détails qui filtrent et bousculent notre perception de la chine actuelle, comment vivent les jeunes de maintenant? (il me sembe qu’il y avait un hors série sur cela dans le courrier international au printemps), le mythe du garçon macho y est ici passé à la moulinette, on y voit aleï s’occuper d’un mannequin couture dans son appartement et à l’usine, on le voit passionné et impliqué dans sa création, quant à xuan elle n’est pas la jeune chinoise soumise, mais plutôt nourrie de rêves et bien décidée à les réaliser, la culture occidentale aura t elle raison de leurs aspirations? la différence entre le continent et l’île, les accents, les mentalités, la distance par rapport aux institutions gouvernementales…

l’envers de la médaille du nouveau monde technologique, où ils apprennent tout bcp plus vite, aleï en se faisant passer pour quelqu’un d’autre rentre dans le jeu de l’avatar virtuel, mais xuan n’es pas dupe, elle va s’en amuser d’ailleurs, jeune fille fraîche de l’école de l’opéra d’harbin, elle connaît la rigueur, elle sait ce qu’est la discipline, mais aussi sa souplesse et sa grâce ne sont pas que physiques, toute aussi curieuse du monde elle l’explore à sa façon
lorsqu’elle propose un rdv à aleï à la librairire eslite de taïpei le 1er mai, lui croit qu’elle est de taïwan, en fait elle profite d’une tournée de spectacles avec son école pour retourner sur l’île, lui grand dadais timide et peu assuré, lui pose un lapin mais ne peut s’empêcher de rester sur place pour l’épier et voir qui elle est
en se faisant porter pâle, l’occasion de ce rdv devait permettre à xuan de retourner dans un lieu qu’elle chérit depuis sa petite enfance, elle aurait aimé qu’aleï la conduise à la chung station pour aller à shangshi, seule elle y va et lui la suit incognito, il découvre alors ce qu’est l’arbre tung en question, une forêt en guise de refuge où les arbres fleurissent en mai, évocation nostalgique de l’enfance et des souvenirs heureux, de cette façon elle se rapproche de son père, amer et replié dans le passé
plus tard, xuan démasque aleï et l’oblige à lui exaucer trois voeux : rencontrer le chanteur ashin, l’accompagner de nouveau à shangshi et venir voir sa performance au ballet
lors de leur petite excursion à shangshi, elle l’emmène voir une maison dans la campagne, intrigué aleï se laisse faire et pénètre dans les secrets de xuan, signalés en infraction, ils sont arrêtés par la police et obligés de s’expliquer au poste, ils sont relâchés grâce au témoignage d’une mystérieuse vieille dame, propriétaire de la maison visitée
des petits moments de bonheur volés au temps, xuan n’en a pas beaucoup, il faut qu’elle rentre à harbin, aleï sait qu’il est amoureux car il sent déjà le manque, mais préfère ne rien dévoiler, elle lui envoie un journal intime qu’elle avait tenu pour sa rencontre avec ashin, où elle a écrit que “deux mois virtuels ne valent pas une vraie journée”, déclaration indirecte de ses propres sentiments, elle lui laisse un petite calligraphie “les flocons de mai reviennent toujours”, aleï décide de retourner à shangshi pour revoir la vieille dame de la maison et percer le secret de xuan

“love of may” un beau film délicat, les sentiments naissants d’adolescents, la découverte de la nouveauté et de l’autre, une superbe parenthèse cinématographique et sentimentale en cette rentrée, je vous invite à le découvrir pour le dépaysement non seulement, et surtout pour la justesse de cette chronique sociale (beaux films aussi que j’ai aimés : “passages” “lu cheng” http://www.zootropefilms.fr/passages + “the passenger” http://www.thepassenger-lefilm.com)

hsou hsiao ming

hsou hsiao ming

attention : cette semaine, il n'y a qu'une copie en france et c'est à paris, la séance est tout à l'heure!
MK2 Hautefeuille 7, rue Hautefeuille 75006 Paris - Metro Saint-Michel en VO : Ven : 11:15

http://www.may-love.com

manipulation de la chair

Posted in cinema by artpasnet on 14 September 2006

je ne m’étalerai pas sur la polémique autour de jean claude brisseau concernant le dépôt de plainte de ses actrices, abusées lors d’essais érotiques selon elles

ici ce sera le film et lui, c’est tout

jean-claude brisseau

jean-claude brisseau

“les anges exterminateurs” un titre évocateur, brutal et annonciateur de drames
des extraits de messages codés diffusés à la radio lors de la seconde guerre mondiale en fond sonore, on est dans la chambre de françois et nathalie ensommeillés, deux anges veillent à ce que leur dessein prenne forme : précipiter françois dans le malheur
comme un doux présage, la grand mère de françois lui apparaît et le met en garde, françois n’y prête pas attention
lui ce qu’il veut c’est réaliser son film policier, un film ambitieux où il y aurait des scènes érotiques non feintes, il décide de rencontrer des jeunes femmes lors d’auditions dans son bureau pour dénicher ses futures actrices
trois d’entres elles : julie, charlotte et stéphanie vont s’investir totalement dans son projet et l’impressionner, quitte à le nuire, à saboter son oeuvre

jean claude brisseau, entouré d’une réputation sulfureuse, tient le discours du réalisateur qui veut faire passer un message, s’ériger devant la morale bien pensante bourgeoise du cinéma, et lui signifier que l’on peut trouver l’authenticité devant la caméra, il suffit de trouver les complices consentantes…
un film en mise en abyme, françois est jean claude, et vice et versa, le drame que vit le héros est celui que va vivre le réalistaeur à peu de choses près dans la réalité, spolié, calomnié, il fera fi et s’obstinera
un film ambitieux, oui, car brisseau veut montrer le sexe tel qu’il est, dévoiler l’intimité de l’orgasme féminin sans fard, ce tressaillement imperceptible tel une onde glissant sur la peau
il ne veut pas de professionnelles rompues aux coïts mécaniques, aux orgasmes simulés et amplifiés, il est à la recherche du trouble à l’état brut, de fraîcheur et de spontanéité, ce qui l’émeut dans le plaisir féminin, il souhaite le capturer avec sa caméra
l’affaire est délicate, le sexe on en parle n’importe comment, mais cela demeure toujours un sujet tabou, et qu’il est difficile de transposer à l’écran sans paraître voyeur, exhibitionniste ou opportuniste
françois veut s’assurer que les jeunes femmes sont conscientes de ce qu’il va demander, il se pose en homme à l’écoute et très empathique, c’est ce qui va le perdre
les anges de mauvais augure sont là et épient s’il va suivre le sentier de la perdition, la grand mère implore leur compassion, mais leur mission est décidée

lors du casting, françois fait la connaissance de plusieurs femmes, il veut tester leur sensualité, leur aisance devant son regard car il faudra travailler avec toute une équipe après, s’assurer que ces femmes seront assez motivées pour aller jusqu’au bout, il cherche la transgression qui rend l’acte plus véridique et particulier : la première raconte qu’elle a été très excitée de voir deux femmes faire l’amour dans une boîte échangiste et qu’elle aurait aimé être à leur place, mais de là à passer à l’acte devant la caméra, non, elle lui dit qu’elle est touchée parce que françois écoute et aime les femmes; la deuxième refuse, la troisième est timide, la quatrième est catégorique, la cinquième a peur, la sixième est choquée, la septième est dubitative
jusqu’au moment où l’un des anges incite une jeune femme blonde pas très gracieuse à aborder françois dans un café, elle s’appelle julie et est très entreprenante, dans une chambre d’hôtel elle lui montre comment elle jouit, il n’est pas convaincu, elle retente avec une boule de geisha, il est fasciné par la transformation des traits de son visage submergé de plaisir, il enregistre la séquence et aspire à ce que le résultat dans le film soit aussi troublant; une neuvième se présente pour demander de l’aide dans son mémoire et avoir l’avis de françois, elle souhaite savoir si elle est assez sexy pour son copain, on assiste avec françois à une mascarade pathétique et ridicule de la part de cette jeune femme qui ne se rend compte que trop bien à la fin de l’incongruité de sa démarche
au café il croise rebecca (les traits d’un des anges), elle lui avoue à quel point son arrogance après avoir obtenu son premier rôle grâce à françois lui a fait perdre les notions d’humilité et de labeur, sa voix et son regard m’ont quelque peu clouée sur place (je suis très, voire HAUTEMENT réceptive à la féminité et aux charmes particuliers de la femme, je serais un homme je banderais 24h/24…)
puis françois rencontre une dixième jeune femme, céline actrice X, la tête bien calée sur les épaules qui lui explique qu’elle cherche l’orgasme inattendu et que plus c’est interdit plus elle aime, que les comédiennes font les putes pour décrocher un rôle, elle l’invective même qu’en tant que réalisateur il ne peut être neutre, il représente la figure paternelle, et que cela est aussi transgressif de s’imaginer baiser avec lui
à la onzième, l’ange souffle à françois de la choisir, charlotte, élancée comme une liane, yeux sombres, elle lui dépose son cv et ses photos mais il a fait son choix, elle le prend au dépourvu en l’emmenant au restaurant, elle l’invite à entrer dans son jeu lui proposant de se masturber pour lui en pleine salle peuplée, ils sont rejoints par julie pendant le dîner et elle participe en duo à exciter françois devant le regard gêné de la serveuse, cette séquence est des plus stimulantes, on ne voit pas les mains de charlotte et de julie, leurs regards, leur souffle indiquent leur émoi, la montée du plaisir, françois les dirige, et souhaite qu’elles ne jouissent pas
ils partent dans un hôtel pour improviser un essai, dans la pénombre on distingue les deux corps de charlotte et julie, complicité saphique qui se termine sur un canapé où elles jouissent, françois est aux anges (!) et les défie d’aller plus loin, de recommencer en laissant ouverte la porte du couloir, stimulées par les bruits, le son des pas qui se rapprochent, la cage d’ascenseur qui grince, elles s’adonnent une fois de plus au vertige, elles jouissent de nouveau devant les yeux émus de françois, il est convaincu qu’il tient les atrices parfaites pour son projet
mais deux femmes qui convoitent le même homme, malgré une complicité évidente, ne font qu’attiser la jalousie et la rivalité entre elles, elles se disputent l’attention de françois, jusqu’à ce qu’une autre jeune femme se présente à son bureau pour exaucer ses fantasmes et par la même occasion participer au film (serveuse du restaurant), stéphanie le bouscule, le provoque et l’entraîne à l’hôtel pour faire son essai, ils sont rejoints par charlotte et julie, toutes trois se livrent aux ébats les plus excitants qu’ait filmés françois
la configuration de ce nouveau carré érotique va les sceller à une destinée dramatique, malgré les avertissements de sa femme nathalie, françois s’égare entre les trois jeunes femmes et son film

l’interprétation de certaines de ces jeunes femmes ne sonne pas juste, le ton n’y est pas et cela gâche un peu le texte, cepdendant les séquences érotiques filmées sont saisissantes et vraiment troublantes, brisseau était déterminé à filmer leurs ébats avec sincérité, il demandait à ses actrices de tout lui donner, et de ne pas simuler, on aimerait bien croire qu’elles ont toutes joué le jeu… la photographie met en valeur leurs corps avec délicatesse et douceur, le grain de peau y est magnifié et caresse pour nous, le réalisateur ne peut toucher, et nous que regarder, pantelant(e)s mais le regard prodond et le timbre de voix chaleureux de françois (frederic van den driessche) sont suffisants pour me captiver….
présence très prégnante de la musique, alternance de scènes oniriques, voire surréalistes pour servir un film aux frontières floues et fuyantes où la présence des deux apparitions féminines en tant qu’anges sert de prétexte à la fatalité, pour moi elles ne sont pas les plus néfastes, les anges exterminateurs sont plutôt le trio infernal d’actrices, allumeuses qui perdent le contrôle, se croyant maîtresses et plutôt marionnettes dociles au plaisir, les femmes sont dangereuses lorsqu’elles n’accèdent pas à leur désir(s), frustrées le retour de bâton peut être aussi inattendu que violent (au propre comme au figuré)

sujet central sur lequel brisseau focalise : la représentation du sexe, laisser s’exprimer les fantasmes et les assouvir, les livrer au regard d’autrui afin de les partager, se les approprier, les vivre… seulement, tout le monde n’est pas prêt à les voir, les entendre… il est en quête de vérité, mais se bute à la part de non dit, à la simulation et à l’hypocrisie du milieu
au delà du postulat de cristalliser l’orgasme sincère, je suis perplexe non pas sur la démarche mais sur le résultat, son objectif est honorable, il est posé comme un scientifique du sexe (un kinsey de la caméra) mais je doute de l’investissement réel des protagonistes au sujet de l’orgasme authentique, je crois juste que dès le départ tout est tronqué, malgré les improvisations, tout est tout de même orchestré, directement ou pas… on a envie d’exister dans le regard du réalisateur, on se met en scène toute seule, la vraie naturalité du plaisir est de ne pas se savoir filmée et l’on s’abandonne réellement! dès lors aussi que l’on est avec son/sa partenaire, son regard suffit à nous enflammer et le contexte est tout autre…
il a tenu à livrer ce film pour mettre en lumière les difficultés à faire sortir les têtes d’autruche confinées dans le sable, moi je me suis dite qu’l est encore un peu naïf à penser que le sexe puisse être aussi bien véçu par tous et peut être partagé avec autant d’impudeur
sans doute est il très décomplexé avec sa propre sexualité et sait dire à haute voix quels sont ses fantasmes, mais la société n’avance pas aussi vite que lui sur la question, et quand bien même nous serions amenés à tout exposer, tout montrer, je crois qu’une part cachée peut être plus excitante que dénudée

substance Mort – elle aura votre peau !

Posted in cinema, litterature by artpasnet on 13 September 2006
richard linklater

richard linklater

XXIè siècle années 2010, anaheim californie
charles freck est envahi par les poux, il est convaincu d’être assailli d’aphides, de bestioles conçues pour le tourmenter, mêmes les douches répétées et la vaporisation systématique d’insecticides ne viennent pas à bout de cette invasion imaginaire, il se cherche des poux dans la tête… il appelle son ami jim barris, tire au flanc philosophico-scientifique de comptoir, pour qu’il l’aide mais ce dernier n’en a que faire
pendant ce temps là, à la convention des brown bear lodge chapter 709 members, l’agent secret fred évangélise le public contre les effets néfastes de la drogue “la mort lente” ou “substance M”, il y expose sa démarche pour infiltrer les réseaux de narcotrafiquants grâce à un complet brouillé, qui camoufle son apparence et sa voix des ‘freaks’ (drogués) et des ’straights’ (non drogués), toutefois il commet un écart lors de son discours et doit en répondre à son supérieur hank
seulement, fred a en tête donna hawthorne, dealeuse, dont il est amoureux et sa bande de copains : charles freck, jim barris et ernie luckman, tous toxicomanes à des degrés divers, mais ce qui préoccupe le plus fred c’est robert arctor
robert arctor n’est pas n’importe qui : c’est le copain officieux de donna, le pote de freck, barris et luckman et c’est surtout fred en civil, sans son complet brouillé, un toxico parmi d’autres qui travaille à temps partiel chez blue chip redemption stamp center
lorsque fred se rend à un entretien chez son chef hank, celui ci le notifie qu’il faut focaliser les investigations autour de robert arctor, et qu’un informateur aurait une piste le concernant, fred réalise alors qu’il doit se méfier de son entourage, de lui même, et de robert arctor… descente aux enfers de la drogue, de la paranoïa et de la schizophrénie

ce film est un exploit à double titre : pour la forme et le fond, adapter le roman de philip kindred dick n’était pas le plus aisé, j’expliquerai ci dessous ce qui est fidèle à l’oeuvre et ce qui ne l’est pas (pour les puristes rigoristes ça va faire dresser les cheveux), puis trouver une narration visuelle à l’histoire ce n’était pas évident non plus
en production ils ont eu la géniale idée de recourir aux talents de randy cole qui s’était illustré auprès de jørgen leth pour un remake de “l’homme parfait” en dessin animé, suite à un défi lancé de lars von trier en 2002-2003 (
http://www.films-sans-frontieres.fr/5obstructions, étant une inconditionnelle des danois, ce film est un bijou plastique et théorique!), j’avais été sidérée du travail accompli en animation, du rythme, des couleurs, de l’inventivité des plans et la fluidité de la narration, malgré que leth et von trier détestaient les dessins animés, ils se sont rendus à l’évidence que cole avait de l’or dans les mains (je vous recommande de le voir, au pire si vous ne le trouvez pas en rayons, je pourrais p.ê vous prêter le dvd)
bien leur en a pris donc de choisir randy cole pour mettre en forme “a scanner darkly”, que j’ai trouvé judicieux dans son aspect graphique, la grande maîtrise de l’animation fondue aux prises de vues réelles (rotoscopie) renforcent le trouble que peuvent vivre les personnages et que l’on voit au travers de leurs yeux, une implication totale du spectateur est requise pour s’immerger dans cet univers
ayant clooney et soderbergh en producteurs, je pense que le réalisateur n’a pas été trop lésé dans son champ d’actions, bien qu’apparemment le budget ait été serré, des fois cela stimule davantage pour trouver de meilleures idées et les concrétiser

par ailleurs, il y a des libertés qui ont été prises pour rendre l’oeuvre accessible sur grand écran, des arbitrages dans le scénario ont eu raison de pans entiers ou de la narration chronologique du roman, en effet quand on n’a pas lu le livre on découvre le film avec un certain parti pris, pas du tout incohérent loin de là, mais qui révèle quelques aberrations scénaristiques quand on y prête attention
de plus des personnages ont été agrégés pour éviter de perdre le spectateur en route, ou des ajustements et des détails anachroniques ont été réalisés
pour ceux (car en fait c’est quand même une majorité de garçons dans le lectorat de k. dick) qui sont les fervents lecteurs de cet auteur, beaucoup pourraient être déçus du remaniement opéré dans le film (un peu comme pour “le seigneur des anneaux” où il était impossible de tout aborder et retranscrire dans un film minuté, et oui les séances de plus de deux heures ça coûte cher en exploitation…) car comme moi certains doivent avoir des moments préférés dans le livre qu’ils ne retrouveront pas dans le film
autant donc sur l’aspect visuel il y a eu un travail conséquent, autant l’univers sonore et musical a été aussi très soigné, aux manettes des consoles et des instruments : dj spooky, graham reynolds, jack dangers et le groupe radiohead, subtil mélange de drum’n bass et rock pour rendre les atmosphères plus angoissantes, planantes ou électriques

je vous raconte un peu ce qui s’y passe livre/film au positif comme au négatif…
déjà ça commence de façon amusante, la transe frénétique (personnages du livre jerry fabin et charles freck ne font qu’un dans le film) sous sa douche traduit la névrose de charles freck, on vous met tout de suite dans l’ambiance, on n’est pas là pour vous vendre des éléphants roses, la drogue çe n’est pas fait que pour faire planer
belle trouvaille graphique lorsque l’agent fred revêtu de son costume brouillé, nous prend à témoin de ses atermoiments dans son scaphandre avec deux pastilles “live” et “HeadQuarters” selon qu’il parle en direct ou à son chef hank (adaptation d’époques, on est censés être dans les 90’s alors que le livre a été écrit dans les 70’s avec ses menus détails : cabine téléphonique => téléphone mobile…)
lorsque charles freck ou jim barris imaginent une arrestation par des flics ou un strip tease de serveuse, une petite bulle de bd apparaît (appelées “séquences fictions” dans le livre), petit détail mais qui est du plus bel effet au début du film, leur conversation insolite dans le snack où barris arbore un tshirt avec l’oeil qui voit tout, se posant en dieu, comme traître on ne fait pas mieux, seulement dans le film barris est dévoilé dès le début comme étant le conspirateur (dans le livre, il se montre à la fin)
l’accélération de la narration quand barris divulgue à freck comment faire un gramme de coke pour moins de 3$ (dans le livre c’est 1$, on met à niveau l’inflation) aurait pu être abandonnée, l’effet ‘avance rapide’ est sympa mais le choix de garder ce détail de l’histoire comparé à d’autres dans le livre m’a paru étonnant
dans le livre il est fait mention d’un céphalochromoscope (engin pour lire l’activité cérébrale en plein trip) c’est l’élément déclencheur de la paranoïa de fred envers barris, et il est complètement occulté du film, élément aussi qui motive la bande à bouger vers san diego pour en trouver un autre mais qui manque encore dans le film, donc on ne comprend pas pourquoi ils s’en vont et pourquoi ils flippent que des gens viennent dans la maison pendant leur abscence
où il est question d’un deal sur un v.t.t. à 18 vitesses pour 50$ (dans le livre 10 pour 20$) par barris, personne ne sait compter les vitesses sur un vélo tellement ils sont défoncés, situation ubuesque judicieusement conservée (même si amputée) puisque c’est ce qui servira d’alerte au service interne des stups’, fred s’y présente pour y passer des tests par un homme et une femme (deux hommes dans le livre, bizarre le changement de sexe, on prône la parité?)
barris en judas propose ses services aux stups’ pour coincer robert arctor et veut remplir un formulaire, dans le livre cela n’apparaît pas si mes souvenirs sont bons
barris parle beaucoup en français/latin, dans le livre il y a beaucoup d’allemand, le français c’est plus ‘chic’?
arctor voit ses amis transformés en aphides géants lorsque luckman sort une réplique comique concernant di caprio en imposteur (cf “catch me if you can”) intrépide qui n’est pas aussi drôle dans le livre
le suicide raté de freck, désopilant, entre sa bouteille de merlot et son géant aux multiples yeux lui énumérant tous ses péchés
une réponse bidon qui colle aux toxicos bien utilisée dans le film quand on leur demande quelle dépendance ils ont à la substance M : “not that much”, petite phrase qui trahit leur mauvaise foi dans le film
une petite allusion dans le livre où les paysans français sont des radins, bonjour la réputation outre atlantique… dans le film toutes les insinuations sont passées à la trappe
les explications détaillées des médecins des effets de la substance M chez fred (effet miroir, concurrence des hémisphères) ne sont malheureusement pas conservées intégralement dans le film, dommage
les points laissant à désirer sont les descriptions des personnages par k. dick allégées et la chronologie modifiée dans le film (scènes du silencieux du pistolet décalées, où pourquoi donna n’aime pas le toucher, le lapsus d’imposteur dévoilé, luckman s’étouffe et barris le laisse agoniser, la révélation de l’identité de hank très différente selon livre/film…bizarre…) liste loin d’être exhaustive (mémoire=passoire)…

en lisant différents articles dans la presse sur la sortie du film, il était souvent question de la fidélité au texte, mais surtout au style de philip k. dick, je n’ai pas été choquée d’une quelconque réappropriaton ou au contraire trahison à l’esprit de l’auteur, le réalisateur a eu le bon goût de citer k. dick au générique de fin pour rendre hommage à ses proches pris dans la spirale de la dépendance et décédés depuis
mais il est intéresant de le lire au delà de la dimension d’auteur de science fiction, pour ce qu’il y a justement entre les lignes, ce qui laisse transparaître de la société de l’époque, pour “a scanner darkly” je venais de naître il y a 27 ans à sa parution en france, on peut trouver contestable les mots dits par ses personnages sur les noirs par exemple, où sont véhiculés un sentiment raciste et des a prioris navrants, cependant il sait faire une critique acerbe des entreprises capitalistes qui gardent l’emprise sur un monopole et il s’en prend notamment à coca cola, des passages savoureux de donna qui pirate les bouteilles de la multinationale, et avec une avance/un recul de trente ans, ce livre est d’une grande pertinence (accoutumance aux psychotropes, société de consommation, monde virtuel, lobbying pharmaceutique sur les pouvoirs politiques, les libertés individuelles, la télésurveillance…) et résonne encore dans l’actualité

un film ambitieux, accessible, qui tient ses promesses, un excellent divertissement qui je trouve incite vraiment à découvrir philip k. dick, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, plus que les autres films dont l’adaptation laissait perplexes (peut être pas “blade runner” je dissocie le film du livre), c’est un film qui réconcilera aussi les sceptiques de keanu reeves et sa filmographie assez inégale (excellent par contre dans “thumbsucker”)

http://wip.warnerbros.com/ascannerdarkly

http://www.myspace.com/sdarkly

http://www.myspace.com/ascannerdarklysoundtrack

arrête ton cirque !

Posted in cinema by artpasnet on 12 September 2006
2005

2005

un fond rouge sang vous accueille avec une citation de “à rebours” de huysmans en guise d’avertissement : la mère est au centre du film, “kimyo na sakasu” titre en flammes au goût sulfureux n’augure pas une partie de plaisir…
“strange circus” comme un grand cirque burlesque animé de ses personnages plus fantasques qu’improbables, ‘black shadow’ alias ’sad song’ présentatrice transgenre vous invite à rejoindre le spectacle, vous demande si vous voulez mourir ou vivre, et appelle aux volontaires pour passer à la guillotine, sordide?
et si tout ceci n’était qu’un rêve, un mauvais rêve, un cauchemar?

c’est l’histoire de mitsuko, de sa mère sayuri et de son père gozo, directeur de son école, les clefs sont la quête d’identité de l’individu et l’oeuvre au coeur de sa vie
mitsuko est une enfant qui pourrait être heureuse : des parents qui s’aiment, une éducation élevée, une maison luxueuse, tout pour nager dans le bonheur, seulement il y a sans doute trop d’affection de la part de son père
un soir mitsuko épie ses parents faisant l’amour, son père s’en aperçoit et décide le lendemain de la convoquer dans son bureau pour abuser d’elle, elle vient d’avoir 12 ans
dans la tête de mitsuko le désir qu’elle a suscité chez son père signifie qu’elle prend la place de sayuri, qu’elle doit vivre sa sexualité, se substituer en tant que femme dans son corps d’enfant, “tuer la mère”, elle pense qu’elle était condamnée à mourir dès sa naissance et que c’est dans l’ordre des choses, l’idée d’inceste ne l’effleure pas, elle ne sait pas ce que c’est, elle sait juste que gozo est son amant
son sentiment d’être devenue sa mère se renforce lorsque sayuri lui confirme qu’elle lui ressemble, la pare de ses bijoux et de ses habits, gestes anodins d’une mère aimante qui s’amuse avec sa fille, faire la grande, oui ressembler à maman, les petites filles le font mais restent des enfants, mitsuko non, son corps et son esprit sont dédiés aux plaisirs de son père qui profite de la situation pour se satisfaire des deux, il pousse la perversion jusqu’à séquestrer mitsuko dans un étui de violoncelle pour qu’elle assiste aux ébats de ses parents, elle observe le visage de sayuri par un trou, elle a l’air heureuse, ça l’intrigue, elle ne ressent pas cela quand elle est avec gozo
jusqu’au jour où gozo avoue son petit manège, la jalousie et la rancoeur de sayuri envers sa fille se déchaînent et la prend pour bouc émissaire, “tuer la mère”, mitsuko la pousse dans les escaliers et sa mère décède, occasion parfaite pour gozo de resserer son emprise sur sa fille et l’en faire sa femme, à partir de là la vie de mitsuko va se déformer et s’inscrire dans une réalité schizophrénique

un sujet dérangeant, après avoir vu une flopée de films sur l’inceste je pourrais être vaccinée, mais cela me remue toujours et autant écrire que sono sion n’y va pas avec le dos de la cuiller, c’est malsain, pervers, glauque, dégoûtant, mais il n’est pas là pour faire l’apologie de l’inceste, l’aspect psychologique, les motivations de tous les personnages sont décrits avec minutie dans un décorum des plus pesants
des trois films de sono sion que j’ai vus c’est mon préféré pour plusieurs raisons : le traitement de cette histoire avec un ton subversif et extrême, la mise en scène chiadée et sophistiquée (merci pour la photo de yuichiro otsuka, contrastes rouge sang, blanc virginal saisissants, clinquant du cabaret qui accroche l’oeil) et une présence musicale très orchestrée (mélange de musique de cirque à l’accordéon de 1938 vient s’alterner aux nappes planantes et étouffantes du piano et des violons, “carnaval des animaux” de camille saint saëns…), on pourrait même considérer que la mise en scène est précieuse mais elle sert un propos qui n’est pas esthétique, la sophistication en contrepoids à l’horreur des déviances de l’homme (Homme)

la deuxième partie du film raconte la vie adulte de mitsuko en écrivain célèbre sous le pseudonyme taeko mitsuzawa, adulée par un fan androgyne yuji tamiya qui se met à son service, dans le but de découvrir qui elle est vraiment et ce qu’elle cache, car les romans qu’écrit taeko s’inpirent de sa vie en tant que mitsuko, mais elle se dissimule derrière la narration pour évoquer la violence du viol et de l’inceste, yuji ne tardera pas révéler les identités, faire tomber les masques de chacun(e)

ce film est truffé de détails intéressants à décortiquer, on peut y voir des symboles même si sono sion n’y croit pas, il y a mis ce qu’il aimait et ce qu’il ne ferait pas dans la vraie vie, une sorte de catharsis brutale et stylisée
je m’attarde sur ce qui m’a marquée et j’y livre mon interprétation, à vous qui verrez le film si vous êtes d’accord ou non, je suis toujours en ligne pour les réactions…
le corridor qu’elle parcourt, qui relie la classe de mitsuko au bureau de gozo, apparaît en générique de début et que l’on revoit à plusieurs reprises dans le film, blanc au départ il s’ensanglante, une traversée du styx que j’assimile au vagin, un passage vers la sexualité d’une enfant vers l’âge (précoce) adulte
le miroir qu’elle brise, le double qui n’est pas soi mais qui en révèle le reflet, une transition à sa mère, où mitsuko achève son identification à sayuri, basculement de ses 12 ans aux 35 ans, miroir où l’on y voit ce que l’on a envie de voir, mitsuko demandant qui est la plus belle en référence à la belle au bois dormant
le violoncelle comme linceuil, forme en corps de femme où mitsuko se moule, objet transitionnel du sexe, prison psychologique et physique que le père utilise pour assoir son pouvoir sur sa fille, objet de fascination et de rejet dans la vie d’adulte de mitsuko, un souvenir latent qu’elle garde et alimente (au sens propre comme au figuré), s’en sert à son tour pour séquestrer son père transformé en tronc
la grande roue comme les cycles de la vie, dans un parc d’attractions rêvé, lieu de refuge de mitsuko, les plans de la grande roue s’alternant aux images de la réalité violente, clef d’un monde imaginaire, un jardin secret qui renferme les douceurs de l’enfance
le fauteuil roulant qu’elle utilise, vecteur de l’incapacité à grandir, de dépersonnalisation et de mensonges, prétexte à un handicap factice ou fantasmé, son bruit évoque le coït et sert d’aphrodisiaque aux amants que s’offre mitsuko
le roman, autofiction ou tissu de mensonges, on y couche sur le papier ce qui se passe au plus profond de nous, on y écrit ce que l’on veut, ce que l’on a envie de faire croire, on invente, on arrange, on omet, on force le trait, le roman comme une extension de soi, un autre, une nouvelle identité, un jeu de rôles, on se crée son univers et on le partage avec son lectorat, un lien entre taeko et yuji, au delà du filial
le corps, vitrine et exutoire de l’âme, expressions sado masochistes, expérimentations de l’imago, mutation ou mue vers le corps fantasmé, tous les moyens sont bons pour parvenir à la perfection que l’on en a en tête : scarifications, branding, tatouage, ablation… les modifications du corps pour palier aux tourments de l’esprit

un univers riche et foisonnant où se télescopent les rêveries et les cauchemars de sono sion, univers qui peut dégoûter certains et rester hermétique, mais on y pénètre surtout par curiosité, j’aime les gens qui osent aller fouiller où ce n’est pas forcement reluisant, quitte à passer pour des exhibitionnistes à la provocation facile, tout n’est pas aussi parfait et bien calé qu’une comédie hollywoodienne dégoulinante de bons sentiments et de morale de supermarché
comme au cinéma il y en a pour tous les goûts, et j’assume que les miens soient perçus comme déviants… et vous?

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bienvenue au club !

Posted in cinema by artpasnet on 9 September 2006
2003

2003

huit jours d’enfer pour une équipe de policiers, 26 mai 2002, 54 jeunes filles se suicident en se jetant sous le train tokyo bound 73H de la plateforme 8 à la station de shinjuku, un mystérieux sac blanc ensanglanté est laissé sur le quai
ailleurs, deux infirmières melles kawaguchi et sawada disparaissent de l’hôpital, le vigile jiro assiste au suicide de l’une d’elles qui se défenestre, le même sac de sport est retrouvé sur le lieu
les inspecteurs murata, shibu et kuroda récupèrent le contenu du sac blanc et y découvrent des lambeaux de peau prélevés sur les récents suicidés, ils mènent l’enquêtent, aidés de kiyoko alias “the bat”, jeune internaute qui leur révèle l’existence de sites internets étranges liés aux suicides (http://maru.ne.jp, http://jikennews.com)

“jisatsu saakuru/suicide club”, ce film a été réalisé en 2001, avant donc “noriko’s dinner table” qui en est son ‘prequel’ (2005), il se concentre sur le suicide collectif du 26 mai et suit l’enquête des policiers tourmentés par le nombre impressionnant de victimes qui augmente
cette fois ci pour ce premier opus consacré au suicide, la mise en scène est plus sophistiquée que “noriko…”, musique variée (violoncelle, piano) et cadre plus soigné en font un film plus accessible, mais sono sion a une patte bien particulière, il convoque le ton léger, l’humour noir, voire sordide pour traiter ce sujet grave
l’exagération utilisée dans ses films ne sert pas à dédramatiser les situations tragiques mais à en montrer leur absurdité, car le thème récurrent entre “suicide…” et “noriko…” est la valeur qu’attachent à leur vie les jeunes suicidés, ils ont perdu la signification de l’essence de leur existence, la question posée qui revient “are you connected to yourself?” est le leitmotiv qui met en lumière la bêtise des suicidés à se tuer si facilement
lorsque l’on voit les 54 jeunes filles arriver sur le quai de leur mort c’est dans les éclats de rires, la joie, une chanson au ton guilleret “1, 2, 3… hop!” pour les motiver, aussi un groupe de lycéens portés par l’euphorie de blagues douteuses sur ce suicide collectif incitent à faire de même en se jetant du toit de leur lycée, se lançant comme un défi, un concours du suicide le plus dévastateur, plus ample, plus décalé, toujours dans la bonne humeur, ou bien encore cette même image d’épinal de la famille heureuse où une petite fille dit de sa mère qu’elle est marrante parce qu’elle se coupe le doigt tout en cuisinant et souriant, plaisanteries de mauvais goût? autant de scènes absurdes mâtinées d’horreur pour traduire le malaise face à la facilité à se tuer quand on ne se respecte pas, que l’on n’a pas trouvé un sens à sa vie
à l’ère de la communication globalisée et de la solitude avérée qui en découle paradoxalement, les individus ne sont connectés qu’entre eux que par fils ou ondes, et non plus par expériences, sentiments, liens humainement parlant, voilà le constat de sono sion qui pousse les jeunes à se suicider, les produits de subsitution ne suffisent pas à atteindre le bonheur tant vanté dans les pubs ou les chansons mièvres, ici un fil rouge (et funeste) parcourt le film par le girls band “dessert” qui chante des rengaines lobotomisantes et qui sont reprises en choeur par des milliers de fans dans tout le pays, autant de victimes potentielles au suicide car le groupe véhicule de façon subliminale le mesage “suicide”, de la manipulation par des fillettes en jupettes (environ 12 ans), dévastatrice lorsque cela prend pour cible la famille de l’inspecteur kuroda, dépassé par les événements
l’opposition est impuissante face à ce phénomène, l’inspecteur kuroda n’a pu éviter le suicide de sa famille, l’inspecteur shibu s’égare dans une amourette univoque pour mitsuko qui est prise au piège également, “the bat” est kidnappée par “genesis” commanditaire autoproclamé des suicides, en ersatz du dr. frank-n-furter (“the rocky horror picture show”) à la guitare rugissante (une de mes séquences préférées est quand il chante qu’il aimerait être une jeanne d’arc à la bresson)… autant de situations d’échecs qui traduisent le pessimisme de sono sion quant à la société contemporaine, on va droit dans le mur si l’on perd de vue l’essentiel
j’ai préféré cet opus à “noriko”, à la fin du film on pouvait en débattre avec sono sion, je lui ai fait part de mon point de vue perplexe quant à la différence de mises en scène entre ses deux films, qui dégagent tout deux des messages forts, sans doute l’effet de masse dans la salle n’a pas permis aux timides de s’exprimer davantage, et certains ont eu l’impolitesse de courtcircuiter les échanges en huant ou insultant, bref…

plus tard, on a atterri dans le café à côté du rex pour continuer les entretiens, sono sion avait envie de partager avec son public les points de vues et sentiments qu’ont suscité ses films, la bière aidant, on a passé une soirée délicieuse à parler avec sa mère adorable et lui de tout et de rien : ses projets dont un nouveau film cet automne, sa vision de la société japonaise, les clichés véhiculés par les médias, son opinion sur le mariage (bribes de conversations), du punk et de joy division, avec sa mère de la musicalité du français, le cinéma français et japonais… sono sion a pris soin de tous nous voir pour nous parler pendant la soirée, heureusement que l’on avait deux personnes qui parlaient couramment japonais pour nous permettre d’échanger, on a discuté joyeusement et avec beaucoup de rires jusqu’à 02.30 du matin, on nous a virés à la fermeture du bar
une belle opportunité de rencontrer un réalisateur accessible et aux opinions très tranchées (avec lesquelles je n’étais pas toujours d’accord), un excellent souvenir de ce festival qui n’est pas encore fini!
ce soir séance “strange circus”
et dimanche rediffusion de “suicide club” et “requiem pour noriko” pour ceux qui veulent découvrir son oeuvre singulière et non conformiste

http://www.sonosion.com

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à table !

Posted in cinema by artpasnet on 7 September 2006
2005

2005

10 décembre 2001, noriko shimabara fugue de toyokawa pour tokyo
du haut de ses 17 ans, elle débarque de sa province dans le quartier chic de ginza ne sachant où aller, ni quoi faire
la cause de sa fugue est une vie de famille qui lui pèse et qu’elle a substituée en s’intégrant à une communauté virtuelle sur le site http://www.haikyo.com
lorsque le 26 mai 2002, 54 jeunes filles se jettent sous un train en gare de shinjuku, la famille de noriko pense qu’elle fait partie des victimes, la fille cadette yuka fugue à son tour, et leur père tetsuzo part à la recherche de ses filles disparues

“noriko no shokutakui”, ce film riche, décalé et décomposé chronologiquement est un tour de force à la narration classique et une épreuve physique (2h38 de longs monologues en vo sous titrée anglais), cinq parties qui s’attachent au point de vue de chaque personnage : noriko, yuka, kumiko, tetsuzo et la dernière est le nom d’une scène “the knife in my pocket”
j’avoue que je suis sortie de la séance qlq peu fatiguée de concentration intense sur une telle longueur, je voulais que rien ne m’échappe même si les dialogues sont faciles à traduire, mais mes nerfs ont en fait été usés par un film trop bavard, on y parle beaucoup trop à mon goût, les descriptions y sont indigestes de détails inutiles, la surexposition à son charme mais utilisée à tout bout de champ c’est lassant pour l’oeil, et mes oreilles ont eu une overdose de cordes dans la bande son, que je ne jugeais pas pertinente car présente sur les 4/5 du film, de plus le jeu du personnage de noriko était agaçant, surjoué dans ses crises de larmes, et a failli avoir raison de ma patience car s’il y a bien qlq chose qui m’énerve c’est d’entendre des filles geindre et pleurer à outrance
bref la mise en forme est originale mais pesante

sur le fond, là c’est un tout autre registre! différents thèmes sont abordés et sont filmés avec un angle des plus inattendus, j’ai été très attentive quant au traitement de ces thèmes par le réalisateur
noriko éprouve une lassitude du modèle de la petite famille heureuse, elle ne peut plus feindre l’adolescente épanouie, alors qu’elle est totalement frustrée, sa mère taeko peintre et son père tetsuzo reporter au tokaï times journal local, lui imposent les codes de l’image d’épinal : sourires ultrabright, sorties communes, famille soudée… sa propre vision est radicalement divergente : conflits récurrents, mutisme durant les repas de famille, décalage générationnel…
ses parents la perçoivent toujours comme une enfant, ce que fait remarquer sa soeur cadette yuka, alors que noriko aspire à être reconnue comme une adulte, maîtresse de son avenir, par exemple son père souhaite qu’elle étudie dans une université de la région tandis qu’elle veut aller à tokyo, il a peur qu’elle se dévergonde comme ses cousines qui sont tombées enceintes après être montées à la capitale, le mythe du père angoissant pour sa progéniture dans une ville inconnue est servi à l’envi
l’élément déclencheur à sa fugue est la rencontre fortuite avec tangerine, elle avait été sa complice pendant toute son enfance, tangerine distribue des mouchoirs commerciaux (digression : le japon est le seul pays où je n’ai jms acheté de mouchoirs, à tous les coins de rues il y a qlqu’un pour vous en donner avec la marque à promouvoir dessus), la voir si indépendante et autonome impressionne noriko, elle admire ce nouveauu modèle de jeune femme décomplexée et libérée
en effet, lorsqu’elle est à tokyo, elle se rend compte du décalage qu’elle éprouve, elle dit se sentir dénudée car elle est encore vierge et qu’elle n’a jamais eu de petit ami, sentiments de convoitise et d’envie l’assaillent, elle épanche ses confidences à ueno54, jeune fille rencontrée via le site haikyo qu’elle tente de contacter à son arrivée
si sa fugue est si soudaine et si violente aux yeux de sa famille c’est que noriko a véçu à son avis recluse de la “vraie vie”, lorsque l’on est adolescent surtout, on s’imagine que l’herbe est plus verte ailleurs, elle cherche à sortir de sa bulle et tente de se démarquer de son père, figure imposante, elle a honte de son travail de reporter dans la gazette alors qu’elle a reproduit elle même le calque en étant rédactrice en chef du bulletin mensuel de son lycée, par ce biais, elle va insister pour accéder aux ordinateurs de son établissement afin de se connecter à internet et profiter de l’évasion sur la toile
car l’âge de l’adolescence est la promesse de rencontres, d’échanges, de changements, et à toyokawa, il lui semble que son monde et son avenir soient limités, elle rêve d’une autre vie, d’un nouveau elle, elle va se transformer en “mitsuko”, se forger une nouvelle identité, une jeune femme fantasmée, assurée et volontaire qui rompt avec la noriko qui se dépréciait
sa transition est bien mise en scène dans le film, des plans alternés entre chaque internaute contactée se succède le plan de noriko qui regarde par la fenêtre la mer au loin, infini champ des possibles
ueno54 sera son point d’entrée sur haikyo et sera son exutoire à tokyo, elle donne rdv à noriko à la station ueno #54, seulement cette dernière se rend compte qu’elle ne sait pas ce que signifie #54, en voulant déposer sa valise en consigne elle découvre qu’il s’agit d’un n° de casier, elle y rencontre physiquement ueno54 qui est kumiko, jeune fille étrange qui collectionne des objets dont elle brode les histoires et qu’elle stocke dans ce casier
une autre mythologie va naître pour noriko aka mitsuko au contact de kumiko aka ueno54, utiliser leur alias pour servir une société aux prestations très particulières, j’avais parlé précédemment du phénomène “enjo kosaï” dans un de mes commentaires, ici cela en serait une variante extrême et morbide : une personne loue leur temps pour jouer un rôle qu’elle aimerait qu’elles soient (épouse, fille, soeur…), mitsuko fascinée par cette nouvelle perspective, vivre sa vie par procuration pour satisfaire l’autre sert une schizophrénie qu’elle accueille sans vigilance, ueno54 va s’en servir pour se faire de l’argent
nous vivons une époque faite de modes et de tendances qui exploitent nos fantasmes, les entretiennent, nous créent des besoins, ici le “family rental” doit parvenir à vous recréer votre bonheur familial perdu ou vous en inventer un si vous êtes un salaryman célibataire, dès qu’il y a une brèche à exploiter, la mercatique à mécanique implacable s’engouffre, la misère humaine peut elle être ainsi marchandée? une société si altruiste, si philantrope, on veut votre bonheur (à n’importe quel prix) mais ueno54 ne recherche pas le bonheur dans haikyo, elle assouvit certes vos fantasmes mais la finalité n’est pas que vous soyez contents, ce qu’elle veut c’est jouer un rôle
cependant, ce procédé n’a aucune limite, où l’on découvre que si l’un des clients souhaite louer une fille pour qu’elle soit son épouse et la tuer, une des internautes de haikyo “broken dem” se rendra au rendez vous et affrontera sa mort en toute sérénité, car elle même a édicté la philosophie de haikyo : “il y a des gens qui veulent jouer le rôle de la fleur, mais pas du vase, d’autres du maître mais pas du servant, ou encore du lion mais pas du lapin, il faut accepter qu’l y ait les deux, l’un sans l’autre ne peut exister (principe du yin et yang in extenso), manger et être mangé, je choisis d’être dévorée”, cette vision des services du site va conduire au suicide collectif de 54 internautes filles, représentées par 54 points rouges sur la page d’accueil de haikyo
tetsuzo va donc mener son enquête pour découvrir si haikyo est un “suicide club”, il veut croire que ses filles ne sont pas décédées et qu’il peut les retrouver, il va à son tour user des services de haikyo pour récupérer ses filles, ce père si égoïste va se révéler être un père aimant qui va remuer ciel et terre sans se douter qu’il sera lui même pris au piège de haikyo et de la démence de mitsuko

“requiem pour noriko” n’est pas un film facile au prime abord mais recèle de vrais trésors de réflexion sur la place de l’individu dans la société en général, et à une échelle plus petite au sein de son propre réseau : sa famille, ses amis… jusqu’où peut on aller pour être intégré, reconnu de ses pairs? perdre son identité et s’en façonner une nouvelle? se changer pour plaire et se plaire? sono sion pose des questions intéressantes, mais ne propose pas de réponses définitives avec son film qui serait le volet antérieur à son film “suicide club” sorti avant
ici on ne fait pas cas de l’aspect sensationnel dont rafolent les azimutés de l’asie et son cortège de faits divers glauques, la psychologie des personnages tient une grande place dans les intrigues de ce film fleuve et la schizophrénie de noriko est des plus captivantes tant l’on voit comment son désir et besoin de s’inventer une nouvelle vie a construit sa nouvelle identité et qu’elle a peine à délaisser, la démontration pourra paraître pour certains assez grossière mais j’estime que les messages qui en ressortent dépassent le résultat assez inégal de ce film, à vous de voir!

 

dernière séance : dimanche 10 à 21.45

http://www.sonosion.com

sati & manu : le sort des veuves en inde

Posted in cinema by artpasnet on 6 September 2006
deepa metah

deepa metah

1938, rawalpur, inde, chuyia a 7 ans, l’insouciance de l’enfance, le sourire ingénu aux lèvres, ses tendres années si fugaces… elle accompagne son époux souffrant qui décède peu de temps après la laissant veuve, alors qu’elle ne se rappelle même pas avoir été mariée
son père la conduit dans un ashram habité par des veuves qui y restent jusqu’à leur mort, c’est là que seront sa nouvelle maison et sa nouvelle famille
chuyia n’accepte pas cette situation et son statut, elle trouve pourtant du réconfort auprès de shakuntala la sage colérique et de kalyani une jeune veuve exploitée comme prostituée

femmes françaises, estimez vous heureuses de vivre dans notre douce france avec des droits et des lois qui vous protègent, un sos femmes battues et des associations défendant votre statut, car à quelques kilomètres d’ici, sans aller au bout du monde, toutes ne bénéficient pas des largesses de notre sytème… cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a rien à améliorer chez nous et que notre république démocratique est parfaite, mais après avoir vu ce film celles qui se plaignaient de ne pas être heureuses vont relativiser…

chuyia est le fil rouge du récit fictif qui se base sur des us et coutumes ancestraux, bien ancrés dans le quotidien et acceptés par la majorité
on la suit dans le rituel, la petite fille se transforme en imago de veuve : ses bracelets rouges sont brisés, son crâne est rasé, sa moue boudeuse trahit sa soumission et son désaccord, vêtue d’un sari blanc (couleur du deuil en asie)
enfermée avec d’autres veuves dans un temple délabré, quelques svastikas sinistrogyres (à ne pas confondre avec la croix gammée nazie) qui ornent ce gynécée sordide, la pauvreté et la mendicité comme modes de vie, et des compagnes d’infortune âgées et aigries pour certaines avec à la tête mahdumati, une maquerelle despote, kunti en esclave hypocrite, patiraji surnommée “tantine” qui rêve des pâtisseries de son banquet de noces : rasgullas, gulab jamun, ladoo… comme autant de petites madeleines de proust
mahdumati, impitoyable matrone, veut faire comprendre à chuyia que sa vie se terminera dans l’ashram et ne mâche pas ses mots quand elle parle de son défunt mari, en lui disant que la femme est la moitié de l’homme, lorsqu’il meurt, la femme aussi, alors il est inutile de souffrir, chuyia réplique à cela insolemment que son autre moitité est vivante
chuyia se réfugie auprès de shakuntala qui veille sur elle comme une mère, et de kalyani, manipulée par mahdumati qui la sous traite en prostituée pour de l’argent, est la seule qui ait conservé ses cheveux longs
chuyia et kalyani font la connaissance de narayan dwarkanath, jeune bourgeois qui vient de finir ses études de droit et est le fervent disciple de mohandas gandhi, il s’opposera à la volonté de sa mère quand il lui apprendra qu’il aime kalyani et qu’il veut se marier avec elle bien qu’elle soit veuve
narayan symbolise la jeunesse nationaliste pleine d’espoir, alors que son ami rabindra est le progressiste qui profite des avantages liés à la colonisation anglaise
shakuntala quant à elle lutte avec ses démons intérieurs et cherche conseil auprès du professeur qui leur enseigne les saintes écritures
l’Histoire rattrappera ces trois femmes entre la lutte pour l’indépendance de l’inde sous le joug de la couronne britannique et l’âpre reconnaissance des droits de la femme dans la société indienne très inégalitaire

“water” film de la veine ‘bollywoodienne” (superproductions de bombay en langue hindi) ne déroge pas à la règle de l’histoire d’amour compliquée et tragique, seulement son récit est moins ostentatoire que dans les derniers films parvenus sur nos écrans, se démarquant comme “chokher bali” par une sobriété à laquelle on ne nous avait pas habitués et le sujet traité plus engagé, notamment en faveur des femmes, et plus précisément du statut des veuves
formellement, c’est un film très esthétique et soigné, un raffinement discret, avec des superbes chants (“aayo re sakhi”, “naina neer”, “vaishnava janato”, “piya ho”, “sham rang bar do”, “cha rahi hai kaali ghata”…) et la musique à la cythare de anoudka shankar, ma voisine a eu le ‘bon goût’ de s’exclamer “le titanic!!!” (subite envie d’empalement de l’hérétique)… on pourrait même reprocher que ce film soit trop lisse à première vue, l’inde magnifiée, mais il n’y a pas de mal à montrer les beautés de ce pays car le propos n’est pas là

le film de deepa mehta met l’accent sur les injustices d’un système féodal et hiérarchique régit par les lois de manu (‘mânava dharma çâstra’) compilées entre le XIè et le VIIè siècles avant jésus christ, ces lois indiquaient le rôle de chacun dans la société et l’organisation des castes, un extrait de loi est cité au début du film pour comprendre l’ostracisation des veuves : lorsque le mari meurt la veuve a trois possibilités “mourir avec son époux lors de sa crémation ‘mahasati’, ou vivre recluse jusqu’à la mort, ou si la belle famille l’autorise à se remarier avec le fils cadet”
ces usages sont encore en vigueur dans la société indienne, malgré des réformes et des lois, d’ailleurs l’action du film se passe en 1938 et fait mention d’une récente loi autorisant les veuves à se remarier, cette loi existe en fait depuis 1856 ‘the widow remariage act’ instituée par le raja ram mohan roy
aussi, dans les moeurs était bien ancré le rite du ‘mahasati’, obligeant les veuves à s’immoler par le feu lors de la crémation de leur mari, le même raja ram mohan roy s’opposa à cette tradition barbare, et bien que cela soit interdit dans les provinces les femmes subissent encore ces châtiments
deepa mehta s’est attirée les foudres et les menaces des fondamentalistes en inde, les mentalités sont lentes à évoluer et peu de personnes ont conscience des outrages que vivent les femmes car c’est considéré comme étant normal et il n’y eut qu’avec la confrontation des cultures anglaise et indienne que la prise de conscience put se faire (l’un des rares bienfaits de la colonisation)
de plus, les jeunes générations remettent plus facilement en cause les fondements des textes obsolètes des lois de manu qui ne sont plus en accord avec la société actuelle
le film est foisonnant de détails et recelle bien encore des points à soulever : la prostitution, la place des eunnuques, la hiérarchie homme-femme dans le couple, les mariages arrangés, le dénuement, l’analphabétisation sévère dans beaucoup de provinces… il y a beaucoup à raconter là dessus, je préfère terminer sur une note plus lègère
le passage le plus réjouissant du film, qui permet de faire une parenthèse émotionnelle, est le festival des couleurs ou ‘holi’ (‘phâlgunotsava’) qui a lieu lors de l’équinoxe de printemps, les saris blancs des veuves sont égayés par les jets de pigments, on se teint des couleurs sacrées comme le bleu en hommage à krishna, la liesse est partagée de tous, célébrant l’amour et la vie, les couleurs ont une grande valeur symbolique (couleur safran pour l’hindouisme, le rouge du mariage, le blanc de la mort, le vert de la vitalité, le bleu divin…), une symbolique associée à un polythéisme prégnant et un bestiaire des plus riches, difficile à déchiffrer pour les non avertis

ce film est utile, nécessaire, indispensable pour ne pas oublier, pour ne pas abandonner toutes ces femmes qui ne connaissent pas la liberté, l’estime de soi et la dignité
un film à voir pour les soutenir et leur insufler l’espoir

sites du film :
* http://water.mahiram.com
* http://www.films-sans-frontieres.fr/water

pour en apprendre davantage sans risquer la céphalée :
* hors série courrier international spécial inde mars-avril-mai 2006
* télérama n° 2958 23-29 septembre 2006
* musée des arts premiers quai branly paris, section asie et galerie multimédia

pour les plus téméraires :
* http://www.sacred-texts.com/hin/manu.htm (surtout le chapitre IX)
* http://www.thecolorsofindia.com
* http://www.colorsofindia.com
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Bon baisers de Tokyo !

Posted in manga, perso by artpasnet on 1 June 2006

dîner retrouvailles frédéric boilet - aurelia auritamiyu

sur la terrasse qui fut tant décrite dans les mangas de l’un et de l’autre

miyu & aurelia aurita : coucou !

miyu & aurelia aurita : coucou !

aurelia aurita découvrant ma pige sur son travail

aurelia aurita découvrant ma pige sur son travail

aurelia aurita

aurelia aurita

frédéric boilet

frédéric boilet

rencontres imprévues et improbables

Posted in trips by artpasnet on 12 May 2006
pusan

pusan

levée à l’aube, du salon de marianne, je voyais le ciel pâlir, la seoul tower au loin qui déchirait l’horizon, le quartier d’itaewon commençait à s’éveiller doucement
j’avais préparé une petite valise pour deux jours, mon équipement de travail et mes appareils photos, un petit déjeuner sur le pouce, vers 06.30 je quittai l’appartement sans réveiller marianne, le bus 0013 me prit en bas de la colline et m’emmena à la gare
KTX [1] n°3 voie 5 départ à 07.00, je traînais un peu dans le hall, rêvassant, j’ai du courir pour attraper mon train, passer les portiques d’accès et sauter dans la voiture n°6, les liaisons ferroviaires rapides du pays ont hérité de la technologie française, le KTX était le TGV coréen, il filait vite et surtout était plus cosy, l’aspect standardisé se ressentait moins dans les voitures, des petits écrans tv jalonnaient le couloir donnant les infos de ligne et touristiques
les paysages défilaient à vive allure, me laissant apercevoir qlq rizières et des usines un peu partout, ce n’était pas aussi verdoyant que je l’imaginais, ce voyage en corée n’était qu’un grand malentendu, on m’avait confortée dans certaines idées qui se révélèrent tronquées à mon arrivée, et chq fois que je disais que j’allais à pusan, les gens poussaient de grandes exclamations extatiques “oh le pays des rizières!” oui d’ailleurs où sont ces fichues rizières? il n’y en avait pas tant que cela… oui combien en faudrait il pour que l’on puisse se figurer que c’était le pays des rizières? ce que je voyais au travers de la vitre était assez triste : des étendues vertes mais surtout lardées de tours et de cheminées fumantes et grisâtres, puis les montagnes, plein de collines, du nivelé à perte de vue ça oui, mais pas de rizières à l’horizon…

en gare de pusan, je me dirigeai vers le bureau d’information, une jeune femme charmante m’indiqua où je devais rejoindre l’hôtel Marriott [2], me donna des plans et me souhaita une bonne journée, au guichet automatique de la woori bank mon retrait de 70 0000 Wons s’effectua sans les sempiternels problèmes des cartes étrangères que j’avais en corée
je traversais la place, où étaient affichés les dessins d’un concours d’enfants avec qlq sculptures, des couleurs fluo qui égayaient la cour face à la gare sur le thème de l’environnement
dans la station de métro, je descendis les marches, puis commandai une carte hanaro prépayée dans une borne automatique, je verrai combien de trajets je pourrai faire avec 2 000 Wons dessus
arrêt 113 ‘busan station‘ de la ligne rouge, la rame était propre, le carrelage immaculé, le long du mur faisant face au quai de grands écrans plasmas diffusaient des spots publicitaires, la voiture était pleine, à l’intérieur un homme clamait haut et fort les services qu’il vendait avec une petite brochure, les gens l’ignoraient, je m’arrêtai à l’arrêt 219 ‘seomyeon‘ de la ligne verte, puis pris en direction de l’arrêt 203 ‘haeundae‘, je finis à pieds le trajet vers le Marriott

il faisait gris, pluvieux, voire froid pour l’époque, dans le grand hall lumineux de l’hôtel, je cherchai une hôtesse, ce fut le concierge principal qui m’accueillit, sourire affable et prestance discrète il m’enregistra rapidement et se lança dans un petit interrogatoire poli et courtois pour cerner mes besoins lors de mon séjour chez eux, je lui répondis avec le même ton que je comptais me rendre au festival BIPAF [3] et que j’aurais aimé qlq informations pour réserver une place pour le spectacle du soir
avec diligence et simplicité il m’emmena dans leur salle internet pour me montrer le site du festival et y recueillir les infos demandées, il se proposa d’effectuer les démarches pour moi car tout était en coréen et il craignait qu’il n’y ait plus de place pour moi, seulement cela n’était pas aussi simple que cela en avait l’air, il y avait un souci technique, il fit appel à l’un de ses collaborateurs, un vigile pour l’imprimante, puis à une autre personne une hôtesse pour imprimer le planning des spectacles, il a fallu donc trois personnes pour un simple ticket, je me marrais intérieurement de les voir se plier en 16 pour moi avec bienveillance et embarras
le concierge s’assura que j’avais ma place pour le spectacle, il joignit la responsable du festival BIPAF et me passa le combiné de téléphone, elle était ravie qu’une française vienne voir la soirée, elle se sentait flattée et souhaitait m’inviter, je voulus décliner l’offre mais elle insista, me donnant son nom que j’oubliai aussitôt et me fixa rdv devant l’université kyunsung le soir même, je remerciai le concierge de son aide, il s’inclina et me souhaita bienvenue parmi eux
un jeune portier prit ma valise et on monta au 6è, découverte de la chambre, très spacieuse elle rendait mieux que la photo sur le site de réservation, malgré la lumière blafarde, la pièce baignait dans des tons doux qui apaisaient le mal de crâne qui se profilait, l’impression de ciel bas me vrillait la tête… un magnifique lit ‘king size‘ m’invitait à sauter dessus, ou au moins à m’y allonger, je notai la présence de trois oreillers, mon esprit pensa aussitôt aux possibilités de couchages… le portier me commenta tous les détails de la chambre, en passant par la salle de bains, fournie de tas d’ustensiles, plus ou moins nécessaires, selon l’usage et les conséquences sur l’environnement les emballages mentionnaient qu’il était à la charge du client de veiller au gaspillage
le luxe… des fois il était si bon d’y goûter sans se poser de questions culpabilisantes, mais même dans ce genre de cocon douillet on vous rappelait rapidement à l’ordre que la marche du monde ne pouvait se faire sans qlq efforts de chacun… l’implantation du complexe hôtelier au bord de la plage permettait de profiter d’une vue imprenable sur la mer, les fenêtres en triangles disposées de cette façon donnait à voir à gauche la ville toute en tours et panneaux publicitaires, en face un hôtel casino, et à droite la plage, l’ensemble était terne mais je m’en fichais, j’étais bien depuis mon arrivée à pusan, ce qui n’avait pas été lé cas à mes débuts en corée…
j’installai mon matériel sur le bureau avec la connexion internet de l’hôtel, l’ordinateur tournait silencieusement, je pouvais vérifier mes campagnes publicitaires en ligne avec un décalage horaire et une adresse IP tronquée, le boulot se faisait sans moi à 8 000 km d’ici et j’en étais ravie, ‘personne n’est indispensable‘…

l’heure du déjeuner était largement dépassée, je me demandai où j’allais manger et décidai de passer d’abord par la plage pour prendre l’air, le ciel était tout aussi gris que le matin, mais l’air frais me revigora, j’étais heureuse, ma ville natale n’était pas hostile, pusan la ville cinéma de la corée, un statut bien différent de celui de hong kong, un ‘cannes à l’asiatique‘, mais qui aurait pu s’apparenter à los angeles avec des terrains entiers qui logeaient des studios immenses, des parcours de visites conçus pour retracer les tournages des films locaux à succès tel que “friends” [4]
dans les rues adjacentes à l’hôtel, j’errai parmi des dizaines de femmes, j’étais intriguée d’en voir autant d’un coup, concentrées en un seul endroit, toutes ces femmes avaient qlq chose à vendre : outils, nourriture, vêtements, gadgets… mais surtout de l’alimentation à préparer ou à emporter, les effluves des épices m’interpelaient, les odeurs de poissons séchés m’assaillaient, mon estomac fit plusieurs tours avant de se calmer, tourmenté par tant de sollicitations olfactives, je pris des photos de ces femmes au travail, accroupies, bavardant, le sourire aux lèvres, les rides profondes burinaient leur visages très hâlés, toutes ces couleurs rehaussaient la journée morose
je fis une entorse à mes découvertes culinaires locales en allant dans une sorte de fast food où ce que l’on me servit ressemblait à un énorme tortilla cramé, cela devait être une crêpe coréenne, mais j’ai eu du mal à la reconnaître, la fin justifiant les moyens : remplir le ventre avant tout et rapidement

petite promenade digestive dans les rues de pusan, puis je pris le métro pour l’arrêt 212 “kyungsung university pukyong national university” de la ligne verte, l’université était perchée sur une petite colline, des étudiantes placardaient un peu partout des affiches du festival BIPAF, le crépuscule s’annonçait, un attroupement à l’entrée me laissa supposer que les festivités devaient être à proximité, en indiquant mon nom sur la liste des invités à l’entrée, une jeune femme à côté de moi se précipita presque dans mes bras et bafouilla dans un anglais précis qu’elle était heureuse de me rencontrer, qu’elle espérait que j’allais aimer le festival, je me rendis compte que c’était la responsable que j’avais eu au téléphone, elle me remit mon invitation et m’autorisa à prendre des photos du spectacle, c’était plus qu’il n’en fallait pour me contenter…
la thématique des spectacles de danse était ‘non verbal‘, ce soir l’un d’eux se produisait dans l’auditorium de la fac, des étudiants étaient déjà installés sur les petits coussins, je choisis d’être sur le côté droit au premier rang, je sortis mes appareils photos et le trépied pour la prise vidéo, je pensais à sylvie qui aimait tant la danse elle aurait été heureuse d’être à mes côtés pour découvrir la compagnie de naoki iimuro [5], le spectacle commença à l’heure, on découvrit le premier mime en solo par le fondateur de la compagnie, tout était légèreté et délicatesse, les mouvements défiaient la pesanteur et n’étaient pas alourdis par un humour sans relief, ses partenaires le rejoignirent et la construction des saynètes se déroulait sous nos yeux attentifs et captifs, beaucoup d’entrain et de technique rendaient les gestes très naturels, les chorégraphies très construites paraissaient déliées, la beauté de la danse est de pouvoir avec tant de rigueur et de domptage du corps, transcender l’effort avec une précision qui fait mouche et illusion, à la fin du spectacle une interview était organisée entre les danseurs et le public, avec l’aide d’une interprète en japonais, coréen et anglais, les étudiants séduits et très curieux ont retenu longtemps la compagnie, ont ainsi inondé de questions les danseurs, et bcp de rires fusèrent ce soir là de l’auditorium, ce son amplifié du bonheur resta gravé en mes tympans

à la sortie, je remerciai de nouveau la responsable de son invitation et lui promis de lui envoyer rapidement les photos de la soirée, je parcourus les rues humides de pusan, la pluie tombait lourdement, rendant la chaussée glissante, je m’en fichais encore, là n’était pas le principal, je m’arrêtai à un stand pour acheter des revues et des bricoles qui gonfleraient ma valise déjà bien remplie, c’était ça que j’aimais : errer sans but précis à pas d’heure, il était tard et la ville fourmillait encore, des jeunes éméchés zonaient gaiement, des employés tardifs venaient se restaurer avant de rentrer dans leur foyer, des couples profitaient des karaokés encore ouverts avant le dernier métro, je choisis un petit restaurant en lieu de repli et de répit, une fondue coréenne ferait l’affaire, aussitôt avalée, je rentrai à l’hôtel, scintillant de toute sa hauteur sur le bord de mer
le réconfort de la chambre chaleureuse, le travail m’attendait, la france était réveillée et il était l’heure de prendre le rythme de mes compatriotes, j’allumai la tv en fond sonore j’entendis baragouiner des journalistes coréens, et zappais d’une chaîne à l’autre, un autre de mes plaisirs à l’étranger : zapper et regarder la tv à l’envi, voir ce qui se faisait ailleurs, et surtout pas chez moi
les emails commençaient à arriver, synchronisation de l’application, une avalanche numérique en fait s’abattait sur le logiciel de messagerie, un peu découragée, je me résolus à m’y mettre jusqu’à une heure bien avancée, le paradise hotel en face me narguait et je rendis les armes par fatigue vers 04.00, la joie de trouver ce lit indécemment trop grand pour moi fut mon salut

au petit matin, je sus à la couleur du ciel que cela allait être le même topo climatique que la veille, je fis mon enregistrement et fut satisfaite d’avoir tout réglé par internet avec la réduction, je n’avais jms autant profité des hôtels 4 étoiles qu’en asie, et le personnel était définitivement si avenant que cela donnait envie de rester et de se laisser encore bichonner, toutes les bonnes choses ont une fin
détour par la gare de pusan pour déposer ma valise à la consigne et flâner dans le quartier, puis direction le marché aux poissons de pusan, le plus grand de corée, pusan était la première ville portuaire du pays, l’industrie poissonnière n’était sans doute plus aussi rentable que celle du cinéma, toujours était il qu’elle faisait encore vivre des dizaines de milliers de coréens alentours, il était temps d’aller goûter en direct les produits de la mer, fraîchement pêchés
le temps vira et la pluie se fit plus présente, j’achetai des bottes rouges vernies, mon allure détonnait qlq peu, mes espadrilles ayant pris la tasse
je zigzaguais entre les stands, prenant des photos, détails d’ouïes, de membres, de feuilles, de tentacules, d’arêtes…
marianne m’avait prévenue que les coréens étaient assez frileux à être photographiés, qu’il fallait que je fasse attention et que je sois discrète, à priori je m’étais dite qu’il valait mieux suivre ses conseils, puis au fil de mes balades, je m’aperçus que cela se passait très bien, et que mes clichés ne posaient pas de souci, je continuai à déambuler dans les allées, m’arrêtant pour regarder de plus près des poissons étonnants et des mollusques des plus dégoûtants d’aspect

lorsque près du marché couvert, une jeune femme m’interpella, elle ne parlait pas anglais, et moi presque rien en coréen, elle me prit par le bras en m’entraînant dans la halle, d’autres stands avec des bancs et des tables quadrillaient le pavillon
elle m’invita à m’asseoir à son stand où sa collègue cuisinait un plat de poisson, elle me montra ses produits et me fit comprendre de choisir, je sortis mon dictionnaire franco-coréen, et commençais à engager une des conversations les plus insolites de ma vie
nous avons passé trois heures ensemble, toutes les deux gesticulant en tout sens pour se faire comprendre de l’autre, avec force gestes et mimiques elle me montrait ce qu’elle voulait dire, de mon côté j’essayais de comprendre et lui pointais dans le dictionnaire le mot que je pensais avoir saisi, elle me répondit par signes “ok” ou “pas du tout“, c’était loufoque mais on a bien ri et on a réussi à se raconter sommairement nos histoires mutuelles par ce mode de communication
pendant ce temps là sa collègue préparait avec beaucoup de sérieux et de concentration ce que j’avais sélectionné : des crevettes sautées avec concombres et condiments, poulpe avec coquilles saint jacques, moule géante de calamars et un énorme poisson frit, je ne m’étais pas rendue compte de tout ce que j’avais demandé mais j’ai tout mangé avec grand appétit, puis en trois heures, entre deux mimes franco-coréens, je trouvais le temps de digérer chaque plat…
la jeune femme m’offrit un café pour terminer le repas, le gobelet cartonné était estampillé de la marque LG, j’étais étonnée de voir que ce conglomérat officiait même dans les emballages… la dictature des ‘chaebols‘ [6], en termes plus consensuels leur monopole… on termina notre conversation épique en milieu d’après midi, elle me donna son numéro de téléphone et je trouvais plutôt comique qu’elle me l’écrivit étant donné que nous n’avions aucune langue commune pour communiquer par téléphone, mais je gardais le morceau de papier, on se quitta en faisant plein de photos de nous deux, les sourires imprimés sur des petits polaroïds souvenirs

direction l’arrêt 205 “busan museum of modern art” de la ligne verte du métro, petite sortie culturelle pour voir les travaux vidéo de nam june paik [7] en son pays, ses oeuvres totem, installations étaient éparpillées entre l’accueil et le second étage, dans des pièces immenses, l’espace était tellement gigantesque que l’on s’y perdrait si l’agencement du musée n’était pas aussi symétrique et cohérent, pourtant ce qui semait la confusion était la persistance du personnel à vouloir que l’on suive impérativement un ordre de visite précis, gare à celui qui s’égarait…
en tout cas nous étions si peu que l’on aurait pu courir dans tous les sens, cela m’aurait amusée rien que pour faire tourner en bourrique le personnel si consciencieux, tant de calme invitait à faire les plus grandes âneries…
de retour dans le métro en fin d’après midi, c’était la sortie des classes, des collégiennes en uniforme gris souris riaient à gorge déployée sur le banc, une fraîcheur qui tombait à pic résonnait dans les couloirs de la station, la jeunesse panacée aux coups de mou

avant de repartir pour séoul, je décidai de revoir un de mes films préférés d’eric khoo qui passait à pusan ce soir là, il me restait trois heures avant mon train pour la capitale, je pris le métro pour l’arrêt 218 “jeonpo“, je réalisais assez vite que je m’étais trompée de station
je regardais le plan de quartier quand une jeune fille m’accosta en anglais, elle me demanda si j’étais perdue, je lui expliquai brièvement que je comptais me rendre au cinéma mais que sur le plan trois bâtiments avaient le même nom de la chaîne de multiplexe, elle me proposa de me montrer le chemin, je croyais à ce moment là qu’elle allait m’indiquer le parcours sur le plan, elle me prit par le bras et m’emmena directement au cinéma recherché! pendant notre marche, elle se présenta hyo jung et me posa plein de questions dans un anglais très fluide, me raconta qu’elle était étudiante à la fac et qu’elle était contente de m’avoir rencontrée pensant que j’étais japonaise et que c’était bien mieux que je sois française
à notre arrivée au multiplexe, elle m’avertit qu’il était impossible de rentrer en retard lorsque la séance était commencée, ce que nous confirma la vendeuse au guichet, je lui répondis qu’en france on nous autorisait à rentrer 10 mn après le début du film, hyo jung voulut insister auprès de la caissière, je l’en dissuadai la remerciant d’avoir déjà fait tout ça, mais comme j’avais déjà vu “be with me” [8] ce n’était pas grave, par contre je voulus l’inviter à prendre un café pour la remercier
surprise, elle refusa net ma proposition me répondant qu’elle préférait que ce soit elle qui m’invita, elle devait retrouver une de ses amies pour dîner, elle m’emmena donc en taxi à leur lieu de rdv, elle me raconta en route que son amie serait ravie de faire ma connaissance car elle étudiait le français, me voilà embarquée avec les deux inconnues dans un quartier animé de pusan pour manger chez ‘o delicious!‘ une montagne de poulet mariné
j’expliquais qu’un peu plus tôt j’avais déjà mangé copieusement et que je me contenterai de picorer dans le plat, elles étaient si joyeuses face à moi, l’amie de hyo jung parlant de la pièce qu’elle étudiait à son cours “on ne badine pas avec l’amour” d’alfred de musset, je lui conseillai de ne pas parler comme les personnages avec les français, car la différence de registres avait qlq peu évolué, cela les fit bcp rire, on dîna dans une ambiance chaleureuse et enjouée, autour d’un plat simple et pantagruélique, deux petits brins de filles frêles devant moi, parlant un peu d’anglais et de français, mais l’heure tournait…
à la fin du dîner, elles se précipitèrent dehors, sur le trottoir m’entraînant sur un petit stand de camelot, elle voulurent m’offrir un souvenir de pusan et trouvèrent une paire de boucles d’oreilles, j’étais très touchée de cette attention, encore imprévue, puis elle me raccompagnèrent jusqu’à la gare de pusan, me firent de grands signes d’au revoir lançant des “bybyyyye!” tonitruants, j’eus juste le temps de récupérer ma valise à la consigne automatique et de monter dans le train

en regardant défiler les paysages nocturnes à travers la vitre, j’eus le coeur serré, deux jours loin de tout, de mon pays adoptif, de séoul saoulante, de mes proches inquiets, j’avais passé la partie la plus agréable de mon séjour en corée à pusan, deux petits jours, deux gouttes d’eau dans le périple asiatique que j’entrepris à cette époque, mais ces deux tranches de vies aussi minces furent elles remplirent pour longtemps une lacune tant négligée
le retour à la capitale me déprimait, ces rencontres avaient changé la tournure catastrophique de mon voyage, ces qlq personnes croisées là bas m’avaient tant apportée en si peu de temps… dans le train, la seule chose à laquelle j’avais hâte était de raconter à marianne ces petites pépites humaines…
ce fut pour moi la meilleure façon de découvrir mon pays natal, de m’imprégner de sa culture, et de m’immerger dans ce milieu inconnu et tellement nouveau
oui…
juste partager, juste vivre, et surtout ne pas oublier

[1] http://ktx.korail.go.kr
[2] http://www.busanmarriott.co.kr
[3] http://www.bipaf.com
[4] le film 'chingoo' and jang dong-gun, pas la série américaine, gros carton au box office en corée
[5] http://mime1166.com
[6] http://senat.fr/rap/r06-017/r06-01713.html
[7] http://www.paikstudios.com

[8] http://www.zhaowei.com/bewithme.html
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